Homélies du Père Guy Lecourt

Père Guy LecourtLe Père Guy Lecourt maintient un blog, sur lequel il publie ses homélies.

Vous trouverez les 10 dernières homélies publiées.

  • HOMELIE FÊTE de la TRINITE – 16 Juin 2019




    HOMELIE FÊTE de la TRINITE – 16 Juin 2019

    Pourquoi les théologiens ont-ils inventé ce nom de "Trinité", pour parler de Dieu ?
    Depuis ses débuts, l’Église a été amenée à préciser ce en quoi elle croit. Pour parler de Dieu, il ne s’agissait pas de retomber dans la présentation d’une trilogie de divinités païennes que la vie civile et religieuse romaine allaient abandonner en même temps que l’empereur Constantin, vers 313, (Édit de Milan). Il s’agissait d’abord de garder la fidélité à la Révélation, transmise dans la Sainte Écriture : Dieu est Un, grande affirmation de la foi juive que Jésus n’a pas démentie, mais au contraire proclamée : “Écoute Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un” Dt 6,4) Mais il fallait aussi  tenir compte de la venue dans l’Histoire de Jésus, Christ et Seigneur, et de l’Esprit Saint de Dieu, qui se répandait sur toute la terre et tous les peuples. Oui Dieu est UN, mais s’Il est l’Amour, comment peut-Il rester seul ? Si Dieu est Amour, Il n’est pas solitaire mais Il n’est pas non plus divisé.Au 3ème siècle, l’Église a dû forger un nouveau nom, pour rendre compte de cette réalité révélée de Dieu. Et c’est la proposition faite par les Pères de l’Église d’introduire, au cœur même de l’intimité de Dieu,  la notion de “personne”,qui est un être unique, capable de relations, distinct des autres, de même nature qu’eux: Une seule nature divine, en trois personnes distinctes, unies par un Amour infini … Ils ont alors créé un nouveau mot : Tri-Unitas, qui signifie “Unité de Trois”.Elle fait partie d’un des trois grands mystères de notre foi : Incarnation, Rédemption et Trinité. C’est à dire que nous n’aurons jamais fini de comprendre qui est Dieu.

    Alors, pourquoi se casser la tête ?
    Eh bien je pense que ça vaut le coup de s’arrêter un instant sur cette proposition de foi en Dieu. L’idée que nous pouvons nous faire d’un dieu seul peut être enfermée dans une définition, une conception, que nous pouvons alors nous approprier et qui peut devenir vite oppressante, exclusive : "Dieu de justice", "Dieu tout-puissant", "Dieu très grand" : "Allah kbar" ! Ces définitions expriment souvent nos limites que nous voudrions dépasser : elles en font un dieu, forcément “avec nous”, "de notre côté". Avec Dieu Trinité, nous avons un "Dieu Trois personnes" unies dans une relation d’amour incessante qui nous empêche de l’enfermer dans une idéologie quelconque, car Il est un courant de Vie.
    De plus, si nous prenons au sérieux les premières paroles de la Bible qui présente la création de l’homme : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu Il le créa, mâle et femelle Il les créa »(Gn 1,27). Il existe en l’homme et la femme, inscrit dans leur nature, cette nécessité de vivre en relation aux autres, différents mais semblables, dans l’amour, sans lequel il ne peut y avoir de vrai bonheur. La Trinité Sainte, loin d’être une simple notion théologique, est ce “Dieu tendre et miséricordieux” déjà révélé à Moïse au Sinaï.
    Les textes de notre Messe d’aujourd’hui rappellent les trois caractéristiques trinitaires.
    La Sagesse: elle nous apprend à maîtriser et soumettre autant qu’il est possible, l’univers pour le bien de tous. Nous sommes coresponsables  de la Création avec le Père, “Créateur du ciel et de la terre”. Lire l’encyclique du pape François « Laudato si… » « Loué sois-Tu… »
    L’Esprit Saintnous guide par les Paroles du Fils et du Père pour nous conduire aux situations vraies, aux échanges riches qui permettent la communion (Jn 16,12-15). Il nous rend capables de vivre des relations d’amour désintéressées, des relations qui ne soient ni dépendance, ni domination blessante. Il nous rend libres.
    Enfin, “par le Seigneur Jésus-Christ, nous avons accès au monde de la grâce” qui donne la force au travers des épreuves “nous conduisant à la persévérance, la valeur éprouvée et l’espérance qui ne trompe pas” (Rm 5, 5).
    Oui, "Dieu Trinité" est toute entière puissance d’amour créatrice et productrice. Les trois personnes nous invitent à entrer dans leur intimité par la grâce du “Baptême d’eau” en leurs Noms. Si bien que nous pouvons les prier l’une ou l’autre, selon nos sensibilités, la nature de notre prière ou l’évolution de notre foi. Il n’y a ni rivalité, ni jalousie entre elles. Elles nous apprennent la communion entre nous. Comme chacune de ces personnes, il faut avoir un cœur humble et accueillant, capable de “plonger” (sens du mot “baptême”) dans ce courant d’amour infini. Ces dispositions de cœur et d’esprit, nous les demandons pour nous-mêmes, pour nos proches, notre communauté paroissiale et toute l’Église et pour le monde entier. AMEN !
  • HOMELIE de PENTECÔTE – Jn 14,15-16.23b-26 - 9 Juin 2019


