Homélies du Père Guy Lecourt

Père Guy LecourtLe Père Guy Lecourt maintient un blog, sur lequel il publie ses homélies.

Vous trouverez les 10 dernières homélies publiées.

  • HOMELIE Dimanche de Pâques. Il y a "voir et voir" - Jn 20,1-9 - 21 Avril 2019


    HOMELIE  Dimanche de Pâques. Jn 20,1-9 
    21 Avril 2019


    La Résurrection du Christ : il y a voir et voir !

    La Résurrection de Jésus, comment en parler ? C’est tellement nouveau et mystérieux ! St Jean nous la présente à travers le témoignage des deux disciples, Pierre et Jean, qui au petit matin de Pâques, alertés par Marie de Magdala, se rendent en hâte au tombeau où l’on avait déposé Jésus. En quelques étapes, par le choix du vocabulaire, il nous fait progresser vers la foi en cet évènement. Parcourrons le récit.

    Tout d’abord, Marie de Magdala se rendant la première au tombeau a vu que la pierre fermant le tombeau a été roulée : le tombeau est donc ouvert. Le verbe utilisé ici est blèpo, qui signifie voir-constater, qui donnerait lieu à un procès-verbaldécrivant ce que l’on voit de nos yeux de chair. Elle ne va pas plus loin ; elle n’entre même pas pour chercher d’autres indices. Sur ce constat, elle en déduit qu’on a enlevé du tombeau le Seigneur et s’engage sur une fausse piste. Ayant alerté les Apôtres, Simon-Pierre et “le disciple que Jésus aimait” sortent à leur tour et se mettent à courir vers le tombeau, eux-mêmes intrigués.
     v.5 - Le disciple arrive le premier, se penche et voit (même verbe blèpo) “les linges qui sont là, à plat” *. Nouveau constat, avec un nouvel indice : les linges, retombés à plat. Mais il n’entre pas.
    v.6 - Simon-Pierre arrive à son tour: “Il entre dans le tombeau et voit les linges, à plat v.7 et le tissu qui était sur sa tête n’est pas à plat avec les linges, mais enroulé, lui, en sa place”
    Le verbe ici est théorao (qui a donné en français : théorie, théoriser, théorème...) Il signifie : observer, regarder attentivement, examiner, inspecter et même contempler. Simon-Pierre se met donc à tenter de comprendre ce qu’il voit, d’en chercher le sens.
    v.8 - Entre alors l’autre disciple : “Il vit et il crut”. Un troisième verbe est utilisé : Orao [qui, sous une autre forme conjugale, a donné en français : ophtalmo]. Ce verbe signifie de façon courante : voir, mais il a aussi le sens imagé de « voir avec les yeux de l’esprit, de l’intelligence » c’est à dire comprendre.  D’ailleurs au verset suivant, v.9, l’évangéliste commente : “ En effet, ils n’avaient pas encore vu l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts”.Or c’est le même verbe voir/orao qui est traduit habituellement par comprendre.

    Voilà donc le chemin de la foi en la Résurrection de Jésus parcouru par « le disciple que Jésus aimait » Il nous invite à le faire à notre tour. On ne peut croire en la Résurrection s’il n’y a pas d’abord le constat (blèpo) de la mort de Jésus selon la chair. Suit notre recherche du sens (théorao) pourquoi n’est-il plus là ? N’y aurait-il pas une vie après la mort ? Mais ces questions, toutes bien normales, ne suffisent pas pour croire : il faut voir(orao)au-delà du visible.
    A tous ceux qui chercheraient des preuves de la Résurrection, il leur est demandé de changer leur manière de voir. “Moïse...en homme qui voit (orao) l’invisible (a-oraton), tint ferme”He 11, 27
    A tous ceux qui veulent croire, il leur est demandé de partir de la réalité visible de l’existence pour accéder, grâce aux signes et au témoignage de des Apôtres qui ont donné leur vie pour cela, ainsi qu’à l’Écriture lue ensemble en Église, pour accéder à la réalité invisible qui ne se confond pas avec nos imaginaires, tentés par nos délires. (cf. les tentatives sectaires ou à mouvance New Age).

                       Croire, c’est passer du voir-avec-nos-yeux-de-chair Celui qui s’est fait chair pour nous au voir, Celui qui est le Christ, le Fils de Dieu, ressuscité, non sans chercher à comprendre, comme Simon-Pierre.

                       Ce désir de voir n’est pas méprisable. N’est-ce pas pour cela que Jésus a dit à l’apôtre Philippe à la veille de sa mort: “Qui me voit, voit le Père” (Jn 14, 9) ? C’est pour cela encore qu’après sa Résurrection, Jésus « se donnera à voir » aux Apôtres et à Thomas en particulier, afin qu’ils disent ce qu’ils ont vu. Ce qui n’empêchera pas Jésus de féliciter ceux qui ne pourront être les témoins privilégiés, comme les apôtres, de ce voir : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ;  bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » Jn 20, 28.
    AMEN !
    Ce que Pierre et Jean auraient pu voir lorsqu'ils sont entrés dans le tombeau.
  • HOMELIE JEUDI-SAINT –La Cène et le lavement des pieds - Jn 13,1-15 18 Avril 2019.


    HOMELIE JEUDI-SAINT – Jn 13,1-15
    18 Avril  2019.

