Homélies du Père Guy Lecourt

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  • HOMELIE 29ème Dimanche Ordinaire Année C.Pas de mission sans prière soutenue Lc 18,1-8 20 Octobre 2019

    HOMELIE 29ème Dimanche Ordinaire Année C. Lc 18,1-8
    20 Octobre 2019


    Ce Dimanche 20 Octobre, nous sommes invités à ouvrir notre cœur et à prier dans le cadre de la Journée Mondiale Missionnaire. Partir en mission au bout du monde, dans d’autres cultures, à la rencontre d’autres traditions, d’autres manières de penser et même où sévissent des persécutions de toutes sortes, peut paraître fou, déraisonnable.
    Mais croyez-vous qu’être en mission, à la façon dont le décrit St Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche (Timothée 3,14-4,2) dans notre propre monde, tantôt indifférent ou tantôt proposant tant de choses diverses et opposées, souvent dénuées de sagesse ou de sens moral, n’est pas tout aussi fou ? Sans compter que pour beaucoup, les temps sont difficiles et les graves soucis , tant qu’ils ne sont pas résolus, éloignent de tout message: n’est-ce pas finalement décourageant !
    Nous pouvons alors nous interroger : que peut-on attendre de Dieu ? Que peut-il pour notre monde ? A quoi çà sert de prier ?
    Et bien, justement, cet évangile arrive à point : la recommandation de Jésus : “Priez toujours et sans vous décourager” est illustrée par la parabole de cette veuve pittoresque : humble et sûre de son bon droit, elle va jusqu’au bout de sa demande et fait plier le juge sans conscience, qui de peur d’avoir la tête cassée, va lui faire justice. Quelle énergie chez cette pauvre femme qui n’a plus rien à perdre !
    Et cette autre image de Moïse, non moins étonnante, les bras levés vers Dieu pour obtenir la victoire sur les ennemis de son peuple, soutenu par Aaron et Hour, pour “qu’il ne baisse pas les bras !” Que c’est beau et touchant !
    Mais ce qui est le plus réconfortant, face à l’immensité de la tâche missionnaire qui se présente à nous, c’est la confiance que Dieu nous fait et la promesse qu’Il agira promptement, même s’Il semble “patienter”.
    Et je peux vous garantir que les fruits sont là. Beaucoup de personnes à côté de nous, attendent en effet un message, une parole, une lumière, une aide aussi,  à la faveur d’un événement qui a bouleversé leur vie, soit en bonheur nouveau comme des fiançailles, une naissance, un travail trouvé… soit en épreuve douloureuse : deuil, maladie grave, rupture, conflits, isolement.
    Nous le constatons par les demandes de catéchumènes, adultes ou enfants en âge scolaire ; ou en préparant des obsèques avec les familles, mais aussi par les visites aux personnes en maison de retraite ; celles isolées ou malades: la mission est réelle, tout près de nous !  N’avez-vous pas, comme moi, envie de relever le défi de Jésus ? “Le Fils de l’Homme, quand Il viendra, trouvera-t-Il la foi sur terre ?”
    Oui, Jésus, tu pourras trouver notre foi en toi quand tu reviendras sur terre ! Et pour que notre foi soit sans cesse renouvelée, nous prierons tous les jours, sans perdre cœur, pour demander et recevoir la confiance et le courage nécessaire, car tout cela est don de Toi.
    Nous mettons en Toi notre confiance, aussi grande qu’une graine de moutarde, mais çà suffit et nous nous “mettons en mission” là où nous sommes, en particulier avec l’appel de notre pape François, alors qu’il n’était encore que cardinal et s’adressait à la Congrégation Générale des cardinaux : « Évangéliserprésuppose le zèle apostolique dans l’Église, le besoin de sortir d’elle-même pour aller vers la périphérie non seulement géographique, mais aussi la périphérie vitale : celle du mystère du péché, celle de la douleur, celle de l’injustice, celle de l’ignorance et de l’absence de foi, celle de la pensée, celle de la misère ». Comment ? « En nous mettant en chemin avec les personnes que nous rencontrons ou vers qui nous allons»
    Tous en union de prière, persévérante et qui obtient tout, avec et pour tous les missionnaires du monde, ici et au-loin ; mais retenons bien :
    Sans la prière confiante, comme Moïse,
    Sans l’assurance tenace au Dieu fidèle, comme la veuve,
    Pas de mission possible !