    HOMELIE  de PENTECÔTE – Jn 14,15-16.23b-26
    9 Juin 2019
    -

    « Je prierai le Père, et Il vous donnera un autre Défenseur qui sera toujours avec vous : l’Esprit de Vérité» Jn 14, 16

    Jésus va demander à son Père un autre  Défenseur pour ses disciples. C’est donc que Jésus a été le premier Défenseur de ses Apôtres.
    Contre quoi les a-t-Il défendus ? Contre quoi nous défend-t-Il aujourd’hui encore ? Contre de fausses représentations de Dieu. Il leur a fait découvrir Dieu comme un Père et leur a enseigné la véritable relation à ce Père, pour éviter qu’ils le soupçonnent de ne pas les aimer, de les laisser à la merci de leurs  tentations de possession, de volonté de puissance, de leurs propres violences et de celles du monde ; souvent de leurs peurs, de leurs angoisses même ; bref de les laisser orphelins, livrés à eux-mêmes.
    Mais pour rester fidèles à ces commandements (qu’on pourrait traduire par « recommandations, prescriptions» comme celles d’un médecin) de quel autre Défenseur ont-ils besoin ? D’un Défenseur qui assure la continuité de ce que Jésus faisait, pour que, comme Paul l’exprimait dans sa lettre aux Romains, (qui nous a été donnée en deuxième lecture), les disciples ne retournent pas « sous l’emprise de la chair ».

    Que signifie cette expression ? Dans la Bible, la chair (sarki en grec) désigne l’être humain tout entier, corps et âme, dans sa condition terrestre et fragile, limité, par opposition à l’esprit qui indique l’origine divine ou céleste. « Le Verbe s’est fait chair » Jn 1,14 signifie que Dieu entre de façon sensible, "incarnée" dans notre humanité. Sous l’influence grecque, Paul va opposer la chair à l’esprit : la chair va alors désigner la pesanteur de l’homme, son attirance vers le mal et sa tendance à y succomber. Un être sous l’emprise de la chair est un être dominé par ses instincts désordonnés, ses pulsions, ses fantasmes, ses phobies, qui peuvent conduire au péché en l’éloignant de la vie de l’Esprit selon Dieu. Esclave de lui-même et de ses passions qui l’entraînent vers le bas, il ne se laisse pas libérer par le Christ.

    Si donc l’on veut suivre le Christ et rester avec Lui, Il nous donne cet autre Défenseur qui sera avec nous pour nous « inspirer », « nous souffler » ce qui est bon pour nous et pour les autres, et nous donnera la force de le réaliser. Sous « l’emprise de l’Esprit », nous serons libres et non plus esclaves des forces du mal que Jésus a vaincues dans sa chair sur la Croix. Mais mieux encore, nous pourrons nous comporter en enfants bien-aimés et nous adresser à Dieu avec les mots même de Jésus. Nous pourrons lui dire : « Abba !Père ! » (Et même, si l’on gardait la traduction exacte, on pourrait dire : « Papa ! »).

    A Pentecôte,c’est toute l’Église qui reçoit l’autre Défenseur. En lisant les Écritures, elle se souvient des paroles et des actes de Jésus. Elle reçoit la lumière et le dynamisme  symbolisé par les langues de feu pour faire savoir au monde que Dieu aime tous les peuples ; qu’Il veut être avec eux comme un Père et qu’Il nous invite à nous conduire comme des frères, avec cette dignité incomparable d’enfants bien-aimés.

    Exprimons notre dignité par toute notre vie inspirée à tout instant par l’Esprit du Père et du Fils qui nous a été donné : que nos cœurs soient remplis de reconnaissance,

    AMEN !
  • HOMELIE 7ème DIMANCHE de PÂQUES. Ac 7,55-60 - Ap 22,14-20 - Jn 17,20-26. 2 Juin 2019.


    HOMELIE 7èmeDIMANCHE de PÂQUES.
    Ac 7,55-60 - Ap 22,14-20 -  Jn 17,20-26
     2 Juin 2019.

    « Marana tha ! Notre Seigneur, viens !»

    La première lecture de ce dimanche, ne vous a-t-elle pas frappée par la ressemblance de St Étienne avec Jésus ? Comme Lui, Étienne prie, "fixant ses regards vers le ciel" ;  comme Lui, il est exécuté “hors de la ville” ; comme Lui, “Il remet à Dieu son esprit” ; comme Lui, il pardonne à ses bourreaux : « Ne leur compte pas ce péché ».
    Étienne avait bien compris que son Seigneur était l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin dont nous parlait l’Apocalypse en deuxième lecture. Il s’était tout donné à Lui. Il s’était identifié à Lui jusqu’à son supplice.

    Jésus prie « levant les yeux au ciel »et Il prie pour nous qui, grâce à la parole des disciples réunis à cet instant autour de Lui, croiront un jour en Lui. Que demande-t-Il ? « Que tous soient un en nous pour que le monde croie que tu m’as envoyé ! » Il demande au Père de pouvoir réaliser l’unité entre nous : il en va de sa propre mission.

     Pourquoi cette prière de Jésus à son Père ? Cette union n’est-elle pas le dessein divin de la Création, le sens profond de nos existences ; ce pour quoi et pour qui nous sommes faits, à l’image de la Trinité Sainte : être, nous tous, unis en elle ? Et donc, toute forme d’unité que nous pouvons construire sur terre, en famille, dans le mariage, en communauté paroissiale, dans notre pays et dans le monde entier, a sa source et sa vie en l’unité divine de la Trinité : elle est un don à demander : « Marana tha ! Notre Seigneur, viens ! », Viens la réaliser par le don de ton Esprit Saint.

