Homélies du Père Guy Lecourt

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  • HOMELIE 6° Dimanche de Pâques A « Il vous donnera un autre Défenseur »Jn 14,15-21 20 Mai 2017



    HOMELIE 6° Dimanche de Pâques  A  Jn 14,15-21

    20 Mai 2017
    « Il vous donnera un autre Défenseur »

    Ces paroles de Jésus, rapportées par St Jean, conviennent parfaitement à ce temps liturgique de préparation à Pentecôte, que nous célébrerons dans 15 Jours. Elles ressemblent vraiment à celles d’un Testament que Jésus laisse à ses disciples et amis.
    D’abord, si nous l’aimons (c’est dire que Jésus fait appel à notre décision libre de le suivre en l’aimant…) "vous resterez fidèles à mes commandements". Ce mot commandement ne convient pas bien à des relations d’amitié : mais le mot utilisé par l’Evangile (entolas) devrait plutôt être traduit par : recommandation, prescription, un peu comme la prescription du médecin qui nous soigne, une ordonnance en somme…que nous sommes invités à suivre si nous voulons guérir. Les fameux “10 commandements” que nous attribuons à Moïse (qui d’ailleurs sont bien plus nombreux que cela !), ne sont jamais appelés ainsi par les juifs: ils les désignent par les “Dix Paroles”, c’est à dire comme un message divin fait pour nous guider vers la vie. Ainsi en est-il des “commandements de Jésus”.
    La suite d’ailleurs confirme cette approche plus amicale qu’autoritaire et contraignante. « Moi, je prierai le Père… » Nous avons un merveilleux intercesseur : le Fils du Père qui est aux cieux !
    « …et Il vous donnera un autre Défenseur… » Le mot qui est utilisé ici est : Paraclèton . Etymologiquement, cela signifie : para = à côté, auprès de… (On retrouve cette préposition dans “parabole”, une petite histoire que l’on jette [ballo] à côté de notre vie pour que nous en comprenions le sens) ; Klètos = appelé, convoqué comme dans “Ekklésia” : assemblée des invités par le Seigneur, Eglise…
    Ce Défenseur succède à celui qui était jusqu’à présent avec les disciples, c’est à dire Jésus Lui-même, jusque là auprès d’eux, avec eux. « Qui sera pour toujours avec vous… » «  Il demeure auprès de vous », c’est comme un nouvel Emmanuel =  “Dieu avec nous”. Plus loin dans l’Evangile, Jésus leur dira : « Il vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 16,13). Il est en nous cette présence vivante, divine, proche, qui nous fait découvrir que nous ne sommes jamais seuls. Il ne prend pas à notre place les décisions qui nous sont propres, personnelles ; il ne nous décharge pas de nos responsabilités : autrement, qui serions-nous ? Il est là, simplement, Il nous inspire. Plus encore, à notre appel, Il est l’Esprit de sagesse et de discernement, de conseil, de force et de courage ; Il fait connaître le Seigneur et enseigne à l’honorer.
             Ainsi nous pouvons compter sur Lui pour nous éclairer et nous aider en toute situation. C’est Lui, par exemple, qui nous permettra une vraie compassion auprès de celui qui souffre, cherchant à le soulager autant qu’il est possible, mais en restant une présence pleine d’écoute, de respect, parfois de silence. C’est Lui qui nous aidera à exercer notre liberté en même temps que notre responsabilité en étant solidaire de ceux qui vivent des situations de précarité. C’est encore Lui qui nous fera renoncer à une efficacité immédiate qui ne conduit qu’à un cumul de richesse et prépare les révoltes de ceux qui n’en peuvent plus.
             Pierre nous invitait “à rendre compte de l’espérance qui était en nous”, évitant tout propos triomphaliste ou totalitariste et sûr de lui-même mais “en le faisant avec douceur et respect”
    Pensons-nous à l’appeler ou plutôt à nous mettre en sa présence puisqu’Il est auprès de nous dès que nous avons des choix et des décisions à prendre ? Pensons-nous à le demander pour les autres, particulièrement, ceux qui entrent en grandes épreuves ou turbulences ?
    Voici une prière que je Lui adresse, ainsi qu’au Père, plusieurs fois par jour :
    « Viens Esprit-Saint, remplis le cœur  de tes fidèles ;
    Allume en nous le feu de ton Amour.
    Envoie ton Esprit et tout sera créé
    Et tu renouvelleras la face de la terre.
    O Dieu qui a instruit le cœur de tes fidèles par la lumière du Saint Esprit, donne-nous, par ce même Esprit,  de goûter la vraie sagesse et de nous réjouir toujours de sa présence,
    Nous te le demandons par Jésus le Christ, Notre Seigneur »
    AMEN !
  • HOMELIE 5° Dimanche de Pâques. A Jn 14,1-12. « Je suis le Chemin et la Vérité et la Vie » (Jn 14,6) - 14 mai 2017



    HOMELIE  5° Dimanche de Pâques. A Jn 14,1-12.
    14 mai 2017

    « Je suis le Chemin et la Vérité et la Vie » (Jn 14,6)