    AMEN !

  • HOMELIE 28ème Dimanche Ordinaire C – Les dix lépreux : Lc 17,11-19 - 13.10.2019


    HOMELIE 28ème Dimanche Ordinaire C – 13.10.2019
    Les dix lépreux : Lc 17,11-19

    Pourquoi donc Jésus semble étonné, voire déçu qu’un seul des dix lépreux revienne à Lui ? Ne leur a-t-Il pas Lui-même enjoint d’aller se monter aux prêtres du Temple de Jérusalem pour faire constater leur guérison selon ce qui était prescrit dans la loi de Moïse (Lv 14,2 et svs), afin de réintégrer la communauté dont leur lèpre les avait exclus ? Il devrait plutôt admirer leur foi,car les dix qui Lui avaient demandé « à distance » de les purifier Lui ont aussitôt obéi et ce n’est qu’en chemin qu’ils ont effectivement été guéris. Alors, que leur reproche-t-Il ?

    Il leur reproche justement ce que le Samaritain, cet étranger, lui, a su comprendre. Lorsqu’il s’est vu guéri, au lieu de continuer comme les neuf autres, membres à part entière du peuple de Dieu, de se rendre docilement vers le Temple pour se mettre en règle vis à vis de la Loi, lui, le Samaritain, l’étranger, ne faisant pas partie du peuple de Dieu « authentique », revient sur ses pas ; il veut retrouver Celui qui est à l’origine de sa guérison et de sa réintégration sociale, car il sent bien que c’est un double salut qui lui a été donné, et cela ne peut venir que de Dieu. C’est pourquoi, sans aucun complexe, il retourne vers Jésus en glorifiant Dieuà pleine voix (phonès mégalès Pas besoin de sono !) Et arrivé auprès de Jésus, que fait-il ?  Il se jette la face contre terre aux pieds de Jésus en Lui rendant grâce : cette attitude, ce geste de « latrie » est réservé à Dieu seul. C’est un tout nouvel acte de foi qu’il exprime et il anticipe ce que les disciples confesseront à leur tour, mais seulement après la mort et la Résurrection de leur Maître.

    Devant la foi de cet étranger, comme avec le centurion païen dans un autre passage de l’Évangile, Jésus s’étonne et admire, tout en regrettant qu’il ne trouve pas plus de foi en Israël, auprès de son peuple.

    En guérissant les 10 lépreux, Jésus manifeste la puissance de l’amour de Dieu son Père qui guérit. [En ce temps de compétition internationale de Rugby, on pourrait dire dans la discipline que ces guérisons marquent un bel « essai ». Mais avec le Samaritain, Jésus voit son « essai transformé » ! ] Car toute la mission de Jésus consiste à sauver les hommes, pas seulement à les guérir ; les guérisons qu’Il opère n’ont leur plein accomplissement que lorsqu’elles conduisent à reconnaître combien Dieu nous aime, c’est à dire à chanter ses louanges, à Lui rendre grâce. Dieu et l’homme sont alors en pleine communion dans un bonheur immense, fait de reconnaissance et de don d’amour encore plus fort. « Va, ta foi ta sauvé ! » Les autres aussi sont guéris, mais sont-ils sauvés ? La guérison du Samaritain est bien plus profonde car elle fait entrer dans une relation spirituelle d’amour avec Dieu qui durera toujours et c’est cela le salut.

    Jésus nous invite non seulement à entrer par la foi dans une relation plus forte avec Lui, mais à transformer en louange et adoration tous les bienfaits des petites ou grandes guérisons physiques, morales ou spirituelles que nous recevons de Dieu.