    « Faites cela en mémoire de moi » 1 Co, 11,24
    Dans la lettre qu’il adresse aux premiers chrétiens de Corinthe, St Paul rappelle ce qu’il a reçu lui-même venant du Christ et  il reprend Ses propres Paroles : « Ceci est mon Corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi »
    « Faire cela », c’est manger ce pain qui est son Corps, c’est-à-dire Lui et non un autre ; c’est boire son Sang, c’est-à-dire, Lui Vivant et non un autre. Ainsi, « Nous proclamons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne » Elles fondent l’institution de l’Eucharistie.
    Et nous faisons cela « en mémoire de Lui ». Plus qu’un rappel du passé, cet acte liturgique actualise et rend réellement présent le passé de Jésus, tout particulièrement dans les derniers moments de sa Vie ; il donne également le sens de cet amour infini de Dieu qui veut partager nos souffrances et détresses humaines jusqu’à la fin des temps. En cela, il devient un "mémorial". Avec l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, l’actualité a évoqué ce qu’était un mémorial :
    Il rappelle les  800 ans d’Histoire de notre pays ;
    Il atteint aujourd’hui le cœur d’une multitude de croyants et d’incroyants qui adressent leur reconnaissance au courage et au professionnalisme des pompiers parisiens ;
    Il mobilise les efforts pour la reconstruire, car ce monument exprime une foi qui éclaire le passé, le présent et l’avenir.
    Le « mémorial » eucharistique est bien sûr d’un autre ordre. Il a été confié à l’Eglise du Christ et plus particulièrement aux ministres ordonnés que sont les prêtres pour le rendre actuel au service de nos communautés. A tous de les aider dans ce ministère. A chacun de donner sens à ce geste liturgique grâce aux paroles de l’Evangile de ce jour. Se souvenir, faire mémoire que Jésus a pris, Lui le Maître, la position de serviteur, d’esclave même, en lavant les pieds de ses disciples. A notre tour aujourd’hui de le faire, avec l’aide de l’Esprit d’Amour, l’Esprit Saint qui nous est donné, en gardant en mémoire ce geste qui est ni plus ni moins que d’aimer en vérité comme Lui nous a aimé.
    Mais Jésus n’est pas seulement un exemple, car il est trop difficile de Le suivre sur son chemin de serviteur. Pouvons-nous le faire sans Lui ? Le service de Dieu et des hommes ne peut être rendu que par celui ou celle qui s’est d’abord laissé laver les pieds par Jésus comme Jésus l’a demandé à Pierre. Qu’est-ce à dire ? D’une part, comprendre, accueillir et suivre Dieu qui s’est manifesté humble et miséricordieux en son Fils ; d’autre part, accepter que Jésus-Christ nous lave, nous purifie de notre vieil homme pour que nous devenions l’homme nouveau « qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité »Ep 4,24. Cet homme nouveau, comme son Maître et Seigneur, est pur de toute volonté de puissance, de désir de possession ou d’autosuffisance envers Dieu.

    Comment alors nous faire laver les pieds par Jésus ?
    Tout d’abord, en recevant son enseignement, sa Parole, toujours à reprendre et à mieux comprendre. Puis en vivant des signes, dons qu’Il nous a faits : principalement les sacrementsdans lesquels nous puisons les forces nécessaires aux diverses situations de nos existences.
    Je pense aussi qu’Il peut encore « nous laver les pieds » lorsque nous prenons conscience et croyons qu’Il nous précède déjà dans toutes les initiatives, services, activités, démarches, témoignages que nous rendons en son Nom. Dans notre générosité, nous voulons souvent faire les choses pour Dieu. Il nous dit : « Fais-les avec Dieu. Aies ta part avec Lui. Tu as reçu son Esprit à ton Baptême et ta Confirmation : alors n’entreprends rien sans Lui.
    C’est bien pour cela qu’en même temps qu’Il a lavé les pieds de ses disciples, Il leur a donné son Corps et son Sang afin qu’il soit en Lui, vivant, et Lui en eux, entièrement avec eux.
    C’est également pour cela qu’Il les a appelés et ordonnés, tels qu’ils étaient, afin qu’ils fassent cela en mémoire de Lui.
    C’est encore ce qu’Il fait aujourd’hui en appelant d’autres disciples à ce service, pour être prêtre avec Lui, jamais seul, jamais inquiet parce que toujours avec Lui.
    Laissons-nous tous laver les pieds par Jésus ; devenons chacun serviteur en revêtant le Christ.
    AMEN 
  • Dimanche des RAMEAUX et de la PASSION du CHRIST. C Le “bon larron” Lc 22,14-23,56 – 18 Avril 2019 –


    DIMANCHE DES RAMEAUX
    ENTREE MESSIANIQUE DU SEIGNEUR A JERUSALEM –

    Frères et sœurs bien aimés,
    Pendant 40 jours, nous avons préparé nos cœurs
    par le prière, la pénitence et le partage ;
    Et nous voici rassemblés au début de la Semaine Sainte
    pour commencer avec toute l’Eglise
     la célébration du Mystère Pascal.
    Aujourd’hui, le Christ entre à Jérusalem, la Ville Sainte,
     où Il va mourir et ressusciter.
    Pour accueillir “Celui qui vient au Nom du Seigneur",
    les gens de Jérusalem l’accueillent en le saluant avec des rameaux.
    Ces rameaux de feuillage toujours verts
    veulent nous rappeler que la vie ne finit pas.
     Ils évoquent la puissance de l’Amour de Jésus
    et sa victoire sur la mort et sa résurrection.