                       A quelques heures de l’arrestation de leur maître, les disciples ont le cœur troublé : ils sont même un peu perdus se demandant ce qu’ils allaient devenir. Malgré les paroles de réconfort plein de promesses de Jésus, deux d’entre eux, Thomas et Philippe ne peuvent s’empêcher de Lui exprimer leurs inquiétudes fondamentales : « Où vas-tu ? » « Montre-nous le Père et cela nous suffit ! »
                       Qui d’entre nous n’a pas eu le désir, à un moment ou un autre, de voir Dieu ? « Celui qui m’a vu a vu le Père…Je suis dans le Père et le Père est en moi ! »Pour les apôtres avec lesquels Jésus est depuis si longtemps,cette révélation a de quoi surprendre. N’ont-ils pas découvert la profonde communion  de Jésus avec son Père ? Qu’ils croient au moins à cause de ses œuvres ! A nous également, si nous désirons voir Dieu, de chercher à mieux connaître les paroles et les œuvres de Celui « par lequel il faut passer pour aller vers le Père »
                       St Pierre, dans la 2ème Lecture de ce jour, nous le rappelle comme en écho. « Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : Il est la pierre angulaire rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu » (1 P 2,4) Et il ajoute : « Vous aussi, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle… » Autrement dit, nous avons à construire ce Royaume céleste fondé sur la pierre angulaire qui est le Christ : mais comment ?
                       C’est là que nous est précieuse la réponse que Jésus fait à Thomas qui semble ignorer le chemin. « Moi Je suis le Chemin et la Vérité et la Vie ».Il me semble important de bien comprendre le sens de ces paroles.
                       « Moi, Je suis… » Cette expression ne vous rappelle-t-elle pas une réponse que Dieu fit dans la Bible ? A Moïse, bien sûr, qui venait de le rencontrer au buisson ardent dans le Sinaï pour l’envoyer auprès de pharaon en vue de libérer son peuple de l’esclavage (Ex 3,14). Moïse lui demande de révéler son nom. Difficile à traduire car l’hébreu de la Bible autorise à donner plusieurs traductions :
                        « Je suis qui Je suis », qui serait la manière dont Dieu se révèle aux mystiques qui ne cessent de le chercher et de le contempler, Lui Celui qu’on ne peut précisément nommer dans le mystère de son immensité.
                       Ou encore « Je suis Celui qui est », où Dieu s’adresse davantage aux philosophes qui réfléchissent sur sa nature ;
                        Ou enfin « Je suis qui Je serai »où Dieu se révèle celui qui sera avec nous de la manière que nous découvrirons au fur et à mesure que nous marcherons avec Lui. C’est ainsi qu’Il s’est manifesté tout au long de l’histoire biblique et qu’il le fait encore avec nous aujourd’hui en la personne de son Fils « l’Emmanuel, Dieu avec nous ».
                       Je suis « Le Chemin » odos. (Qui a donné "Exode : chemin de sortie…d’Egypte). Un chemin est une voie qui permet d’aller d’un lieu à un autre, et qui d’une part fait éviter un tout-terrain pénible et d’autre part, mène quelque part, en évitant bien sûr les fausses-pistes ! Jésus marche avec nous, Il nous guide : n’est-Il pas le Beau Berger ? (Jn 10,11)
                       Je suis « La Vérité » aléthéia. La notion biblique de vérité est enracinée dans la notion de solidité, de fiabilité, ce sur quoi l’on peut s’appuyer, bâtir, ce qui fuit les modes et résiste au temps : elle provient de la racine hébraïque "èmet" : la vérité, qui a donné "èmouna" : la foi, la fidélité, la confiance et "amen" : je crois, j’adhère. C’est le contraire du mensonge, de l’illusion et du paraître. Jésus est notre Lumière (Jn 8,12).
                       « La Vie » zoë.  Il ne s'agit pas de la vie biologique (Bios bioV ) mais de ce qui nous anime ; ce qui fait que nous nous levons le matin  pour l’amour de nos proches, pour gagner notre vie, mettre en œuvre nos projets et donne sens à nos activités.
                       Ainsi Jésus nous donne sa véritable identité, celle qui est tournée entièrement vers le Père et vers tous ceux qui croiront en Lui : ils feront les œuvres qu’Il a faites. Ils en feront même de plus grandes encore parce que, partant vers le Père, Il nous transmet la mission qu’Il a reçue Lui-même du Père et qui pourra être mise en Œuvre par l’effusion de l’esprit-Saint. Qu’il en soit ainsi : AMEN !
  • Maquette du Temple de Jérusalem au temps du Christ.