    Pour finir, avez-vous remarqué comment St Luc raconte cet évènement ?
    Ø  Le lépreux a imploré avec ses frères de malheur la pitié de Jésus (en grec eleïson).
    Ø  Puis, guéri, il chante la gloire de Dieu.
    Ø  Devant Jésus, il remercie (en grec eucharistein).
    Ø  Et enfin, Jésus le renvoie : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ».

    N’est-ce pas ce que nous vivons tout au long la Messe ?


    AMEN !
  • HOMELIE 27ème Dimanche Ordinaire Année C –Serviteurs inutiles ? - Lc 17,5-10 6 Octobre 2019


    HOMELIE 27èmeDimanche Ordinaire Année C –Lc 17,5-10
    6 Octobre 2019


     “ Dites-vous ‘Nous sommes des serviteurs quelconques nous n’avons fait que notre devoir”  Cette parole de Jésus ne court-elle pas le risque de nous décourager voire nous démobiliser ? Et puis cette parole ne contredit-elle pas d’autres paroles de Jésus, bien réconfortantes comme celle-ci : « C’est bien, bon et fidèle serviteur…entre dans la joie de ton maître ! » Mt 25,23 ou bien : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » Lc 10,2. Sans compter bien d’autres passages d’Évangileoù Jésus met en valeur le serviteur fidèle à son poste. Mot à mot, qu’est-il écrit ? : « Nous sommes des serviteurs non nécessaires : a-kreïosa”privatif ; “kreïos” : indispensable, nécessaire.

    Alors que Jésus veut-il donc nous faire comprendre ?
    Jésus s’adresse aux Apôtres, c’est à dire à des personnes qu’Il a appelé et qu’Il envoie : n’est-il pas vrai que lorsque nous entendons un appel à se mettre à son service, pour la paroisse par exemple ou pour un témoignage ou pour un service dans la cité, nous avons un peu peur, nous ne nous sentons pas capables. A la limite, tant mieux : ceux qui se croient capables risquent bien de répondre en ne comptant que sur eux-mêmes : c’est justement ce que Jésus ne veux pas. Si tu acceptes de te mettre à son service ou de témoigner de Lui, ou même de pardonner, de partager, de faire face à une épreuve, saches qu’Il te demande de le faireavec son Esprit-Saintqu’Il donne en abondance [Esprit de sagesse, d’intelligence, de force, de respect du Seigneur…7 dons reçus à la Confirmation…]. Alors, il te suffit d’avoir une foi grande comme un grain de moutarde, c’est à dire trois fois rien, [une tête d’épingle] mais juste pour dire : “Si tu comptes sur moi, moi, Je compte sur toi !” Et le reste, c’est le Seigneur qui le fera et tu en seras étonné.

    Quant au serviteur inutile, j’avoue qu’au début de mon ministère, j’avais du mal à bien le comprendre, même si cette parole de Jésus m’invitait à ne pas chercher des ‘mérites’ mais à travailler pour Lui gratuitement comme Il me donnait Lui-même gratuitement : c’est toujours sa manière de faire, alors je ne faisais que l’imiter.

    Mais j’ai compris bien mieux, car s’Il demandait de prier le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson, c’est bien qu’Il en avait besoin ; donc, il ne s’agissait pas d’être utile ou non, mais de ne pas avoir peur de me lancer parfois dans des tâches inconnues ou qui me paraissaient largement au-dessus de mes forces. Alors, par cette parole, qui rejoint la première sur la foi, je pouvais m’engager à fond, sachant que c’est Lui encore qui travaillait avec moi et je n’avais plus à m’inquiéter si la mission marchait ou non, mais plutôt, si je lui faisais suffisamment confiance ou non. Cette parole de Jésus encore une fois est libératrice et nous permet de Le suivre sereinement et même avec joie, ce qui rend d’ailleurs notre témoignage plus humble et  beaucoup plus acceptable.