    Il est vrai que cette unité est bien souvent difficile à réaliser tant nous sommes divers, différents, voire opposés, qu’elle nous paraît un doux rêve irréalisable. C’est bien la place de l’Esprit de Dieu que de pouvoir pourtant la faire advenir : s’il en va par moments que nous soyons découragés, ce n’est pas étonnant. Ne sommes-nous pas dans une vie bien chargée, souvent en suractivité ou au contraire, en manque, (en raison de l’âge, de la retraite ou d’un handicap important), poussés par un désir de laisser tomber et de souhaiter être simplement avec Jésus, au repos et en paix ? 

    « Alors regardons vers le ciel. » Écoutons de nouveau la voix de Jésus. Quel est le sens de cette unité ? « Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » Voilà quelle a été sa mission, voilà pour qui Il a donné sa vie : nous révéler que nous sommes aimés par le Père comme Il a aimé son Fils !

    En cherchant à construire coûte que coûte l’unité autour de nous, par la foi, l’espérance et la charité reçues de Dieu, unis à tous ceux qui croient en Lui ou qui sont de bonne volonté, nous portons témoignage auprès du monde et nous participons à la mission telle que Jésus en parle, en la manifestant aujourd’hui : «  Je leur ai fait connaître ton nom [c’est-à-dire qui tu étais], et le ferai connaître [c’est un futur, donc présent aujourd’hui],  pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux »
    L’unité désirée, construite et vécue conduit directement à vivre dès à présent dans l’amour de Dieu. Quelle grâce !
    Comment l’en remercier ? En le priant : Alors, oui,"Marana tha ! Notre Seigneur, viens !"

    AMEN !
  • HOMELIE 6ème Dimanche de PÂQUES "L'Esprit-Saint vous enseignera tout". Jn 14,23-29 - 26 Mai 2019.


    HOMELIE 6ème Dimanche de PÂQUES. Jn 14,23-29
    26 Mai 2019.

    “Le Défenseur, l’Esprit-Saint que le Pèreenverra en mon nom, Lui vous enseignera tout…” Jn 14,26

    En cette période de l’année, les Églises chrétiennes sont en marche vers la fête de la Pentecôte, où elles célèbreront le don de l’Esprit-Saint. Jésus le désigne comme le Défenseur : dans le texte original grec, on le nomme “Paraclet” : mot à mot : “Celui que l’on appelle au côté d’un accusé pour qu’il lui souffle les arguments de sa défense”).  Il peut se traduire également par “Consolateur”. Jésus le promets donc à ses disciples, qui dès le début de leur ministère, ont été victimes de persécutions.
    Disciples d’aujourd’hui, l’Esprit-Saint nous est également promis. L’Église, en bientôt 2000 ans d’Histoire, a traversé des périodes troublées, difficiles, tragiques même par les persécutions dont elle a fait l’objet. Il en est encore ainsi aujourd’hui. Mais ces derniers temps, elle doit faire face à des révélations scandaleuses de la part de certains de ses ministres,  largement véhiculées par la plupart des médias. Les responsables de notre Eglise, pape et évêques se sont saisis de ces situations douloureuses qui ont blessé les victimes, leurs familles mais aussi leurs communautés.
    N’oublions pas cependant la foule innombrable de laïcs, religieux, religieuses, diacres, pasteurs, prêtres et évêques au service des plus déshérités de la planète ? - Qui est en première ligne dans la lutte contre le sida en Afrique ? Les organismes des Églises - Qui se bat contre les injustices au Brésil, au Soudan, au Congo, en Afrique du Sud ? Les Églises - Qui lutte, chez nous, contre toutes les formes de misère (sans en avoir le monopole, bien sûr !) ? - Le Secours Catholique, le CCFD, la Conférence St Vincent de Paul ; la Fondation de l’Abbé Pierre, l’Ordre de Malte ; Mère de miséricorde, Magnificat, Tom Pouce (pour les mères seules ou en attente d’enfants) ; Foi et Lumière, Communautés de l’Arche et “Chez nous avec toi” (pour les handicapés) ;  et combien d’autres associations, sans compter tous les chrétiens engagés dans des associations laïques venant en aide dans tous les secteurs de pauvreté : “Resto du cœur”, “Mères pour la Paix” en Afghanistan et au Congo, “Alliance pour les Droits de la Vie”,  “Orphelinat de Bethléem” en Palestine, “Croix Rouge”, "Œuvre d’Orient", pour ne citer que celles-là: j’arrête cette énumération qui n’est évidemment pas exhaustive.
    Cependant, je ne voudrais pas oublier également tous ceux qui travaillent en toute discrétion dans le cadre de leur fonction ou de leur profession, mais de façon tenace pour la justice, le respect de la vie de ses débuts à sa fin, la paix sociale et religieuse et même en politique, ou tout simplement, en cherchant toutes les occasions pour créer des relations de convivialité entre tous.
    Mes sœurs et mes frères, qui lance ces femmes et ces hommes dans ces magnifiques défis, ici ou là-bas ? Une audace folle ? Une foi dans l’humanité, capable de solidarité et de recherche du bien de son semblable ? Sans doute, mais aussi une foi inconditionnelle dans les paroles de Jésus : « Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon Nom… vous enseignera tout et Il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». Il soutient, défend et console par ses dons : Sagesse et Intelligence, Conseil et Force, Connaissance et respect de Dieu… annonçait déjà le prophète Isaïe (Is 11,2)
    Les Apôtres y croyaient tellement, nous le rappelaient la première lecture de ce jour (Ac 15,28), que lorsqu’ils ont dû prendre des décisions graves pour accueillir les païens dans l’Église naissante, eux qui étaient juifs, décrètent, comme si cela allait de soi : « L’Esprit-Saint et nous-mêmes… ».
    Promesse tenue aux Apôtres, promesse tenue aujourd’hui ! Êtes-vous « confirmés » ? Activez ces dons de l’Esprit qui vous ont été faits ; ne l’êtes-vous pas ? Envisagez sérieusement à recevoir ces dons par ce beau sacrement de la foi adulte : cette année 265 Yvelinois recevront ce sacrement des mains de l’évêque au jour de Pentecôte. On s’y prépare tout au long d’une année.
    Qui que nous soyons, n’hésitons pas à faire appel à Lui : nous ne serons jamais déçus !
    AMEN !
  • HOMELIE 5ème Dimanche de PÂQUES. Jn 13, 31-35 - 19 Mai 2019.