    Homélie après L'Évangile de l’entrée de Jésus dans Jérusalem Lc 19,28-40

    Jésus demande à ses disciples d’aller chercher un petit âne. Pourquoi ? Le prophète Zacharie avait prédit que le roi d’Israël viendrait à Jérusalem « juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon tout  jeune » (Za 9,9). Jésus non seulement accomplit l’Ecriture, mais se montre plein d’amour pour son peuple : Il ne monte pas sur un cheval qui était un animal puissant, réservé à la guerre, mais sur un âne qui est un animal doux, humble, fidèle, robuste, qui ne fait jamais de mal aux enfants. Les propriétaires de l’âne le comprennent très bien et ils le  prêtent volontiers au Seigneur.




    HOMELIE  Dimanche des Rameaux et de la Passion.  C  
    Lc 22,14-23,56 – 18 Avril 2019 –

    Le “bon larron”

    Face à la dérision des chefs “du politiquement et religieusement correct” de l’époque, devant la soldatesque qui se moque de lui et du malfaiteur qui l’injurie, Jésus reste silencieux. N’est-il pas uni à toutes les victimes de la dérision, du déni ou de la violence politique ou médiatique, persécutées parce qu’elles cherchent la justice, le partage des biens et ressources entre tous, le respect de la nature, de la vie ou de toute foi religieuse ?
    Les ennemis de Jésus le somment de se “sauver Lui-même”, autrement dit, ils le mettent au défi de démontrer sa toute-puissance divine à laquelle, évidemment, ils ne croient pas. Jusqu’au bout, ils se sont trompés de dieu.
    L’autre malfaiteur vient-il à reconnaître ses torts et à s’adresser à Jésus, lui demandant de “se souvenir de lui lorsqu’il viendra inaugurer son Règne” que Jésus lui répond aussitôt : “Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis”. Le salut est donné dès que nous reconnaissons non seulement notre péché, mais aussi Celui qui nous en délivre. Le “bon larron”, loin de tourner en dérision l’attitude et les paroles de Jésus désirant sauver le monde, l’appelle “Jésus”, qui signifie “Dieu sauve” (seule fois dans la Bible où Jésus est appelé par son seul prénom).
    Jusqu’au dernier soupir, Jésus accomplit sa mission. A ce malfaiteur repentant, condamné à mort, il donne la plénitude du salut puisqu’il hérite, comme tous les saints, du Paradis. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer de quelqu’un. Que notre repentir et notre foi dans ce sauveur, qui nous aime passionnément, nous conduisent à la Vie dont il veut nous combler dès aujourd’hui, et dans le monde à venir.  Les 2 900 catéchumènes de l’Eglise de France qui seront baptisés dans la nuit de Pâques ne l’ont-ils pas trop bien compris ?
    Bonne Semaine  Sainte et Joyeuses Fêtes Pascales !
    AMEN !


  • HOMELIE 5ème Dimanche Carême C - La "confession" - Jésus et la femme adultère Jn 8, 1-11 – 7 Avril 2019


    HOMELIE  5ème  Dimanche Carême C   Jn 8, 1-11
    7 Avril 2019

    La "confession" - Jésus et la femme adultère

    En ce temps de préparation à Pâques, l’Église demande à ses fidèles, sous peine de négligence grave, de se confesser au moins une fois par an et de préférence en ce temps précédant Pâques. Mais qu’est-ce que "la confession" ?
    ·         La confession, c’est d’abord, se confier à quelqu’un : « Je vais vous faire une confession… » C’est plus couramment, déclarer ses péchés à un prêtre(ou pour un prêtre, "entendre en confession").
    ·         La Confession, c’est aussi avouer, reconnaître des aspects de sa vie : « Les Confessions de St Augustin » ou de Rousseau.
    ·         Enfin, le mot désigne aussi la foi proclamée, quelle qu’elle soit : "Des gens de toutes confessions". Il est encore utilisé pour désigner la liste des articles qui servent à déclarer sa foi : "La Confession d’Augsbourg"que les protestants d’Allemagne présentèrent à Charles Quint, et bien sûr, la Confession de foi que les chrétiens ont définie après plusieurs Conciles et que nous proclamons chaque Dimanche, le "Credo"
    Dans l’Eglise primitive, un "Confesseur" était un chrétien qui proclamait sa foi malgré les persécutions ; par la suite, un saint qui avait manifesté sa foi par sa vie, ses actes et son enseignement.
             La confession a été présentée par le Concile Vatican II comme la mise en œuvre du "Sacrement de Pénitence et Réconciliation". Ce sacrement provient directement du premier don que Jésus fait aux Apôtres (et par leur intermédiaire à toute l’Église) au soir de Sa Résurrection : « Il souffla sur eux et il leur dit : "Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez les péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus » Jn 20,24. Autrement dit, plein pouvoir donné aux Apôtres et leurs successeurs dans la grâce de l’Esprit Saint.
    "Aller se confesser" c’est d’abord, reconnaissant que nous sommes pécheurs, confesser avec joie et gratitude ce don de Dieu qui nous remet debout et nous rend la santé.
    Quel lien avec le récit de la femme adultère que nous venons d’entendre ?
    Il est clair et facile à comprendre, exprimant la profonde mission de Jésus qui est de sauver ce qui était perdu. Mais je porterai l’attention sur un détail énigmatique de ce récit. Qu’est-ce que Jésus a pu écrire sur la terre ? Ses adversaires lui demandaient de se prononcer sur l’application de la Loi de Moïse devant un cas flagrant de délit d’adultère. La réponse était simple : la condamnation et la lapidation de cette coupable (mais où est le compère !). La question ne semble pas intéresser Jésus, ou plutôt, Il la recentre sur ce qu’est le péché, qui nous est à tous familier.  « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre » Jn 8,7 Et se baissant de nouveau, Il se remet à écrire. : quoi ? Nous ne le saurons jamais, mais certainement pas nos péchés ! Il ménage un temps de silence et réflexion pour ses adversaires. Quelle merveilleuse pédagogie divine. Les accusateurs qui tendaient un piège à Jésus sont renvoyés à eux-mêmes, invités à se mettre, devant le seul juge, Dieu Lui-même, pécheurs eux-mêmes comme la femme adultère. Et ils semblent comprendre, car ils quittent la scène en commençant par les plus âgés : serait-ce parce que plus pécheurs ou parce que plus sages ? Ou peut-être les deux à la fois !
    Jésus reste enfin seul avec la femme. Il se relève et ne la condamne pas mais l’envoie reprendre vie en renonçant à pécher . Jésus comme son Père aime les pécheurs, mais Il condamne le péché.
    Recevoir le Sacrement de Pénitence et Réconciliation, c’est professer notre foi en la toute-puissance de Jésus qui guérit et nous remet debout lorsque nous avons reconnu notre mal et l’avons confessé. Confessons-nous donc dans la joie et la confiance dans le Sauveur vivant ressuscité.
    Bonne préparation à Pâques !
  • HOMELIE 4ème Dimanche Carême C - Le Père Prodigue - Luc 15, 1-32. 31 Mars 2019