    Ne nous préoccupons donc pas de votre niveau de foi : si nous en avons grand comme une tête d’épingle, cela suffit à Dieu pour faire des miracles ou au moins son travail, car « Dieu nous a donné un esprit de force, d’amour et de pondération » écrivait St Paul à Timothée (2ème Lecture). Remercions-le pour son extrême délicatesse et bonté envers nous et renouvelons tranquillement mais sûrement notre confiance en Lui.

    AMEN !
  • HOMELIE 26ème Dimanche Ordinaire C, Lazare et le riche - Lc 16, 19-31. 29 Septembre 2019


    HOMELIE  26èmeDimanche Ordinaire C, Lc 16, 19-31.
    29 Septembre 2019

    « Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent ! »

    Pourquoi cette parabole très dure de Jésus ?       
          D’abord, elle affirme très clairement qu’il y a un au-delà de la mort et que Dieu veille sur les pauvres que la vie n’a pas gâtés : si le riche n’a pas de nom, le pauvre reçoit un nom : Lazare qui signifie « Dieu a secouru ». Les anges emportent Lazare auprès d’Abraham, le père des croyants. Le riche a droit à un enterrement, mais son sort est terrible : il est dans un lieu de torture et Lazare goûte le bonheur et le bien être auprès des amis de Dieu. Jésus a certainement voulu attirer notre attention sur la façon dont nous vivons aujourd’hui. Si nous sommes aveugles ou indifférents, nous installons en nous une incapacité tragique à accueillir Celui qui est particulièrement attentif à ceux qui sont éprouvés, Dieu Lui-même, qui l’a si bien montré en Jésus son Fils
              Pourquoi ce renversement des situations ?  Ce riche, tout compte fait, n’était pas un mauvais bougre puisque, dans sa torture, il pense à ses frères ! Il est même religieux puisque de façon affectueuse, il s’adresse à “ son père Abraham”. Il pense même qu’un mort revenu à la vie les convaincrait de son message. La réponse d’Abraham est inattendue : « Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent ! » “Moïse et les prophètes”, c’est tout l’enseignement de la première Alliance, que nous désignons par l’Ancien Testament. Autrement dit, ses frères vivants ont tout ce que Dieu leur a recommandé, notamment l’attention et la solidarité avec « l’étranger, la veuve et l’orphelin », catégories des pauvres qui reviennent continuellement dans la Bible.
    Le riche insiste alors : « Non, père Abraham, si quelqu’un d’entre les morts vient les trouver, ils se convertiront ». Et la réponse d’Abraham tombe, presque désabusée : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus ».         
    N’est-ce pas ce qui s’est passé dans la réalité et qui nous est décrit dans un autre Évangile. Connaissez-vous donc un autre Lazare dans un Évangile ? Dans St Jean, au chapitre 11 ; oui et à quelle occasion ? Lorsqu’on vient annoncer que son ami était mort, Jésus se rend à Béthanie et le rend à la vie. Mais devant ce miracle, les grands prêtres et les pharisiens, loin d’être questionnés par celui qui en est l’auteur,  décident de le faire mourir. Ils persévèreront encore lorsqu’ils apprendront que ce même Jésus qu’ils ont fait périr est ressuscité d’entre les morts et ils persécuteront les premiers disciples de Jésus. « Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus !».      
    Il est bien question de la résurrection et dans ce récit de l’Évangile de Jean, Jésus a un dialogue tout à fait intéressant avec Marthe, la sœur de Lazare : « Ton frère ressuscitera » lui dit Jésus- « Oui je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection au dernier jour »répondit-elle Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
             Nous avons aujourd’hui non seulement “Moïse et les Prophètes”, mais l’Évangile, qui, en mettant en pratique les prescriptions du Seigneur, nous met sur le chemin de la résurrection. Comme Marthe, à l’invitation de Jésus, passons de notre « savoir » qu’il y a une résurrection à un croire en la résurrection. « Crois-tu cela ?"

            
    Parabole dure, mais parabole de réveil pour stimuler notre foi en la résurrection en écoutant la Parole du ressuscitéqui nous conduit à la vie et nous ouvre un avenir si nous la mettons en pratique.
    Ne venons-nous pas justement à la messe pour l’écouter, pour le rencontrer et marcher avec Lui ?