  • HOMELIE 4° Dimanche de Pâques. A "Jésus, la Porte" - Jn 10,1-10. 7 mai 2017



    HOMELIE  4° Dimanche de Pâques. A Jn 10,1-10.
    7 mai 2017

    Jésus, la Porte

    Ce quatrième Dimanche de Pâques est traditionnellement appelé le “Dimanche du Bon Pasteur” et l’Eglise nous invite tout particulièrement à prier pour que Dieu suscite des vocations de pasteurs.
    Dans l’Evangile d’aujourd’hui, voyant que les pharisiens ne comprenaient pas l’image du Bon Pasteur, Jésus propose une autre image : celle de la Porte. En effet, les portes, dans l’espace du culte du Temple de Jérusalem, avaient une grande importance. On accédait à la présence divine par une série de parvis gardés par des portes. Il y avait le parvis des païens où tout le monde pouvait se rendre pour prier ; puis, franchissant un mur qui ceinturait l’espace du Temple, on entrait, au centre, par la “Belle Porte”, sur le parvis des femmes : une inscription en hébreu, en grec et en latin prévenait que tout non-juif serait
    mis à mort s’il franchissait cette porte. Puis, gravissant un escalier,  on entrait par la porte de Nikanor dans le parvis des hommes qui entourait la cour des prêtres et des lévites, au-dessus duquel se trouvait l’autel des sacrifices. Alors, les prêtres seuls accédaient à l’édifice par une première salle, le “Saint”, séparé par un double rideau du “Saint des Saints”, où seul le grand prêtre au jour de Kippour, pouvait entrer, car il était le lieu par excellence de la présence divine. Tout cela certes, soulignait le caractère de sainteté absolue de Dieu, mais en même temps le rendait inaccessible à bien des catégories de gens et, d’une certaine manière, les excluait.
                       Jésus ne l’entend pas ainsi. Avec nombre de prophètes, de patriarches et de matriarches, Il vient révéler un Dieu qui libère l’homme de tous ses enfermements et exclusions. Aux marchands qui se sont installés sur le parvis des païens, Il s’adresse à eux avec virulence en leur disant : "N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands! »(Mc 11,17). Lorsque Jésus meurt sur la croix, le double rideau du Temple se déchire : la présence de Dieu est en effet dans Celui qui vient de donner sa vie et ouvre les portes à tous les hommes. Le livre de l’Apocalypse, qui clôt la Bible, se termine par la vision de la Jérusalem céleste aux douze portes toujours ouvertes, face aux quatre points cardinaux : l’invitation à rencontrer Dieu s’adresse à tous les peuples.
                       C’est par Jésus qui est la porte que l’on va vers Dieu.
    Qui aujourd’hui sera le signe de Jésus “porte” pour aller vers Dieu ?Qui ouvrira pour “aller paître sur de verts pâturages” ? Le prêtre reçoit la triple mission d’ouvrir les esprits et les cœurs à l’enseignement de Jésus, de donner la vie de Jésus et de son Esprit par les signes qu’Il nous a laissés que sont les sacrements et enfin d’être “pasteur”connaissant ses brebis, guidant le troupeau qui lui est confié avec soin.
                       Pour ma part, je suis certain que Dieu appelle, car Il veut sans aucun doute qu’Il y ait des “pasteurs”, certes bien humains, comme St Pierre, mais qu’Il envoie, comme Il a envoyé son propre Fils. Mais savons-nous l’entendre, ou plutôt, donnons-nous aux jeunes et aux moins jeunes les moyens de Lui répondre, tant d’autres appels nous paraissent plus naturels ? Ou plus sûrs ? Mais qui est vraiment sûr aujourd’hui ? N’avons-nous pas tendance, sans forcément en être conscient ou le vouloir, de fermer des portes à ces jeunes, qui ne peuvent qu’entendre un appel couvert par d’autres propos : mise en garde devant les difficultés du sacerdoce; présentation d’un bonheur plus accessible dans l’amour humain et la formation d’une famille qui apportera la joie d’une descendance ;  préférence dans l’attrait des biens de ce monde et plus récemment, scandales provoqués par la conduite immorale et destructrice de certains d’entre eux.        
                       Notre amour de Dieu ne serait-il pas tout simplement tiède ? Jésus est-il vraiment pour nous porte qui nous conduit au Père ? Est-il si difficile de vivre avec Lui dans la force et la joie d’aimer comme Lui ? C’est plutôt une chance et un grand bonheur que de le suivre sur son appel et que de frères et sœurs ne sont-ils pas donnés !  Alors, prions pour que les portes soient bien ouvertes afin que tous ceux qui sont appelés puissent répondre pour le bien de tous et la plus grande gloire de Dieu.
    AMEN !

  • HOMELIE 3° Dimanche de Pâques. A. Le chemin d’Emmaüs - Lc 24,13-35. 30 avril 2017



    HOMELIE  3° Dimanche de Pâques. A. Lc 24,13-35.
    30 avril 2017

    Le chemin d’Emmaüs 

    Qui dans sa vie n’a pas découvert, d’une manière ou d’une autre, qu’il était en chemin, tout particulièrement lorsqu’une épreuve survenait : deuil, accident de santé, rupture de relation, perte d’emploi, examen à passer ou tout simplement, choix difficile à faire lorsqu’il subsiste beaucoup d’inconnues ou d’incertitudes. N’est-ce pas le cas aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous face à l’avenir de notre pays ?
    Oui ! Nous sommes en chemin vers l’avenir et nous pouvons ressentir inquiétude, angoisse ou même déception. Est-ce raison pour désespérer et se laisser abattre ?