    HOMELIE  4ème  Dimanche Carême C -  Luc 15, 1-32.
    31 Mars 2019

    Le Père prodigue

    Quel est ce père qui accepte de donner une part de son héritage à un fils qui veut le quitter et qui sans doute ne reviendra jamais ? D’habitude, un héritage, çà se reçoit quand le père est mort ! Mais ici, il est bien vivant !
    Quel est ce père qui longtemps guette le retour de ce fils égoïste et ingrat pour se jeter à son cou, au lieu de lui poser mille questions sur les raisons de son retour ?       
    Quel est ce père qui revêt ce fils d’un habit de fête, lui donne l’anneau à la main (qui équivaut à l’époque à la signature de son compte en banque) ; puis qui fait tuer le veau gras pour festoyer avec toute la maisonnée au lieu de le mettre à l’épreuve et de lui faire expier sa faute ?

    Ce père a deux fils, qui l’un comme l’autre n’ont guère de véritable amour pour lui. Le cadet égoïste et jouisseur ; l’aîné, servile, n’ayant avec son père qu’une relation de « donnant- donnant ».

    Que va-t-il faire ?
    Au cadet, il laisse faire son expérience mais l’attend. Lorsqu’il revient, il est saisi aux entrailles et le rétablit comme fils dans ses droits : ce pardon ouvre la porte de la vie, fait entrer dans le mystère de l’amour total. Le cadet devient libre, parce qu’il fait l’expérience de la gratuité de l’amour, le passage de la mort à la vie : « Mon fils que voila était mort et il est revenu à la vie ! »

    Au fils ainé, le père manifeste tout autant sa tendresse : il sort à sa rencontre, il veut le délivrer de son attitude servile et utilitaire qui lui vaut de revendiquer des droits, mais aussi, d’être effroyablement jaloux, coléreux et enfermé sur lui-même : « Toi mon enfant, tu es toujours avec moi ! Et tout ce qui est à moi est à toi ! »

    Ce père incroyable, c’est Dieu Lui-même. C’est Jésus, son Fils qui nous en parle parce que seul Lui Le connaît bien.
    Il nous le présente ainsi parce que dans notre cœur ou dans notre tête, nous avons bien souvent des images de Dieu à la ressemblance de ce que nous voyons chez les hommes. Dieu nous “juge” ; Dieu nous “punit” (souvenez-vous de l’Évangile de dimanche dernier sur les massacres de Pilate et les victimes de l’effondrement de la tour de Siloë). Ce sont des images fausses du Dieu de Jésus. Ce n’est pas compliqué : Dieu est comme Jésus. D’ailleurs, un jour, un des ses disciples, Philippe, lui demande : « Montre-nous le Père et cela nous serons suffit ! – Jésus lui dit : “Il y a si longtemps que Je suis avec vous  et tu ne me connais pas, Philippe ? Celui qui m’a vu a vu le Père… » Jn 14, 8-9.

    Ce Dieu, n’est-Il pas le « Père Prodigue », qui rend à chacun dignité et liberté : par sa parole, par son regard, son émotion. Il nous l’a fait savoir par son Fils « qui est sorti » pour nous faire entrer dans sa maison, réconciliés avec Lui, avec nos frères et avec nous-mêmes.

    Qui ne se retrouvera pas, peu ou prou, dans ces portraits de fils. L’un apparemment vertueux, fidèle mais à l’étroit, aliéné. L’autre, tout autant aliéné, égoïste, jouisseur, se perdant dans ses désirs jamais satisfaits.

    Oui, en cette période de scrutin qui achemine les catéchumènes vers le Baptême, nous pouvons en toute confiance professer notre foi en ce Dieu tout-puissant, mais de la seule  toute-puissance de l’Amour et nous entendre dire chacun : « Toi mon enfant… ! ». Répondons à cet appel pressant et affectueux ; retrouvons la joie de Lui ouvrir nos cœurs pour entrer dans son amour gratuit et sans mesure pour « être toujours avec eux, Père, Fils et Esprit Saint ».     
    AMEN !
  • HOMELIE 3ème Dimanche Carême C Face aux évènements tragiques - Luc 13, 1-9 – 24 Mars 2019


    HOMELIE  3ème  Dimanche Carême C Luc 13, 1-9
    24 Mars 2019

    Des faits divers qui appellent à la conversion :
    mais quelle conversion ?