    HOMELIE 5ème Dimanche de PÂQUES. Jn 13, 31-35
    19 Mai 2019.

    “Maintenant le Fils de l’Homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il sera glorifié bientôt »” Jn 13,31

             Ces paroles de Jésus, après le lavement des pieds, sont là pour affermir la foi de ses disciples à quelques heures de sa Passion et de sa mort sur la croix : en effet, c’est bien sur la croix, en remettant son dernier souffle au Père, que Jésus accomplit totalement sa mission en révélant jusqu’où son amour pour son Père et pour l’humanité pouvait aller.

             "Glorifié" : ce terme utilisé  5 fois par St Jean exprime cela. Même si parfois le terme paraît un peu désuet ou pompeux, il a pourtant été mis bien en valeur cette semaine, pour nous français, par l’hommage merveilleux qui a été rendu aux deux officiers Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, tués en allant libérer les otages des terroristes au Burkina Fasso. Notre président et leurs frères d’armes, en notre nom, ont proclamé leurs mérites, leur sens du devoir et leur sacrifice.

             Dans la Bible, en hébreu, gloire se dit kavod et lourd se dit kaved. C’est dire que la gloire de quelqu’un évoque le poids de sa présence. Dire que le Fis de l’Homme est glorifié c’est dire qu’en Jésus se manifeste la présence agissante du Père : en Jésus, Dieu est présent dans notre humanité.
             Toute personne qui s’ouvre à cette présence divine et à son amour est entraîné à vivre également en relation avec les autres en les aimant à la façon dont Jésus nous aime.

    Voilà notre manière de glorifier Dieu, de le rendre visible Jésus le dit bien : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » Jn 13,35

    Tâche difficile au quotidien si nous ne comptons que sur nous-mêmes. Mais n’est-Il pas présent à nous. Le même St jean n’a-t-il pas écrit dans le passage de l’Apocalypse que nous avons entendu lors de la deuxième lecture : « Il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et Lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu ? » N’est-ce pas d’ailleurs l’autre Nom de Jésus : "Emmanuel" Dieu avec nous !

    Qu’Il nous remplisse de son Esprit Saint donné depuis notre baptême. Glorifions Dieu en le rendant présent par son amour qui nous habite !
     

    AMEN !

  • HOMELIE 4ème Dimanche de Pâques "Le Beau Pasteur" Jn 10, 27-30 – 12 Mai 2019.


    HOMELIE  4ème Dimanche de Pâques Jn 10, 27-30
    12 Mai  2019.

    « Je suis le Bon Pasteur »