    AMEN !
  • HOMELIE 25ème Dimanche Ordinaire C - "L’argent trompeur " - Lc 16,1-13, 22 Septembre 2019


    HOMELIE  25ème Dimanche Ordinaire C - Lc 16,1-13,
    22 Septembre 2019

     L’argent trompeur 

    La plupart des paraboles de Jésus mettent à l’épreuve notre sagesse toute humaine. Pourquoi donc nous présente-t-il en exemple la réaction très étonnante d’un maître trompé et volé par son gérant qui a falsifié les factures des clients de son maître ?
    Cet homme riche ne loue pas la malhonnêteté, la rouerie de son gérant, compétent en affaire. Il fait plutôt l’éloge de son habileté. Face à son renvoi, qui le laisserait dans le dénuement, le gérant se montre “avisé”.  N’est-ce pas ce que recommande Jésus à ses disciples lorsqu’il les envoie en Mission ?   « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups; soyez donc “avisés ” "Fronimoscomme les serpents et candides comme les colombes ». (Matthieu 10, 16). En quoi ce « fils de ce monde » serait-il plus avisé que les « fils de lumière » ? Il a pris les richesses non comme une fin en elles-mêmes, mais comme un moyenpour se faire des amis lorsqu’elles viendront à lui manquer. Là encore, n’est-ce pas ce que recommande Jésus pour clore cette parabole : « Eh bien! Moi, je vous dis: faites-vous des amis avec l'Argent trompeur pour qu'une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » (Luc 16, 9).
    Cependant, Jésus ne parle plus de richesse mais de “l’argent trompeur” et il utilise un terme qui est plein de signification. Le mot argent vient du grec “arguros”  désignant également le métal argent. Mais ici, Jésus emploie le mot araméen “Mamôn”. C’est, pour les païens, le dieu de la richesse. La racine de ce mot est “aman”,qui exprime “ce qui supporte, sur lequel on peut s’appuyer” ; “ce qui est sûr, qui a fait ses preuves, à qui l’on peut se fier, qui résiste au temps et dure”. Cette racine primaire a donné d’autres mots hébreux : “amen” d’où vient aussi “émouna”, la fidélité et même “émeth”, la vérité, la  sûreté. Jésus associe à Mamôn le qualificatif de trompeur, de malhonnête, injuste, l’opposé même de ce que suggère le mot rassurant de Mamôn. Il ne donne en effet qu’une pseudo-assurance. Pris comme un dieu, un absolu, il est  comme un leurre puisqu’il peut venir à manquer. Il se montre alors trompeur, faux, et conduit à la désillusion, voire au désespoir si l’on s’y est trop attaché.
    Ces propos rejoignent bien d’autres passages de l’Évangile où Jésus met en garde contre les richesses trompeuses et ce tyran qui rend esclave. « Et quel avantage l'homme a-t-il à gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même ? » (Luc 9,25) et aussi : « Mais Dieu lui dit: Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l'aura?  Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s'enrichir en vue de Dieu. »(Luc 12,20-21).
             Ne croyons pas être si insensibles ou invulnérables face à l’attrait de l’argent. Il fascine comme un faux dieu par toute sorte de chemins : compte en banque, boursicotage, actions, obligations et surtout, jeux d’argent aux gains mirifiques qui ruinent les petits revenus. Et puis, il donne ce sentiment de puissance qui peut tout en achetant tout, parfois même les personnes ! Jésus non seulement nous invite à prendre du recul par rapport aux richesses et à l’argent, mais il est plus radical : il nous dit bien qu’on ne peut servir deux maîtres, si opposés l’un à l’autre : l’AMEN, Dieu qui est éternellement fidèle, juste et bon, présent, et MAMON, le trompeur.
             Que l’argent, certes nécessaire,  reste véritablement pour nous un moyen; que nous en soyons les “gérants” responsables qui alimentent, à la manière d’un “gérant avisé”, notre trésor qui se trouve “dans les tentes éternelles”. Nous irons certes à contre-courant de l’opinion commune. Jésus lui aussi a affronté la dérision et, particulièrement, de ceux dont on s’y attendait le moins. Dans le verset qui suit l’évangile de ce jour, il est dit que les pharisiens, ces hommes religieux, (étymologiquement, “séparés” du peuple parce que observant scrupuleusement les préceptes de la Loi) étaient “amis de l’argent”  et ils se moquaient de Jésus. « Jésus leur dit: " Vous, vous montrez votre justice aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs : ce qui pour les hommes est supérieur est une horreur aux yeux de Dieu. (Luc 16,15).


