Bienheureux martyrs d’Algérie
Retour sur les béatifications du 8 décembre

 

 

 

Le 8 décembre dernier, 19 béatifications ont été célébrées en Algérie, dont celles des moines de Tibhirine. Retour sur cet événement avec le P. Modeste NIYIBIZI, vicaire général du diocèse d’Oran.

 

1 – Qui sont ces nouveaux bienheureux, et pourquoi sont-ils béatifiés maintenant ?

Il s’agit de 19 martyrs tués dans la période dite des « années noires » en Algérie, entre 1990 et 2000. Ces frères et sœurs étaient venus au nom du Christ et par amour pour le peuple algérien. Leurs vies étaient vouées à la prière et au travail engagé dans diffé­rents domaines. Quand l’Algérie connaît la période sinistre de violence, ils se savaient en danger. Certains, comme les moines de Tibhirine, avaient même reçus des menaces de mort. Tous ont fait le choix de rester par fidélité à leur mission et à leurs amis algé­riens qui, eux aussi étaient victimes du terrorisme. C’est dans ce cadre que Mgr Pierre CLAVERIE disait : « Nous sommes là comme au chevet d’un ami, d’un frère malade, en si­lence, en lui épongeant le front. A cause de Jésus parce que c’est lui qui souffre là, dans cette violence qui n’épargne personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers d’innocents. »

 

2 –  Quelle postérité ont-ils aujourd’hui, en Algérie ?

D’abord il y a cette amitié avec les Algériens qui reste intacte : j’en suis témoin ! Je cons­tate aussi cette amitié des Algériens avec les bienheureux quand je vais au monastère de Tibhirine aujourd’hui tenu par la communauté du Chemin Neuf. Beaucoup d’Algériens viennent avec des cadeaux régulièrement visiter cette abbaye par fidélité à l’amitié tissée jadis avec les moines. Nos bienheureux étaient investis humblement dans le service du plus pauvres. Et cela reste la ligne de conduite de l’Église d’Algérie.  Ils étaient aussi investis dans le dialogue avec les musulmans. Et cela aussi continue.

 

3 –  Quel est le sens de leur témoignage pour nous, catholiques vivants en France ?

Si le Pape François a voulu béatifier très vite ces martyrs, c’est parce que le contexte que vivait l’Algérie lors des années noires s’est mondialisé. Le terrorisme qui frappait ce pays est devenu un phénomène mondial ! Les dernières années, malheureusement, la France et d’autres pays du monde ont connu des drames terribles. Et dans ce monde terrorisé, les bienheureux martyrs nous interpellent par leur témoignage : allons-nous fuir, pour aller vers je ne sais quelle lointaine galaxie sécurisée ? Ou pouvons-nous trou­ver en Jésus suffisamment de ressources pour rester témoins d’espérance au cœur de ce monde en tenant la main des plus fragiles ?

Par ailleurs, il y a quelques années, presque chaque religion avait sa zone d’influence. Aujourd’hui, ces diverses religions vivent côte à côte : allons-nous continuer à rester dans nos bulles religieuses et ne vivre que des rapports de confrontation et de mé­fiance, ou pourrons-nous ouvrir des chemins qui rendent le dialogue, la rencontre et l’amitié possibles ?

 

 

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