    L’Evangile d’aujourd’hui nous présente le cas de deux proches de Jésus, quittant Jérusalem au soir du 1erjour de la semaine, après la Pâque, le cœur lourd, désemparés, ne comprenant pas ce qui s’y était passé et comprenant encore moins la personne de Jésus en qui ils avaient mis l’espérance de la libération de leur pays. De plus, ils restent enfermés dans leur désespoir, ne pouvant prêter foi aux femmes, venues  dès l’aurore au tombeau, constatant l’absence de corps de Jésus  et  signalant la présence d’anges révélant que Jésus était vivant.

             Sur ce chemin, un « étranger » les rejoint, les écoute et recadre complètement leurs propos à partir de ce qu’ils connaissent de Moïse et des Prophètes (c’est-à-dire toute la première Alliance), mais qu’ils n’ont pas eu l’intelligence de relire et interpréter au sujet de ce qu’ils venaient de vivre et de découvrir en la personne de Jésus ce « Christ qui devait souffrir pour entrer dans sa gloire ».
             Les paroles de l’étranger ont ouvert un chemin brûlant dans leur cœur et ils veulent le retenir : « Reste avec nous… ». Alors qu’ils sont à table, un geste avec le pain, une bénédiction et alors ils voient Celui qui disparaît à leurs yeux. Plus de raison de rester  à l’auberge malgré le soir qui s’est approché et la nuit qui est arrivée : ils reprennent le chemin vers cette ville, Jérusalem,  qui les avait tant déçus et vont, tout brûlants de joie et de certitude, retrouver le groupe des Apôtres qui confirme leur découverte.

    Jésus leur a fait comprendre qui Il est vraiment :non pas le Messie libérateur d’une puissance opprimante qui serait vite remplacée par une autre, mais Celui qui ouvre une espérance inimaginable et autrement heureuse : ressuscité, Il est la Vie définitive, qui ne craint plus la mort. Une Vie fondée sur l’amour, qu’Il peut, à présent, communiquer à tous : d’une part en “réchauffant le cœur” par l’intelligence des Ecritures qui révèlent notre destin et celui du monde, d’autre part en se donnant “par la fraction du pain”, Lui Vivant, Lui « le Chemin et la Vérité et la Vie » Jn 14,6 ; Lui, marchant à nos côtés, ne nous laissant jamais seul. « Je suis tous les jours avec vous jusqu’à la fin des temps » Mt 28,20  


    Qu’Il continue de nous « apprendre les chemins de vie, de nous remplir d’allégresse par sa présence » comme Pierre le rappelait aux Juifs à la première Pentecôte (1ère Lecture d’aujourd’hui - Ac 2,28)


    AMEN !
  • HOMELIE JEUDI-SAINT. A. Lavement des pieds -Jn 13,1-15 13 Avril 2017



    HOMELIE  JEUDI-SAINT. A. Lavement des pieds -Jn 13,1-15 13 Avril 2017


    En cette fête du Jeudi-Saint où nous faisons mémoire de la Cène du Seigneur, je voudrais vous inviter à regarder Jésus tel qu’Il se présente dans cette magnifique scène qui commence par : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour Lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » Jn 13,1 mot à mot : « Jusqu’à la fin »
     c’est-à-dire : « A l’extrême »
    Comment Jésus va-t-il montrer à ses disciples qu’Il les aime “à l’extrême” ?
    Par deux gestes qui montrent bien qui Il est. Certes, « Maître et Seigneur », mais de quelle façon ?

    La première, c’est en déposant son vêtement pour prendre la tenue du serviteur (le terme exact est "esclave"  ) pour accomplir la tâche de l'esclave qui consistait à laver les pieds des hôtes de leur maître ; c’est-à-dire, laver les membres du corps qui ont été les plus exposés à la saleté des chemins ou que la chaleur du pays et de la marche avaient rendus mal odorants. Il le fait avec soin, avec respect, avec douceur, prenant le temps pour chacun, pour qu’il comprenne combien il compte à ses yeux.
    Par ce signe délicat qui touche chaque corps, Jésus manifeste que nous sommes une personne unique au monde : Il touche aussi notre cœur. Le lavement des pieds est une rencontre personnelle dans laquelle chacun est aimé pour lui-même.

    L’autre geste sera de prendre le pain pascal sans levain et de prononcer les paroles qui en font, parce qu’Il est Dieu, son Corps livré pour nous. Il prend aussi une coupe de vin et prononce las paroles qui en font la coupe de son Sang versé pour nous.


    Ainsi Jésus montre qu’Il aime ses disciples jusqu’au bout, de tout son être, avec tout son corps et tout son cœur. Mais Il n’en reste pas là : dans les deux cas, Il nous demande de l’imiter.
    Il nous dit : «Comprenez-vous ce que je viens de faire ? » - « Eh bien, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns les autres ». Autrement dit, soyez serviteurs comme je le suis pour vous tous ; “aimez-vous comme je vous ai aimés, jusqu’au bout”.
     Il bénit le pain, le rompt et le donne aux disciples en disant : « Prenez et mangez-en tous, ceci est mon Corps livré pour vous !  Jésus vient à nous ; Il veut “faire corps avec nous”, même si nous ne sommes pas parfaits, mais justement, pour nous apprendre et nous aider à Lui ressembler.
    Chacun de nous reçoit l’amour de Jésus qui le rend capable de l’imiter corporellement, par des actes de la vie concrète, et de manifester qu’Il est bien vivant en nous.