    Dans les textes liturgiques de ce Dimanche, avez-vous remarqué deux images qui parlent de Jésus-Christ ? L’apocalypse le présente comme l’Agneau qui a donné son sang ; l’évangile de Jean révèle Jésus se présentant Lui-même comme le Bon Pasteur. Y aurait-il contradiction entre ces deux images ?
    L’Apocalypse nous donne déjà une réponse, puisque le texte que nous venons d’entendre dit explicitement : « … L’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur Pasteur pour les conduire vers les eaux de la source de vie ».
    Les images bibliques, si elles peuvent apparaître déroutantes et même opposées, sont là pour nous aider à approcher la riche réalité des situations ou des personnes. Elles ne fonctionnent pas en : « Ou Jésus est l’Agneau, ou Il est le Pasteur » mais « Jésus est à la fois l’Agneau et le Pasteur ».
    Comment ? Le Christ est l’Agneau Pascal qui, selon la foi juive, rachète les hommes au prix de son sang ; Il est aussi le Serviteur de Yahvé, agneau muet qui va au sacrifice, dans le livre d’Isaïe (Is 53). Jésus n’a-t-Il pas vécu sa Passion comme ce Serviteur ? N’est-il pas mort au moment où l’on sacrifiait l’agneau pascal ?
             Mais Il est aussi, comme l’écrit l’évangile, “Beau Pasteur”, kalos, en grec,  au sens de noble, honnête, vrai ; tout différent du mercenaire qui ne travaille que pour de l’argent. Il est beau parce qu’Il connaît chacune de ses brebis, chacun d’entre nous ; Il fait attention à tous. Nous sommes tous uniques pour Lui ; nous Lui  sommes très précieux à tel point qu’Il ne veut pas se séparer de nous : Il nous donne la vie éternelle !
    Le Beau/Bon, le vrai pasteur n’est pas pasteur pour lui-même, mais pour son troupeau et, parce qu’Il est uni à Celui qui est à l’origine de toute vie, Il donne vie, puisque tout son être dans son union au Père, guide le troupeau vers ce qui le nourrit, le désaltère.
    Ainsi doit-il en être de ceux que l’Église, au nom du Christ, a appelés comme pasteurs. Tellement unis au Christ qu’ils sont aussi agneaux offerts. Ils donnent leur vie pour leur troupeau ; Ils connaissent les membres de ce troupeau, en prennent soin, le conduisent vers ce qui est vital. Ils restent toujours en union avec le seul Pasteur, Jésus-Christ. C’est cela qui permet de discerner une vocation sacerdotale parmi bien d’autres appels non moins nécessaires au peuple de Dieu, mais qui n’est pas la prise en charge du troupeau, comme il est demandé au Pape, à l’évêque ou au prêtre.
    Mais comment discerner un appel de Dieu à ce ministère comme, d’ailleurs, à toute autre mission qu’Il voudrait nous confier ?
    La première condition me semble la plus nécessaire : faire taire les bruits extérieurs, images, idéologies ou modes qui nous rendent étrangers à nous-mêmes pour trouver un silence habité. Ce silence nous fait voir l’essentiel, c'est-à-dire le dessein de Celui qui nous a fait venir à la vie parce qu’Il nous aime et qu’Il est fidèle. Alors l’envie est  non seulement de ne plus Le quitter mais de Le faire connaître à d’autres. C’est à mon sens le cœur de toute vocation : laïque, sacerdotale ou religieuse, et en tout cas celle à laquelle j’ai répondu pour ma part et à laquelle je réponds encore aujourd’hui.
    C’est donc avec une immense humilité et la conscience aigüe de ne rien pouvoir faire sans Lui qu’une femme, un homme peut envisager de s’engager à répondre et à vivre son appel.
    Prions pour tous ceux qui y ont répondu.
    Prions pour ceux qui pensent y répondre.
    Prions aussi pour ceux qui ont du mal à tenir ou qui ont failli.
    Prions pour favoriser l’accueil de tels appels dans nos familles et autour de nous,
    Remercions le Seigneur de nous adresser son appel et de nous en avoir jugés dignes malgré nos limites et nos faiblesses.
    Enfin, prenons des moments de silence où nous rentrons en nous-mêmes pour entendre sa voix.
    AMEN !
  • HOMELIE 3ème Dimanche de Pâques. "Le Seigneur: Il est " Jn 21, 1-19. – 5 Mai 2019.


    HOMELIE  3ème Dimanche de Pâques Jn 21, 1-19.
    5 Mai  2019.

    « Le Seigneur : Il est Dieu !»

    La scène de la troisième et dernière manifestation de Jésus à ses disciples qui clôt l’Evangile de St Jean se situe après Pâques, au bord de la Mer de Galilée. Les disciples ont repris leur premier travail, la pêche. Ils sont sept, chiffre parfait, chiffre de la rencontre du divin et de l’humain. Ils passent la nuit à jeter leurs filets mais ne prennent rien. Jésus se tient au bord du rivage : il ne se fait pas reconnaître. Pourtant Il n’en est pas à sa première rencontre avec eux après sa résurrection. Seulement, Il veut les faire aller plus loin dans leur foi : comment ?

    Pas de “Bonjour !” ou de “La paix soit avec vous !” Juste une demande : « Les petits, avez-vous quelque nourriture ? ». Puis, à leur réponse, Il leur adresse une invitation qui ressemble étrangement à celle qu’ils avaient déjà entendue : c’était au jour de leur premier appel. « Lâchez vos filets vos filets pour la pêche « (Lc 5,4). Le miracle s’accomplit et aussitôt, le “disciple que Jésus aimait” le reconnaît : « C’est le Seigneur ! » mais l’on peut traduire par : « Le  Seigneur : Il est ! » C'est-à-dire que Jésus, Seigneur, ressuscité, est vraiment Dieu Lui-même : “Je suis” qui est le Nom que Dieu donne de Lui-même à Moïse, au buisson ardent. Plus que leur maître, plus qu’un prophète, plus que le Messie, Jésus est Dieu : trois fois, nous aurons cette expression : « Le  Seigneur : Il est ! »  A la troisième, l’évangéliste écrit : « Aucun disciple n’osait Lui demander : « Qui es-tu ? ». Ils savaient que le Seigneur, Il est ». Leur foi en la personne de Jésus devient complète : de la foi/confiance en Jésus de Nazareth, ils passent à la foi en Jésus, Fils de Dieu.