    AMEN !
  • HOMELIE 24ème Dimanche Ordinaire C, "Le Père Prodigue" - Lc 15,1-32 15 Septembre 2019.


    HOMELIE  24ème Dimanche Ordinaire C, Lc 15,1-32
    15 Septembre 2019.

    « Toi mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » Lc 15,31

    Cette parole, pleine de tendresse et de générosité du Père, convaincra-t-elle le fils aîné ? Finalement, qu’a-t-il décidé ? Va-t-il rentrer à la maison, se joindre à la fête et se réjouir de retrouver son frère « qui était mort et qui est revenu à la vie » ?Ou bien rester dehors, seul avec son amertume ? Le récit ne le dit pas et Jésus laisse ceux qui l’ont critiqué décider de ce qu’ils vont faire vis-à-vis de Lui. Il est tellement dérangeant par sa miséricorde et son souci de ceux qui sont perdus ! Mais ne révèle-t-Il pas l’amour inconditionnel du Père, cet amour qu’on a tant de mal à comprendre et à imiter tant il ne se vit pas comme un “donnant-donnant”, mais qu’il se donne sans retenue. Ne faudrait-il pas, d’ailleurs, donner au père de ces enfants le surnom de « Père Prodigue » à l’image de Dieu, Père, au lieu de le donner à son fils qui n’est prodigue que parce qu’il disperse les dons reçus de son père ?
    C’est justement ce que ne comprend pas le fils aîné. Ne le méprisons pas trop vite : c’est quelqu’un de bien, qui peut dire à son père : « Il y a tant d’année que je suis à ton service, sans avoir jamais désobéi à tes ordres ». Qui peut en dire autant ? Pendant que commence la fête, il est encore au travail ; il est le fidèle, qui ne s’est jamais éloigné de son père. Mais voilà : il peine à découvrir qui est vraiment ce père qui ne s’était jamais vraiment remis du départ de son frère plus jeune. Il pense que l’amour de son père lui est dû : « donnant-donnant » ! Plus encore, replié sur lui-même, il n’a jamais osé lui demander un chevreau pour festoyer avec ses amis. Il ne comprend ni son père, ni même son frère, qui, lui, s’est souvenu de la générosité de son père vis-à-vis de ses ouvriers et a osé, sans doute de façon calculée, revenir vers lui. Finalement, n’est-ce pas le fils aîné et non le fils prodigue qui est en plus grand danger de se perdre ? Il en va ainsi, je crois, de nous-mêmes lorsque trop satisfaits de nous et de nos efforts pour rester fidèles, nous risquons d’oublier la folie de l’amour de Dieu. Il nous presse d’aller vers ceux qui sont perdus, loin de nos communautés familiales, paroissiales, scolaires, sociales ou politiques, parce que bien différents, étrangers à nos manières de faire ou de penser, parfois prisonniers d’eux-mêmes ou des “veaux d’or” qu’ils adorent. (cf. 1ère Lecture de ce dimanche : Ex 32, 7-14).
    Notre pape François, (que certains voudraient traiter d’hérétique, car son attitude évangélique envers ceux qui sont loin les dérangent), ne nous invitent-il  pas continuellement à aller vers ceux que nous ne voyons pas dans nos assemblées et qui sont pourtant baptisés ? N’ont-ils pas quelque chose à dire de leur absence ou de leurs manques à l’égard de l’Église, de notre communauté paroissiale ? Ne sont-ils pas en recherche eux-mêmes ? Laissons-nous interroger par ces personnes dont les situations pourraient changer notre regard. N’est-ce pas également la fonction « diaconale », de service de chaque baptisé et que les diacres, par leur présence et leurs ministères mettent en lumière ?
    Et puis, Seigneur, fais-nous ressentir, la souffrance de toute séparation, division, rejet au sein de ta maison et dans le monde. La joie dont parle l’évangile pourrait-elle naître sans la totalité rassemblée, l’unité retrouvée ? C’est bien là ton souci Seigneur !
    Alors, « tu laisses les quatre-vingt-dix-neuf autres brebis dans le désert pour aller chercher celle qui était perdue, jusqu’à ce que tu la trouves » ! Ça peut durer très longtemps, comme l’attente du père à l’encontre de son fils cadet. Mais au terme, il y a la joie et la fête.
    Que le Seigneur que nous célébrons et accueillons en ce Dimanche nous aide tous à être patients comme Il est patient, St Paul nous le rappelle dans la 2ème lecture de ce dimanche ; à le comprendre et le suivre en demandant à l’Esprit Saint  le petit grain de folie de l’Évangile loin de toute sagesse humaine, mesurée et modérée, « car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes » dit St Paul dans sa lettre aux Corinthiens. (1 Co 1,25). Qui sait s’il ne nous permettra pas de retrouver beaucoup de brebis perdues pour sa plus grande joie et la nôtre !
    AMEN !
  • HOMELIE 23ème Dimanche Ordinaire Année C, « Ne rien préférer à l’amour du Christ» Règle de St Benoît.Lc 14,29-33 8 Septembre 2019.