    Plus particulièrement, Il en appelle à Le suivre et le représenter dans ce ministère de service et de dons envers les membres de son Corps qui est l’Eglise. C’est pourquoi, en cette Fête de la Cène, nous célébrons non seulement l’institution de l’Eucharistie, mais celle du  Presbytérat, des prêtres qui la servent et répondent à cette demande de Jésus Lui-même :
     « Faites ceci en mémoire de moi ! »

    C’est bien ce qu’à présent je vais faire dans un premier temps en lavant les pieds d’un paroissien qui, à son tour, lavera les pieds de son voisin et ainsi de suite. Imaginez que Jésus le fait pour chacun d’entre vous, parce qu’Il vous aime à l’extrême !

    Puis avec mes confrères prêtres, Bruno et François, et vous tous, nous ferons mémoire du dernier repas de Jésus où Il continuera à nous livrer son Corps et son Sang afin que nous vivions par Lui, avec Lui et en Lui.

                            AMEN !
  • HOMELIE Dimanche de Pâques. La Résurrection du Christ - Jn 20,1-9 16.04.2017



    HOMELIE  Dimanche de Pâques. Jn 20,1-9
    16.04.2017

    La Résurrection du Christ 

    Nous célébrons aujourd’hui la Résurrection de Jésus, sa victoire sur la mort remportée par sa totale confiance en son Père et par son amour extrême pour nous tous, se rendant solidaire de tous nos malheurs et injustices. Mais qu’entendons-nous par « Résurrection » ? Si l’on vous demandait d’exprimer en quelques mots ce que cela signifie, que diriez-vous ?
    L’Evangile de ce matin de Pâques nous permet de rejoindre les premiers témoins de la découverte de Jésus ressuscité. Cela n’a pas été immédiatet il a fallu un cheminement pour prendre acte de cette réalité toute nouvelle.
    Premier constat, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Le verbe utilisé ici est blèpo, qui signifie voir-constater, qui donnerait lieu à un procès-verbaldécrivant ce que l’on voit de nos yeux de chair. Elle ne va pas plus loin ; elle n’entre pas pour chercher d’autres indices. Sur ce constat, elle en déduit qu’on a enlevé du tombeau le Seigneur et s’engage sur une fausse piste. C’est dire combien elle reste dans un univers très humain, dominé par l’émotion bien compréhensible.
    Arrive le disciple que Jésus aimait, Jean sans doute : que constate-t-il ? le tombeau est vide ; il se penche et voit (même verbe blèpo) “les linges qui sont là, à plat”.Nouveau constat, avec un nouvel indice : les linges, à plat. Arrivé le premier, il n’entre pas, par respect sans doute pour Pierre, chef des Apôtres.
    Simon-Pierre arrive à son tour: il n’hésite pas, il veut en avoir le cœur net et il entre. Que constate-t-il ? La même chose : les linges, cette pièce de drap de 4 m environ qui entourait le corps de Jésus et dont les deux faces reposent sur elles-mêmes. Quant au suaire, qui entourait la tête, il est resté en sa place, distinct du linceul. Il regarde.
    Le verbe ici est théorao  (qui a donné en français : théorie, théoriser, théorème...) Il signifie : observer, regarder attentivement, examiner, inspecter et même contempler. Simon-Pierre se met donc à tenter de comprendre : on n’a pas pu voler le corps de Jésus puisque tout est en place. Alors ?
    Entre enfin l’autre disciple : il voit les mêmes choses, sauf que le verbe utilisé Orao [qui, sous une autre forme conjugale, a donné en français : ophtalmo] signifie voir au sens de comprendre : « Ca y-est ! J’ai vu ! » “Il vit et il crut”. D’ailleurs au verset suivant, l’évangéliste utilise le même verbe : «En effet, les disciples n’avaient pas compris, (vus) que selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d‘entre les morts ». Jean, lui, avait bien retenu les paroles que Jésus avait annoncées aux disciples par 3 fois concernant sa Passion, sa mort et sa Résurrection le 3ème jour.

    Pour en revenir à la résurrection, ce mot n’existe pas dans la Bible. C’est un mot qui vient du latin : "resurrectio" de "resurgere". Alors, comment l’exprime-t-on dans les Ecritures ?
    De deux façons liées à la manière dont on parle de la mort : soit « couché avec ses pères » soit « endormis ». Ainsi ressusciter c’est « se relever d’entre les morts » ou « se réveiller d’entre les morts » .
    Il ne s'agit donc pas d'un retour à la vie terrestre, comme pour Lazare (qui est de nouveau mort) mais d’accéder à la vie pleine et définitive que Dieu nous donne, avec notre être tout entier, corps et esprit.
    C’est pourquoi, Jésus se manifeste avec son Corps marqué à présent par ses plaies, mais affranchi des conditions terrestres habituelles qui font qu’Il est présent au milieu de ses disciples, « toute portes étant fermées » ou même qu’Il est à plusieurs endroits différents au même moment : Jérusalem et Emmaüs par exemple.