    Il ne s’agit pas simplement d’une définition de catéchisme : il s’agit pour nous aussi d’apprendre à dire, avec tout ce que cela entraîne de conséquences, que Jésus est Notre Seigneur et Notre Dieu. Et donc qu’Il est au cœur de notre vie. Nous avons à le chercher et le trouver dans tout ce qui fait notre existence. Certes, Il peut comme pour les disciples, nous sembler plus souvent absent que présent, surtout dans les moments d’épreuves, d’échec, de deuil, mais il est des temps et des moments où Il nous donne rendez-vous pour percevoir plus clairement qu’Il est là ; qu’Il nous éclaire et nous aide dans les moments où nous ne pêchons rien, c'est-à-dire où nos efforts humains pour aimer, pour vivre avec notre entourage de façon harmonieuse ; pour rendre la société plus juste et fraternelle n’aboutissent pas, ne donnent rien.

    Sa visite peut se faire dans les rencontres de notre prière personnelle. Cela peut se faire en Communauté lorsque Sa parole est proclamée, écoutée, méditée : qu’elle donne sens à ce que nous faisons et nous rend courage et espoir. Cela est vécu dans le signe du pain donné et partagé qui nourrit nos cœurs affamés et vides. L’assemblée des frères qui nous entourent réconforte notre foi et nous pouvons ensemble proclamer : « Toi, Seigneur, Tu es notre Dieu ! »

    Tu as fais des premiers disciples des pêcheurs d’hommes, tirant dans leur filet 153 gros poissons, chiffre qui, d’après les naturalistes de l’époque, correspondait au nombre d’espèces connues. Ces 153 gros poissons désignent symboliquement la totalité des peuples de la terre. Ils ont à être tirés de la Mer, symbole de la mort et des puissances du mal.
    Toi, notre Seigneur et Notre Dieu, Tu peux alors faire de nous les pêcheurs d’hommes d’aujourd’hui, Toi qui nous as ramené à la vie pour que nous les ramenions à Toi qui es la Vie, à Toi qui es Dieu.

    AMEN !
  • HOMELIE 2° Dimanche de Pâques. La foi de Thomas - Jn 20,19-31 28 Avril 2019


    HOMELIE  2° Dimanche de Pâques. La foi de Thomas - Jn 20,19-31
     28 Avril 2019

    Heureux ceux qui croient sans avoir vu !

                       Pourquoi Thomas a-t-il douté ? Il est courageux ; il a du caractère : c’est le seul Apôtre à être sorti du Cénacle où les autres, la peur au ventre, s’étaient verrouillés. C’était un réaliste, qui avait bien compris qu’en montant à Jérusalem avec Jésus pour se rendre auprès de Lazare qui était mort, il risquait la mort avec son maître : "Allons, nous aussi, pour mourir avec lui!"  Jn 11, 16. Il était prêt à donner sa vie pour Jésus qu’il aimait passionnément. Sa mort l’avait profondément déstabilisé : il était persuadé que Jésus saurait s’en sortir, Lui qui était capable de ressusciter Lazare. Et voilà qu’Il était bien mort.
                       Tout devenait pour lui une immense question : quel était le sens de la vie de Jésus ? De son témoignage ? De la pertinence de ses paroles et de son enseignement puisqu’Il avait fini sa vie comme un pauvre malfaiteur, abandonné de tous et, semble-t-il, de Dieu Lui-même. Qu’on lui annonce que Jésus était vivant, alors là, c’était trop pour lui : il ne voulait plus être trompé et déçu.
                       Son refus de croire sans preuve venait peut-être aussi de ce que Jésus, s’étant manifesté aux autres apôtres en son absence, il en était un peu jaloux et frustré d’avoir manqué ce moment qu’il désirait inconsciemment si fort au fond de lui.
                      En tout cas, le dimanche suivant, de nouveau Jésus se trouve au milieu d’eux : Il ne lui en veut pas (c’est bien là un trait de la miséricorde de Dieu) et au contraire, il s’adresse à lui pour combler son attente. Aussitôt éclate la belle profession de foi de Thomas, la première qui désigne Jésus comme Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jésus peut alors l’inviter à passer du voir au croire.
                       Sur le chemin de la foi, nous sommes invités nous aussi à dépasser le désir bien légitime de preuves visibles, concrètes, compréhensibles pour accéder à une adhésion basée sur la confiance.
                       Mais confiance en quoi ou en qui ? D’abord, confiance dans les témoins qui ont donné leur vie pour dire ce qu’ils avaient vu et entendu et qui nous est précieusement rapporté dans les Evangiles.
                       Confiance dans la pertinence, la grandeur, la beauté et le bonheur qu’apporte la vie selon l’Evangile. Et, en ce dimanche de la miséricorde, il est heureux d’évoquer la “présence” concrète, réelle, visible du Christ dans celui qui a faim, froid, qui est malade, nu, prisonnier chaque fois que nous allons à leur rencontre.
                       Confiance dans la Communauté réunie comme les apôtres au Cénacle qui continue, dimanches après dimanches, à écouter les paroles du Christ, à comprendre ses enseignements et à se nourrir de son Corps, pour en vivre ensuite.
                       Enfin, confiance dans le don de l’Esprit Saintqu’au soir de Sa Résurrection, Jésus “souffle” sur les Apôtres et qu’Il donne aujourd’hui à tous ceux qui le Lui demandent.
                       Non ! Le doute de Thomas n’est pas le doute du sceptique, du soupçonneux, limité  par sa raison, étranger au sens des réalités qui lui échappent et qui se ferme à toute nouveauté ; qui finalement reste seul avec lui-même. Il est de ceux qui questionnent devant l’extraordinaire, l’insolite, l’inattendu, “l’incroyable” : ils veulent vérifier qu’ils ne rêvent pas, qu’ils sont bien dans la cohérence et la vérité de ce qu’ils croient et que c’est accessible à tous ceux qui le veulent bien.
                       Dieu est tellement “autre” et les évènements, comme pour Thomas, sont tellement déconcertants qu’il est courant, dans la Bible, d’entendre des croyants et particulièrement des priants lui lancer des questions : « Pourquoi… ? » (Psaumes 10,1 ; 42,10 ; 43,2 ; 44,24) et « Où es-tu ? Que fais-tu ? Jusqu’à quand nous laisseras-tu dans cette détresse ? ».Souvenez-vous du dernier cri de Jésus Lui-même sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Début du Ps 21 (22) qui se termine par un chant de louange : «   23 J'annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai ».
     Ce sont des doute-questions qui débouchent sur la foi-louange.
                       Bienheureux Thomas qui éduque nos propres doutes, nous invitant à poser les bonnes questions ; à les partager entre nous ; à les porter et à les dépasser jusqu’à exprimer joyeusement notre foi. Et qui est son “jumeau” ?Ne le serions-nous pas tous un peu ?           
     AMEN !
  • HOMELIE Dimanche de Pâques. Il y a "voir et voir" - Jn 20,1-9 - 21 Avril 2019