    HOMELIE  23èmeDimanche Ordinaire Année C, Lc 14,29-33
    8 Septembre 2019.

     « Ne rien préférer à l’amour du Christ»
    Règle de St Benoît.

    Temps de reprise, temps d’appels à des tâches humaines ou pastorales, certaines plus particulières comme l’accompagnement des enfants et des jeunes au catéchisme, à l’aumônerie scolaire ou dans les unités scoutes ;  des adultes en catéchuménat; des malades à visiter ou encore, l’appel à la mission en équipe. Il en va de l’avenir de nos proches, de notre paroisse, de notre Église ou du Royaume.
    Mais Dieu m’appelle-t-il ? Comment et pour quelle tâche ? Quelle mission ? N’entendions-nous pas au début de la première lecture du Livre de la Sagesse de ce jour : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?  (Sg 9,13) » Alors, est-ce bien possible ?

    Et puis l’appel de Jésus est tellement radical ! Encore une fois, il peut effrayer ! Mais quel est son propos ? Celui qui a rappelé aux pharisiens, qui détournaient leurs biens de l’assistance à leurs parents (Mt 15,3-6) en leur rappelant « d’honorer leur père et leur mère », ne nous demande certainement pas de nous séparer de nos familles. Ce qu’Il demande à tous ceux qui veulent le suivre, c’est de Le préférer à leur père, leur mère, leurs frères, leurs sœurs, leurs enfants pour les aimer autrement, à sa manière. Ne demande-t-Il pas encore de Le préférer à leur propre vie ? Le mot "vie" qui est utilisé dans le texte n’est ni "bios" , ni zoë, , mais" psukè"  , qui est parfois traduite par âme, au sens de l’intelligence, de l’esprit, de la manière dont on regarde les personnes, les évènements qui font notre vie, bref, notre propre psychologie. Or cette psukè est nourrie par notre "ego",  « appesantie par un corps périssable, et notre enveloppe charnelle alourdit notre esprit aux milles pensées » (Sg 9,15) entendions-nous encore dans la 1èrelecture de ce jour. En effet, il nous est souvent difficile d’aimer gratuitement, désencombrés du désir de possession ou d’égoïsmes qui gouvernent hélas bien trop souvent nos relations. La foi en Jésus me fait entrer dans des relations aux personnes et aux choses qui sont nouvelles : toute personne m’est une sœur, un frère ; tout bien ne m’est donné qu’en gérance. Jésus demande que je place ces relations nouvelles au-dessus des relations naturelles qui pourraient les empêcher de donner leur mesure.