    A l’occasion de l’événement tragique des Galiléens massacrés par les soldats de Pilate, tandis qu’ils offraient un sacrifice, Jésus pose à ses auditeurs la question : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres… ? » Et il fait aussitôt allusion à un autre événement tragique, celui de la tour de Siloë qui s’est écroulée entraînant la mort de dix-huit habitants de Jérusalem. St Luc est le seul évangéliste à relater cet épisode de la vie de Jésus. Sans doute, parce que, originaire d’un monde païen où les dieux étaient pourvoyeurs de bienfaits, tout malheur était considéré comme une malédiction de leur part. Les juifs, comme les Apôtres n’étaient pas étrangers à cette manière de penser, qui attribuait toute maladie ou malheur à un péché commis par celui qui en était atteint ou même son entourage. Cela nous est relaté par St Jean, dans le récit de la guérison de l’aveugle-né, où surgit la question des Apôtres : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? ».(Jn 9,2). Jésus nous demande de déconnecter toute mort accidentelle ou violente de toute valeur morale.
    Pourquoi ? Parce que Il faudrait se demander quelle représentation ont-ils de Dieu ?Un juge qui rétribue de façon implacable ? Ces malheurs ne sont-ils pas le fait de châtiments divins qui tombent sur des pécheurs ? Et le fait d’en être épargnés eux-mêmes ne les rassure-il pas sur leur propre “justice” ?

    Ces tragédies rejoignent l’innombrable série des faits divers pour lesquels certains, encore aujourd’hui, cherchent des explications. Et lorsqu’ils n’en trouvent pas, ils sont tentés de mettre Dieu en cause : soit qu’Il punit, soit qu’Il ne nous aime pas ou qu’Il n’existe pas ! Jésus va à l’encontre de ces pensées. Il proclame qu’il n’y a pas de lien direct de la part de Dieu entre le malheur et le péché : Non, les victimes du terroriste, qui a massacré 50 musulmans en nouvelle Calédonie, ne sont pas plus coupables que les autres !  Non, les passagers du vol 747 Max tombé en Ethiopie ne sont pas plus pécheurs que d’autres !

    Par contre, ces événements sont pour Jésus une invitation pressante à se convertir.
    Mais que faut-il convertir ?
    La parabole du figuierqui ne donne pas de fruit va nous éclairer. Raisonnablement, un arbre qui ne donne pas de fruit au bout de trois ans épuise le sol et n’est bon qu’à être coupé. Quelqu’un de pécheur et qui ne se repent pas, doit être éliminé d’une façon ou d’une autre, semblent sous-entendre les rapporteurs du fait divers du massacre des Galiléens par Pilate.
    « Si vous ne vous convertissez pas… »La conversion doit se faire, mais Dieu n’est pas comme ce propriétaire impatient, qui exige des fruits ; pour Lui, il en est tout autrement : « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il vive… » (Ezéchiel 18, 23). Lui sait attendre patiemment que le pécheur change, et Il lui apporte ce qu’il lui faut, espérant qu’il pourra se transformer et porter du fruit.
    La conversion ne pourrait-elle pas, en particulier se porter sur le changement de la représentation d’un Dieu punisseur en un Dieu tel que le Psaume 102 de ce Dimanche nous le présente : « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour » et tel que Jésus nous le manifeste jusque sur la Croix, demandant à son Père de pardonner à ses ennemis et accueillant le bon larron ? Si nous ne le faisons pas, nous mourrons spirituellement comme cette part d’humanité qui ne fait pas confiance à Dieu et le rejette, en déformant ce qu’Il est et ses desseins bienveillants pour elle. Voilà ce qu’il faut convertir : une fausse image de Dieu, fabriquée par des manières toutes humaines de voir les choses et les êtres.
    Il est vrai que les malheurs peuvent ébranler notre foi en Lui : en fait, ils pourraient nous servir, comme le fait ce vigneron de la parabole, en bêchant petit à petit nos psychologies, à ôter l’image païenne, que nous avons toujours au fond de nous-mêmes, d’un dieu pourvoyeur inlassable de bienfaits, et non du Dieu qui se présente à Moïse et qui voit,  entend et connaît les souffrances de son peuple (Exode 3,7) et qui l’accompagne : Il est résolument avec nous contre tout mal, Lui qui n’est qu’amour. Jésus ne donne pas de réponse au mystère du mal : il demande simplement que nous reconnaissions que les événements tragiques nous échappent bien souvent et que nous n’en sommes pas les maîtres ; il nous invite à les traverser sans jamais en attribuer la cause à Dieu et sans perdre confiance en son Amour infini. Que cette petite parabole ouvre de plus en plus nos cœurs à cet Amour et nous prépare à célébrer le renouvellement de notre foi à Pâques.    AMEN !
  • HOMELIE 2ème Dimanche de Carême C La Transfiguration - Lc 9,28b-36 17 Mars 2019


    HOMELIE 2ème  Dim. Carême  C La Transfiguration - Lc 9,28b-36
    17 Mars 2019

     « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le »

          Quel est le sens de cet événement merveilleux sur la montagne  de la Transfiguration ?
          Jésus choisit trois disciples que l’on retrouvera plus tard au pied du Mont des oliviers, à Gethsémani, cette fois-ci, non pour une transfiguration mais pour une “défiguration”, celle de son agonie.    
          L’événement advient alors que Jésus prie. Son apparence extérieure devint “autre”. Au-delà, de son apparence extérieure, pour les apôtres, qui est Jésus ?
          Environ huit jours avant, nous signale le début du verset de l’évangile de ce jour que le texte liturgique n’a pas retenu, Jésus avait posé à ses disciples la question : « Pour vous, qui suis-je ? ».Pierre avait répondu : « Tu es le Messie de Dieu ».Pierre, dans sa foi toute nouvelle, avait “vu”, au-delà des apparences, qui était Jésus.