    HOMELIE  Dimanche de Pâques. Jn 20,1-9 
    21 Avril 2019


    La Résurrection du Christ : il y a voir et voir !

    La Résurrection de Jésus, comment en parler ? C’est tellement nouveau et mystérieux ! St Jean nous la présente à travers le témoignage des deux disciples, Pierre et Jean, qui au petit matin de Pâques, alertés par Marie de Magdala, se rendent en hâte au tombeau où l’on avait déposé Jésus. En quelques étapes, par le choix du vocabulaire, il nous fait progresser vers la foi en cet évènement. Parcourrons le récit.

    Tout d’abord, Marie de Magdala se rendant la première au tombeau a vu que la pierre fermant le tombeau a été roulée : le tombeau est donc ouvert. Le verbe utilisé ici est blèpo, qui signifie voir-constater, qui donnerait lieu à un procès-verbaldécrivant ce que l’on voit de nos yeux de chair. Elle ne va pas plus loin ; elle n’entre même pas pour chercher d’autres indices. Sur ce constat, elle en déduit qu’on a enlevé du tombeau le Seigneur et s’engage sur une fausse piste. Ayant alerté les Apôtres, Simon-Pierre et “le disciple que Jésus aimait” sortent à leur tour et se mettent à courir vers le tombeau, eux-mêmes intrigués.
     v.5 - Le disciple arrive le premier, se penche et voit (même verbe blèpo) “les linges qui sont là, à plat” *. Nouveau constat, avec un nouvel indice : les linges, retombés à plat. Mais il n’entre pas.
    v.6 - Simon-Pierre arrive à son tour: “Il entre dans le tombeau et voit les linges, à plat v.7 et le tissu qui était sur sa tête n’est pas à plat avec les linges, mais enroulé, lui, en sa place”
    Le verbe ici est théorao (qui a donné en français : théorie, théoriser, théorème...) Il signifie : observer, regarder attentivement, examiner, inspecter et même contempler. Simon-Pierre se met donc à tenter de comprendre ce qu’il voit, d’en chercher le sens.
    v.8 - Entre alors l’autre disciple : “Il vit et il crut”. Un troisième verbe est utilisé : Orao [qui, sous une autre forme conjugale, a donné en français : ophtalmo]. Ce verbe signifie de façon courante : voir, mais il a aussi le sens imagé de « voir avec les yeux de l’esprit, de l’intelligence » c’est à dire comprendre.  D’ailleurs au verset suivant, v.9, l’évangéliste commente : “ En effet, ils n’avaient pas encore vu l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts”.Or c’est le même verbe voir/orao qui est traduit habituellement par comprendre.

    Voilà donc le chemin de la foi en la Résurrection de Jésus parcouru par « le disciple que Jésus aimait » Il nous invite à le faire à notre tour. On ne peut croire en la Résurrection s’il n’y a pas d’abord le constat (blèpo) de la mort de Jésus selon la chair. Suit notre recherche du sens (théorao) pourquoi n’est-il plus là ? N’y aurait-il pas une vie après la mort ? Mais ces questions, toutes bien normales, ne suffisent pas pour croire : il faut voir(orao)au-delà du visible.
    A tous ceux qui chercheraient des preuves de la Résurrection, il leur est demandé de changer leur manière de voir. “Moïse...en homme qui voit (orao) l’invisible (a-oraton), tint ferme”He 11, 27
    A tous ceux qui veulent croire, il leur est demandé de partir de la réalité visible de l’existence pour accéder, grâce aux signes et au témoignage de des Apôtres qui ont donné leur vie pour cela, ainsi qu’à l’Écriture lue ensemble en Église, pour accéder à la réalité invisible qui ne se confond pas avec nos imaginaires, tentés par nos délires. (cf. les tentatives sectaires ou à mouvance New Age).

                       Croire, c’est passer du voir-avec-nos-yeux-de-chair Celui qui s’est fait chair pour nous au voir, Celui qui est le Christ, le Fils de Dieu, ressuscité, non sans chercher à comprendre, comme Simon-Pierre.