    Mais Jésus ressuscité nous est présent non pas comme un corps réanimé, mais selon St Paul, comme un "corps spirituel". De plus, il a choisi des signes de sa présence corporelle en désignant le corps ecclésial, l’Eglise ; mais aussi en transformant notre regard vis-à-vis de « l’affamé, de l’assoiffé, de l’étranger, de celui qui est nu, du malade, du prisonnier ». Et bien sûr, Il a désigné le Pain et la Coupe de vin consacrés, comme la réalité corporelle et spirituelle de sa présence, chaque fois que nous les partageons en faisant mémoire de Lui.
    Certes la Résurrection du Christ défie nos perceptions humaines. Comment l’accueillir et la comprendre progressivement ? Suivons l’invitation de St Paul qui nous est faite en 2ème Lecture : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non celles de la terre »
    Soyons témoins joyeux de ce Seigneur ressuscité qui est venu donner sa Vie à tous et renouvelons la foi de notre Baptême !
    AMEN !
  • HOMELIE 5ème Dimanche Carême. A. Résurrection de Lazare : Jn 11,1-45 - 2 Avril 2017



                 HOMELIE  5ème Dimanche Carême. A. Résurrection de Lazare : Jn 11,1-45 - 2 Avril 2017

    A quinze jours de Pâques, l’Evangile de la résurrection de Lazare (il faudrait d’ailleurs mieux parler de son « réveil » ou retour à la vie) nous invite à affronter l’épreuve de la mort d’un proche que l’on aime beaucoup. Les différents acteurs de ce beau récit expriment d’une manière ou d’une autre ce que nous pouvons ressentir dans de telle situation.
    Les Apôtres, tout d’abord, qui apprennent de la bouche même de Jésus que Lazare s’est endormi (en grec : kèkoïmètaï,  qui a donné en français “cimetière”). Ils ne s’en font pas; oui,  mais Lazare dort mais du sommeil de la mort. Jésus se réjouit même de n’avoir pas répondu à la demande des deux sœurs «  à cause de vous, pour que vous croyiez ! ». Thomas, à la tête des Apôtres, malgré le risque, résigné, suit Jésus qui marche au-devant de la mort, la sienne et celle de Lazare.
    Marthe semble être la plus forte. Allant à la rencontre de Jésus, elle proclame la foi en la parole du prophète Ezéchiel, que nous entendions dans la 1ère Lecture de ce dimanche : « Je vais ouvrir vos tombeaux et vous en ferai remonter… Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai » (Ez 37, 12.14). C’est également la foi professée par les Pharisiens à l’encontre des Saducéens qui n’y croyaient pas en la foi en la résurrection, à la fin des temps : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection » réplique Marthe à Jésus. Il va alors l’aider à passer de ce “savoir”, qui la laisse dans une attente lointaine de la vie future, à un “croire” : « Moi, je suis la Résurrection et la Vie…Crois-tu cela ? » « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois… ».
    Comment, aujourd’hui, passer du savoir de nos connaissances religieuses, catéchétiques, même sérieuses et solides, en particulier en notre résurrection, à une foi-confiance en Celui qui nous les a révélées ? Marthe est un bon témoin et nous y invite.

    Marie, dominée par la souffrance, reste assise. Ecrasée de douleur, elle est par terre, aux pieds de Jésus. Celui-ci fait la chose la plus sensée qu’on puisse faire en pareille circonstance : il se tait et pleure avec Marie. Il ne l’accable pas d’un discours qu’elle ne peut entendre, comme Il avait pu le faire avec Marthe. Marie, pour le moment, a uniquement besoin d’une présence affectueuse. Alors qu’avec Marthe, Jésus avait manifesté sa divinité en affirmant : « JE SUIS (“ego eïmi”,qui est le Nom divin) la Résurrection et la Vie », montre auprès de Marie sa nature profondément humaine, remplie de compassion jusqu’à pleurer avec elle.
    Si cet Evangile peut nourrir notre espérance, la mort peut encore rester pour nous une énigme sans réponse satisfaisante. La déchirure du départ, l’absence de celui ou celle qui n’est plus là à nos côtés, le vide que produit le deuil sont autant d’obstacles à notre foi au Ressuscité. Marthe elle-même, malgré sa foi naissante, butte encore sur le mystère de la mort et lorsque Jésus commande que l’on ouvre la tombe, elle reste dans ses vues toutes humaines : « Seigneur, c’est le 4ème jour qu’il est là ». Jésus, en un patient reproche, l’encourage et lui dit: « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu »… » Nous sommes donc une nouvelle fois invités à mettre notre confiance totale dans le Christ.
    Plus encore, Saint Paul nous y invite magnifiquement dans sa lettre aux Romains que nous avons en deuxième lecture : «  Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » Rm 8,11.
    Que fait alors Jésus ? D’abord, Il rend grâce de mettre son Père au service de la vie. Puis  Il s’adresse à Lazare pour qu’il soit acteur du don de cette vie renouvelée : « Lazare, viens dehors ! » Ce que fait Lazare mais tout entravé par ses bandelettes. Il a besoin de son entourage et c’est ce que Jésus demande : que les témoins de ce signe prenne acte de ce retour à la vie en y étant associé : « Déliez-le et laissez-le aller »
    Que l’Esprit du Seigneur nous éclaire sur le mystère de la mort et nous prépare à accueillir en pleine confiance la Résurrection de son Fils, la nôtre et celle de nos proches à l’occasion de la fête de Pâque qui approche.
    AMEN !
  • HOMELIE 4ème Dimanche Carême. A. « L’aveugle-né » Jn 9, 1-4130 26 Mars 2017