             Aujourd’hui encore, pour nous qui es Jésus ? Le récit de la Transfiguration nous invite à Le découvrir grâce aux paroles et aux images du récit : ils nous font voir Jésus tel qu’Il est réellement, par le témoignage des trois Apôtres.
             « Son visage apparut  autre » Il faudrait traduire par « l’autre », car le mot est utilisé pour dire « l’un et l’autre » : c’est un dual (“étèron”et non “allon” qui signifie : autre, différent). Quel peut être l’autre visage du Christ ? Les Apôtres connaissaient son visage humain : ils contemplent à présent son visage divin. Son vêtement est brillant comme l’éclair et ils voient la “gloire” de Jésus, images symboliques attribuées à Dieu.
             Mais ils voient aussi deux personnages de l’Histoire du peuple de Dieu : Moïse, qui a reçu la Torah, hrwt,  l’enseignement contenant les volontés divines ; et Élie,qui fut le grand prophète, rappelant sans cesse les exigences de cette Torah de l’Alliance ; tous les deux ayant vécu bien des siècles auparavant. Et tous les deux étant morts dans des circonstances particulières : Moïse, face à la Terre Promise, et dont on n’a jamais retrouvé le tombeau, précise la Bible (Dt 34,6); et Elie, enlevé au ciel sur un char de feu (2 R 6,11) Les Apôtres sont entraînés à dépasser les apparences visuelles pour entrer dans ce monde définitif où ils retrouvent les grands croyants.
             De quoi parlent Moïse et Elie avec Jésus ? « De son Exode qui allait s’accomplir à Jérusalem ». Exode signifie “sortie, départ”. Son Exode sera la Passion et la sortie de cette vie, la mort que Jésus vient d’annoncer huit jours avant à ses Apôtres. Pierre  ne veut pas que cette vue du Christ transfiguré s’arrête ; il veut rester dans cette situation extraordinaire ; il a du mal à quitter sa vision "selon les choses de la terre" pour devenir "citoyens du ciel" écrivait St Paul aux Philippiens (Ph 3,18 - 2èmelecture de ce dimanche) : « Faisons trois tentes » Il ne s’agit pas de faire du camping sauvage mais  les tentes ne rappellent-elles pas celles du peuple de Dieu dans son Exode, au désert. N’est-ce pas dans la Tente de la Réunion où se trouvait l’Arche d’Alliance et les tables de la Loi que Dieu rencontrait Moïse et son peuple ? D’ailleurs, Dieu manifestait sa présence par « la nuée qui la couvrait de son ombre ». (Ex33, 7-10 ; 40,34-35). D’ailleurs, il est très probable que la scène se passe à l’automne, et que c’était la Fête des Tentes, Soukkot, fête juive la plus ancienne à l’occasion des récoltes de fruits et des premières pluies attendues depuis six mois. C’est au cours de cette fête qui durait huit jours que les juifs célébraient dans la joie le don de la Torah.

             Mais quelle est à présent notre Torah ?
    N’est-ce pas Jésus Lui-même qui, à présent, nous conduit à Dieu par son Enseignement et sa Vie ? Il est :
    ü  Celui qu’une voix céleste, celle de son Père, nous invite à découvrir comme le Fils qu’il a choisi, Dieu lui-même.
    ü  Celui que nous sommes invités à accueillir et à garder dans notre cœur en l’écoutant.
    ü  Celui que nous sommes invités à révéler autour de nous,après être redescendu de la montagne où nous sommes venus l’écouter et goûter sa présence, au-delà des apparences.

    Voilà comment nos Messes dominicales peuvent être des “montagnes de Transfiguration”, à condition de les voir au-delà des apparences, dans la foi aux signes que Jésus Lui-même nous a laissés : sa Parole, le Pain de la Vie, la coupe de son sang et la communauté d’Église, son Corps, rassemblé en son Nom.
    AMEN !
  • HOMELIE 1er Dimanche Carême C "Les Tentations du Christ" – Lc 4,1-13 10 Mars 2019


    HOMELIE 1er  Dimanche Carême  C – Lc 4,1-13
    10 Mars 2019

    « Dans l’Esprit, Jésus fut conduit à travers le désert, où pendant quarante jours, Il fut tenté par le diable  »

             Les 1er Dimanche de Carême sont toujours consacrés  aux “Tentations” du Christ. Le Carême est en effet orienté vers Pâque, où notre être tout entier sera renouvelé par le Christ ressuscité. Il est donc un temps de préparation pour le don de la nouvelle naissance. (C’est pour cette raison que les Baptêmes d’adultes se font dans la nuit pascale et que nous renouvelons les engagements de notre Baptême ce jour-là).
             Or, nous le savons, tous les jours, nous sommes affrontés au diable : [en grec, dia-bolou”], ce qui “se jette en travers" ou résiste à notre volonté d’être habité par l’Esprit d’Amour du Père. Comme pour Jésus, il ne nous sera pas épargné les “tentations” : c’est même l’Esprit-Saint qui le conduit au désert pour y être tenté. Sinon, il n’aurait pas véritablement éprouvé notre condition de “chair et de sang”, d’humanité quotidiennement éprouvée.
             Cependant, une remarque de vocabulaire s’impose. Dans le langage biblique, le mot “tentation”est le même que le mot “épreuve” [en grec, peirasmos, ].
             En français, le mot “tentation” a quelque chose d’attrayant, de séduisant, sollicitant notre désir, souvent le fond trouble et caché de nous-même ; la tentation affaiblit notre liberté et met à mal notre volonté.
             Le mot “épreuve” appelle au contraire à une lutte, à un combat ; l’épreuve stimule le meilleur de nous-même, renforce notre volonté, développe notre intelligence des situations, appelle notre discernement et nous donne une sensation de liberté qui nous construit. Dans les deux cas, la fidélité à nous-même, aux autres et à Dieu est en jeu.
             En résumé  nous pourrions dire :         
                         « La tentation hypnotise,
                            L’épreuve galvanise »   