                       Ce désir de voir n’est pas méprisable. N’est-ce pas pour cela que Jésus a dit à l’apôtre Philippe à la veille de sa mort: “Qui me voit, voit le Père” (Jn 14, 9) ? C’est pour cela encore qu’après sa Résurrection, Jésus « se donnera à voir » aux Apôtres et à Thomas en particulier, afin qu’ils disent ce qu’ils ont vu. Ce qui n’empêchera pas Jésus de féliciter ceux qui ne pourront être les témoins privilégiés, comme les apôtres, de ce voir : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ;  bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » Jn 20, 28.
    AMEN !
    Ce que Pierre et Jean auraient pu voir lorsqu'ils sont entrés dans le tombeau.
  • HOMELIE JEUDI-SAINT –La Cène et le lavement des pieds - Jn 13,1-15 18 Avril 2019.


    HOMELIE JEUDI-SAINT – Jn 13,1-15
    18 Avril  2019.

    « Faites cela en mémoire de moi » 1 Co, 11,24
    Dans la lettre qu’il adresse aux premiers chrétiens de Corinthe, St Paul rappelle ce qu’il a reçu lui-même venant du Christ et  il reprend Ses propres Paroles : « Ceci est mon Corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi »
    « Faire cela », c’est manger ce pain qui est son Corps, c’est-à-dire Lui et non un autre ; c’est boire son Sang, c’est-à-dire, Lui Vivant et non un autre. Ainsi, « Nous proclamons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne » Elles fondent l’institution de l’Eucharistie.
    Et nous faisons cela « en mémoire de Lui ». Plus qu’un rappel du passé, cet acte liturgique actualise et rend réellement présent le passé de Jésus, tout particulièrement dans les derniers moments de sa Vie ; il donne également le sens de cet amour infini de Dieu qui veut partager nos souffrances et détresses humaines jusqu’à la fin des temps. En cela, il devient un "mémorial". Avec l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, l’actualité a évoqué ce qu’était un mémorial :
    Il rappelle les  800 ans d’Histoire de notre pays ;
    Il atteint aujourd’hui le cœur d’une multitude de croyants et d’incroyants qui adressent leur reconnaissance au courage et au professionnalisme des pompiers parisiens ;
    Il mobilise les efforts pour la reconstruire, car ce monument exprime une foi qui éclaire le passé, le présent et l’avenir.
    Le « mémorial » eucharistique est bien sûr d’un autre ordre. Il a été confié à l’Eglise du Christ et plus particulièrement aux ministres ordonnés que sont les prêtres pour le rendre actuel au service de nos communautés. A tous de les aider dans ce ministère. A chacun de donner sens à ce geste liturgique grâce aux paroles de l’Evangile de ce jour. Se souvenir, faire mémoire que Jésus a pris, Lui le Maître, la position de serviteur, d’esclave même, en lavant les pieds de ses disciples. A notre tour aujourd’hui de le faire, avec l’aide de l’Esprit d’Amour, l’Esprit Saint qui nous est donné, en gardant en mémoire ce geste qui est ni plus ni moins que d’aimer en vérité comme Lui nous a aimé.
    Mais Jésus n’est pas seulement un exemple, car il est trop difficile de Le suivre sur son chemin de serviteur. Pouvons-nous le faire sans Lui ? Le service de Dieu et des hommes ne peut être rendu que par celui ou celle qui s’est d’abord laissé laver les pieds par Jésus comme Jésus l’a demandé à Pierre. Qu’est-ce à dire ? D’une part, comprendre, accueillir et suivre Dieu qui s’est manifesté humble et miséricordieux en son Fils ; d’autre part, accepter que Jésus-Christ nous lave, nous purifie de notre vieil homme pour que nous devenions l’homme nouveau « qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité »Ep 4,24. Cet homme nouveau, comme son Maître et Seigneur, est pur de toute volonté de puissance, de désir de possession ou d’autosuffisance envers Dieu.

    Comment alors nous faire laver les pieds par Jésus ?
    Tout d’abord, en recevant son enseignement, sa Parole, toujours à reprendre et à mieux comprendre. Puis en vivant des signes, dons qu’Il nous a faits : principalement les sacrementsdans lesquels nous puisons les forces nécessaires aux diverses situations de nos existences.
    Je pense aussi qu’Il peut encore « nous laver les pieds » lorsque nous prenons conscience et croyons qu’Il nous précède déjà dans toutes les initiatives, services, activités, démarches, témoignages que nous rendons en son Nom. Dans notre générosité, nous voulons souvent faire les choses pour Dieu. Il nous dit : « Fais-les avec Dieu. Aies ta part avec Lui. Tu as reçu son Esprit à ton Baptême et ta Confirmation : alors n’entreprends rien sans Lui.
    C’est bien pour cela qu’en même temps qu’Il a lavé les pieds de ses disciples, Il leur a donné son Corps et son Sang afin qu’il soit en Lui, vivant, et Lui en eux, entièrement avec eux.
    C’est également pour cela qu’Il les a appelés et ordonnés, tels qu’ils étaient, afin qu’ils fassent cela en mémoire de Lui.
    C’est encore ce qu’Il fait aujourd’hui en appelant d’autres disciples à ce service, pour être prêtre avec Lui, jamais seul, jamais inquiet parce que toujours avec Lui.
    Laissons-nous tous laver les pieds par Jésus ; devenons chacun serviteur en revêtant le Christ.
    AMEN