               HOMELIE  4ème Dimanche Carême. A. « L’aveugle-né » Jn 9, 1-4130
    26 Mars 2017

    «…Vous êtes devenus lumière » Ep 5,8.

    Merveilleux récit qui nous présente une palette de personnes réagissant à une intervention divine.
    Nous avons le personnage central, cet aveugle de naissance, rencontré par Jésus sur son passage. Il subit les interrogatoires inquisiteurs des ennemis de Jésus et leur répond avec un bon sens désarmant et même malicieux ! Lorsqu’on lui demande qui est celui qui l’a guéri, l’aveugle parle d’abord de “l’homme qu’on appelle Jésus” ; puis, il le désigne comme un “prophète”en le qualifiant comme “l’homme qui vient de Dieu”. Enfin, il le reconnaît comme “le Seigneur”. D’une ignorance totale de Jésus, il va jusqu’à professer sa foi en Lui ; d’une situation d’aveugle de naissance qui vient de guérir, il dit : « Maintenant, je vois »v.25 [voir avec ses yeux de chair blepô, blepw] mais plus loin, lorsque Jésus lui demande s’il croit au Fils de l’Homme, il s’entend dire de sa part : « Tu l’as vu »v.36 [voir dans le sens de comprendre : eôrakas, « ewrakaϛ »de ophtalmo, “oftalmw]. Il comprend alors que celui qui est devant lui est Dieu, et il se prosterne devant Lui.
    Il y a ensuite les pharisiens que ce signe miraculeux de la guérison d’un aveugle-né contrarie parce qu’il a été accompli le jour du Sabbat. Dans leur conception étriquée de la Torah, ils ne “voient” pas ; ils oublient que Dieu a donnée la Torah à Moïse pour libérer les hommes de toute forme de servitude. Malgré les dires de l’aveugle-né, malgré leur enquête auprès des témoins et des parents de l’aveugle, ils refusent l’évidence et s’enfoncent de plus en plus dans leur aveuglement : leur péché demeure !
    Je ne dis rien de l’entourage de l’aveugle qui s’interroge, mais ne se mouille pas devant le risque d’être exclu de la Synagogue.
    Enfin, il y a les Apôtres. Jésus va également leur ouvrir les yeux. Le récit commence par leur question, reflétant la croyance (qui se manifeste encore de nos jours) selon laquelle les maladies, les accidents, les malheurs seraient les fruits du péché. « Qui a péché : lui ou ses parents ? » demandent les Apôtres. « Ni lui, ni ses parents ! » Répond Jésus de façon claire et nette. A cette fausse conception qui laisse penser que Dieu punit les mauvais et récompense les bons, et donc que s’il y a punition, il y a eu nécessairement faute, Jésus va modifier leur image de Dieu. A la place d’un Dieu vengeur et punisseur, il présente un Dieu qui sauve les hommes, « qui ne regarde pas les apparences mais regarde le cœur » (1ère Lecture, 1 S 16,7)
     « L’action de Dieu devait se manifester en lui » v.3. Jésus réalise ce projet, par un geste symbolique, faisant de la boue avec sa salive (cela ne vous évoque-t-il pas Dieu façonnant Adam à partir de la terre “adamah” en hébreu). Il va comme re-créer sa créature blessée, mais plus encore la faire accéder à la foi en son créateur-sauveur. « Il nous faut réaliser l’action de Celui qui m’a envoyé » v.4. Remarquez que Jésus dit “nous”s’adressant à ses Apôtres et les associe à sa tâche. Voilà bien la mission que Jésus nous confie aujourd’hui encore : éclairer de notre foi tous ceux que Jésus met sur notre “passage”. Préparations aux sacrements, aux obsèques, catéchèse à tous âges, visites aux personnes âgées, aux gens seuls ou aux malades, et tant d’initiatives personnelles en voisinage, en loisirs, au travail ou à l’école : ne sont-elles pas autant de mises en pratique de cette vocation que nous avons reçue au Baptême, que les premiers chrétiens appelaient également “illumination” ? Aujourd’hui la lumière, nous la recevons du Christ-Jésus, comme le rappelait St Paul dans la 2ème lecture : « Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière-or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité « (Ep 5,8).
    Combien il nous est nécessaire, “renonçant aux activités des ténèbres”, (Ep 5,11) de nous tourner vers Jésus : de contempler et de s’imprégner de ses attitudes, de ses paroles ; puis dans un appel inlassable à l’Esprit-Saint, nous laisser guider, jour après jour, dans nos projets, nos comportements, nos paroles, afin d’être lumière à notre tour.