    Jésus est donc, comme nous-même, soumis à l’épreuve.
    « Ayant épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna jusqu’au moment fixé ». Quel sera donc ce moment fixé ? A la Sainte Cène, où le diable entre dans le cœur de Juda ; et, évidemment, au moment de l’Agonie [agonia en grec signifie: lutte] dans ce grand combat douloureux avant que jésus ne se livre à ses ennemis, se donnant Lui-même jusqu’au bout et renonçant définitivement à toute tentation de puissance. Quelles sont donc “toutes les formes de tentations” ? Il y en a bien sûr trois :
    ü  Tentation de l’AVOIR : “vivre seulement de pain(sous-entendu "et de rien d’autres") c'est-à-dire, privilégier la possession de biens plutôt que chercher à ÊTRE. ÊTRE c'est-à-dire, développer tout ce qui nous met en relation avec les autres et avec Dieu qui nous façonne dans la liberté et l’amour par sa Parole, comme le dit le Deutéronome au chapitre 8,3
    ü  Tentation du POUVOIR, “avoir tout pouvoir et la gloire des royaumes”, c'est-à-dire, dominer tous les êtres… ce que Dieu Lui-même refuse de faire, nous aimant  là encore, dans la liberté de l’amour.
    ü  Tentation de METTRE DIEU AU DÉFI, s’en prendre à Dieu : “Si Dieu existait, Il n’aurait pas permis…”. On connaît le refrain de tous les égarés du vrai Dieu qui ne cherchent précisément qu’un dieu tout-puissant, suppléant leurs manques, ce qui est bien naturel et nous guette aussi ! Mais Dieu n’est qu’Amour, un Amour infini, qui exauce à sa manière, bien au-delà de ce que nous avons demandé, même si c’est par des chemins déroutants, comme l’a été le chemin de son Fils, de l’Agonie à la Résurrection.

    Gardons à l’esprit ces trois formes de tentation, mais accueillons-les comme des épreuves. Comment Jésus a-t-Il tenu face à ses épreuves ? Par sa prière, uni à son Père, et par la Parole de son Père. Nous savons que Dieu nous accompagne toujours : restons le plus possible en communion avec Lui. 
    AMEN !
  • HOMELIE 7ème Dimanche Ordinaire C « A celui qui te frappe sur la joue, tends l’autre » - Lc 6, 27-38 - 24 Février 2019


    HOMELIE 7ème Dimanche Ordinaire  C – Lc 6, 27-38
    24 Février 2019


    « A celui qui te frappe sur la joue, tends l’autre » Lc 6,29

    Avec l’Évangile de ce jour, nous avons le cœur du message de Jésus. Sa radicalité me laisse penser qu’il n’est pas d’inspiration humaine à moins de prendre Jésus pour un doux rêveur ou le roi des utopistes, ce que n’ont pas manqué de faire, en leur temps, les Renan et même certains invités d’un plateau télévisuel où j’ai vu et entendu comment la recommandation de Jésus : « A celui qui te frappe sur la joue, tends l’autre » était tournée en dérision. Il m’est ainsi arrivé, quand j’étais curé à St Quentin–les-Sources, un soir où la catéchiste présentait ce texte d’Evangile aux parents qui faisaient la catéchèse à leur enfant, qu’une mère de famille se leva pour lui dire : « Si vous enseignez çà à mon enfant, je le retire du catéchisme : je ne veux pas qu’il soit une carpette ! » C’est vrai que ce que demande Jésus paraît héroïque : « A celui qui prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique. Donne à celui qui te demande, ne réclame pas à celui qui te vole » Paroles toutes aussi rebutantes et inaccessibles au commun des mortels que nous sommes. Alors, Dieu voudrait-il nous mettre systématiquement en échec ou nous défier jusqu’à ce que nous soyons des héros ?
             Revenons à la parole de Jésus qui bloquait cette maman. Faut-il donc prendre cette parole au pied de la lettre ? Je lui ai répondu alors : « Madame, lorsque Jésus demande quelque chose, Il le fait Lui-même. Or lorsqu’au cours de sa parution devant les chefs religieux lors de sa Passion, le serviteur du Grand-prêtre frappa  Jésus sur la joue, a-t-Il tendu l’autre joue ?  Non ! Mais il s’est adressé au serviteur en lui demandant : « Si j’ai mal parlé, montre-le ; sinon pourquoi me frappes-tu ? » Jn 18,23.  Il a fourni à ce serviteur la possibilité de justifier son acte ; Il l’a donc responsabilisé.  Madame, vous pouvez laisser votre enfant au catéchisme : Jésus ne s’est jamais "écrasé" devant la violence, même si au cours de Sa Passion, Il l’a acceptée pour être solidaire de toutes les victimes du monde qui n’ont pu faire entendre leurs voix ».
    Tout de suite après, je suis allé regarder comment était écrit l’original grec de ce passage d’Évangile. En voici la traduction mot à mot : « A celui qui te frappe sur la joue, présente l’autre chose ». [Dans le texte original, il n’y a pas le "dual" comme dans une autre parole due Jésus : « Nul ne peut servir deux maître : car ou il haïra l’un et aimera l’autre… » Lc 16,13 – Dans la parole de ce jour, le terme autre est pris dans le sens de "différent".

             Jésus a commencé en s’adressant aux disciples par : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent… »
    Mais que signifie « Aimer ses ennemis » ? “Agapao”. Aimer : Il n’est pas question de l’affection que l’on a, par exemple pour un membre chéri de sa famille, ni de l’amitié que l’on porte à un égal, ni davantage de l’amour-passion. Il s’agit d’avoir estime et bienveillance pour l’ennemi,et de le manifester par des gestes et des paroles. Jésus donne ainsi des exemples formulés avec “Tu” : la non-résistance à la violence, le don de façon généreuse… même au voleur ; il s’agit de céder, dans tous les sens du terme, et en particulier, « de ne pas riposter au méchant »pour ne pas ajouter un mal à un autre mal. Vient alors la règle d’or (cette fois-ci avec “vous”, qui suggère de passer du rapport personnel à l’autre à la dimension communautaire) : « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux ».

     Mais il va plus loin : Il conclut par : « Alors vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon Lui, pour les ingrats et les méchants ».Les exigences qu’Il a énoncées ne reposent pas sur la bonté foncière de l’être humain, mais sur la bonté de Dieu. C’est Lui le modèle à imiter. Créé à l’image de Dieu plein de miséricorde, le croyant est appelé à jeter un regard miséricordieux sur tous les hommes, y compris les ennemis. Il nous est impossible de le faire sans sa présence en nous, sans la grâce de son Esprit-Saint. Quand il nous est humainement impossible de pardonner, c’est Lui qui pardonne en nous ; quand il nous est impossible de donner, c’est Lui qui nous aide à relativiser nos biens et à amasser un trésor dans les cieux…
    Dans le fond, il n’y a pas de réponse possible aux exigences d’amour de Jésus sans Lui, ce qui revient à dire qu’on ne peut être chrétien sans une communion profonde avec Lui.
     N’est-ce pas ce qu’Il nous invite à faire à présent avec Lui en continuant notre Eucharistie ?


                         AMEN !
  • HOMELIE 5ème Dimanche Ordinaire C – Les Béatitudes: Lc 6,17.20-26 - 17 Février 2019


    HOMELIE 5ème Dimanche Ordinaire  C – Lc 6,17.20-26
    17 Février 2019 –

    Les Béatitudes

    Voici des paroles de Jésus, claires et sévères, qui peuvent rebuter, et pourtant on les appelle "Béatitudes", sans doute parce qu’elles commencent par "Heureux".
    Mais d’abord, que ne dit pas Jésus ? Jésus ne dit pas que les pauvres sont meilleurs que les riches ou qu’ils ont plus de chance qu’eux, parce qu’ils seraient "heureux".
    Que dit-Il alors ? S’adressant aux premiers, Il adresse un message d’espoir à tous ceux que le monde oublie, qui n’ont pas le nécessaire pour une vie pleinement humaine, qui ne mangent pas à leur faim ou qu’une grande épreuve les fait irrésistiblement pleurer, comme un deuil. Enfin, ils s’adressent à ceux qui sont méprisés parce qu’ils croient en Lui. Eh bien, tous ceux-là, paradoxalement, qu’ils se réjouissent et sautent de joie (mot à mot, fassent du sirtaki !), car ils ont une place auprès de Dieu.
    S’adressant aux seconds, aux nantis, aux repus, Il leur adresse un avertissement sous forme de plainte (et non de malédiction !) : en grec, "quel malheur" se dit : "Ouaï !" [ouai] (bien proche de notre français : "Ahi haï). Oui, vous allez être malheureux parce que vous vous appuyez sur votre bien-être qui vous satisfait mais vous enferme sur vous-mêmes et vous rend insensible au monde qui vous entoure. Dans le Psaume 49, 13, on retrouve le même constat : « L’homme dans son luxe ne comprend pas, il ressemble au bétail qui va à l’abattoir ». C’est pourquoi Jérémie pouvait dire encore, dans la première lecture de ce jour : « Maudit soit l’homme qui s’appuie sur un être de chair [comprenez, "sur lui-même" ou un proche], tandis que son cœur se détourne du Seigneur ».  (Jr 17,5). Mais Jésus invite à s’appuyer  sur les deux : l’être aimé et le Seigneur qui nous aime. De fait, trop d’opulence rend aveugle et sourd aux autres et par voie de conséquence, ne permet plus de désirer Dieu : au bout d’un certain temps, elle laisse vide.
    En définitive, Jésus nous dit que Dieu nous aime tous de façon différente, mais Il veut nous alerter, les uns pour qu’ils ne se découragent pas ; les autres pour qu’ils n’aillent pas vers des richesses trompeuses qui conduisent finalement à être malheureux.

    On a traduit "heureux" du grec "Makarios",  mot qui vient d’un verbe, "Makarizo", qui signifie "qu’on estime quelqu’un heureux" et même : "qu’on l’envie d’être heureux". On le trouve souvent dans la Bible et en hébreu, "ashreï¨, qui peut se traduire par "En marche ! " ou "Félicitations, Bravo, tu as tout compris ! ". Ce mot désigne la rectitude de l’homme en marche sur un chemin qui mène à Dieu et le conduit à la vie et au bonheur.

    Alors, remercions Jésus de nous mettre en garde contre le faux bonheur et, avec l’aide de son Esprit Saint,  "En marche" vers le vrai bonheur !

                        AMEN !