    AMEN !
  • HOMELIE 3ème DIMANCHE CARÊME– Année A La Samaritaine et Ex 17,3-7 - 19 Mars 2017



    HOMELIE 3ème DIMANCHE CARÊME– Année A
    La Samaritaine et Ex 17,3-7 - 19 Mars 2017

    Magnifique récit d’Evangile (Jn 4,5-42) où se fait la rencontre du Fils de Dieu avec l’humanité, en la personne de la samaritaine, qui ne sait pas très bien où elle en est et qui peine à chercher l’eau vitale, sans cesse à puiser : elle trouve son Sauveur qui la mène à l’eau qui ne donne plus jamais soif et devient source jaillissante pour la vie éternelle !

    Ce même Dimanche, nous est donné dans la première lecture tirée du livre de l’Exode, le récit où les hébreux, eux aussi, meurent de soif dans le désert. Là encore, l’eau y est vitale. Ils en manquent cruellement pour eux et leurs troupeaux et bien sûr, quand tout va mal, on s’en prend aux autorités : ici Moïse, et à travers lui, Dieu Lui-même. Ils récriminent, puis menacent de le lapider, et en viennent même à se rebeller contre Dieu. Pourtant, Dieu leur avait fait passer la Mer Rouge (Ex 14), leur avait adouci l’eau à Mara (Ex 15, 22-27), leur avait donné les cailles puis la manne (Ex 16): n’auraient-ils pas pu lui faire confiance ? Au lieu de cela, ils le mettent au défi en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? »

             N’est-ce pas l’attitude de bien de nos contemporains qui mettent en doute l’existence de Dieu en disant: « Quel est ce Dieu qui a créé ce monde où il y a tant de souffrances et de malheurs ? »Et nous-mêmes, ne nous arrive-t-il pas, quand les choses ne vont pas comme nous le souhaiterions et qu’une épreuve sérieuse se présente, de nous en prendre à Dieu ? Comme nous aimerions dans ces situations un dieu interventionniste, une véritable assurance tout risque ! Et l’on en vient à soupçonner Dieu de nous ignorer, de nous oublier alors que nous avons tout fait jusque-là pour lui rester fidèle autant que nous le pouvions. Ce “soupçon originel” (cf. Adam et Eve) est un vrai poison pour nos vies. Il ajoute un mal à notre épreuve, car il détruit toute paix, toute espérance et toute confiance en un Dieu d’amour, qui nous veut profondément heureux et nous promet de le faire. Seulement, là encore, il ne faut pas se tromper de bonheur et encore moins de Dieu. Et ce que nous allons bientôt célébrer dans le mystère pascal peut nous aider à ne pas perdre confiance. En Jésus, dont la « nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 4, 34), il n’y a pas l’ombre d’une défiance, d’un soupçon envers son Père ; pas même à Gethsémani où tout semble l’abandonner : les apôtres choisis qui sommeillent ; son Père qui ne répond pas à sa prière : « Père, si cette coupe peut s’éloigner de moi… ». Mais Dieu est bien avec nous dans nos souffrances et dans nos morts, comme Il l’a été avec Jésus, pour nous conduire à la vie nouvelle qui commence dès à présent et s’épanouira dans la résurrectionaprès notre propre Pâque.

    Voilà l’eau vive, qui jaillit du rocher qu’est le Christ, écrira St Paul : (1 Cor 10,3). Il nous la donne aujourd’hui et nous n’aurons pas à la puiser : c’est le don de la foi, la foi dont parle St Paul dans l’épître que nous venons d’entendre : « Dieu a fait de nous des justes par la foi » (Rm 5,1). Justes, c'est-à-dire ajustés à sa volonté. La foi, c’est un don divin auquel nous répondons par notre confiance ; cette foi peut alors devenir contagieuse, jaillissante en vie pour les autres : regardez la samaritaine, qui abandonne sa cruche pour aller partager sa bonne nouvelle aux gens de sa ville.

             La célébration des scrutins, qui vont se succéder les trois dimanches avant les Rameaux et que vont vivre les catéchumènes en marche vers leur baptême à Pâques prochain, sont une occasion pour nous de nous laisser scruter par l’Esprit du Seigneur pour nous révéler ce qui est mauvais et ce qui est bon en nous et en quel Dieu nous croyons ; quelle confiance lui faisons-nous dans les multiples situations et évènements de nos vies ou de celles de notre entourage.
     « Père, nous t’en prions, envoie ton Esprit, l’Esprit de Jésus, qui nous gardera dans la confiance, particulièrement lorsque nous-mêmes sommes éprouvés et dans la tourmente »

    AMEN !