    Il préconise alors le devoir de s’asseoir pour que je prenne part à mon propre destin ; pour discerner quel est mon intérêt supérieur, bien compris et conforme à son appel à le suivre et si j’ai les moyens, le cœur et la volonté de marcher avec Lui. Ce qui demande de prendre de la distance par rapport à tous mes biens et d’accepter des renoncements inévitables en vue de m’enrichir d’autres valeurs, celles du Royaume principalement faites de toute forme de relation fraternelle.

    Cela ne suffit pas encore, car cela pourrait me conduire à ne compter que sur moi-même, alors que Jésus conçoit son appel comme un chemin parcouru avec Lui, jamais sans Lui : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire » Jn 15,5.
    Cela n’empêche pas que ce discernement, je puisse évidemment le faire avec un frère, une sœur en Christ, pourquoi pas avec mon conjoint, avisés eux aussi, qui m’aideront à clarifier et purifier ma décision et peut-être aussi, à la prendre.

    Comment savoir si Dieu m’appelle ? Comment connaître sa volonté ?  Dieu se manifeste, entre autres, à travers les multiples appels qui seront inévitablement lancés en cette reprise d’année scolaire et de travail mais bien souvent par de belles rencontres et échanges profonds.

    Écoutons encore l’auteur du livre de la Sagesse : « Et qui aurait connu ta volonté si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? » (Sg 9,17)
    Alors demandons-Lui sa Sagesse, plus encore, son Esprit Saint  et fortifions nous du Pain de la route, Jésus, qui se donne aujourd’hui dans cette Eucharistie.
    Bonne et sainte reprise à tous !
    AMEN !
  • HOMELIE 22ème Dimanche Ordinaire année C – Lc 14, 1a.7-14. 1er Sept. 2019


    HOMELIE  22èmeDimanche Ordinaire année C – Lc 14, 1a.7-14.
     1er Sept. 2019 

    « Mon fils, accomplis toute chose avec humilité»
    Ben Sirac le Sage 3,17

    L’Évangile de ce dimanche illustre parfaitement cette maxime du sage de la Bible. Jésus, en observateur perspicace et presque amusé, remarque les invités à un repas qui choisissent les premières places. Il nous donne alors une petite parabole pleine de bon sens à la limite de la roublardise puisqu’il invite, non sans humour à choisir la dernière place pour être invité à la première !
    Ce petit calcul ne porte sans doute pas toujours ses fruits mais le sens est clair : ne cherche pas à t’élever ; sois toi-même. La véritable humilité (du latin humus,  la terre… qui a donné le mot homo,  l’homme) cherche à faire la lumière sur ce que l’on est sans vouloir être ni inférieur, ni supérieur aux autres. Pour Sainte Thérèse de Lisieux, l’humilité, c’est la vérité.
    L’humilité est une disposition intérieure nécessaire lorsque l’on veut se mettre au service des autres, proches ou lointains, et en particulier de ceux qui sont dans le besoin : malades, personnes âgées, enfants ou handicapés. Être invité à « monter plus haut », comme le signale Jésus, ne serait-ce pas entrer davantage en communion avec eux ?
                       Acquérir cette humilité, c’est regarder, contempler et appeler Celui qui s’est fait humble dans la vérité de sa mission, Jésus, Fils de Dieu. Par sa solidarité avec les plus méprisés, il a révélé jusqu’à quelle profondeur allait l’amour de Dieu pour l’humanité. Relisons l’hymne de la lettre aux Philippiens : Ph 2, 3-11. 
                      « N'accordez rien à l'esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l'humilité estime les autres supérieurs à soi;  ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres. Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix!  Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».

    Mais, dans cet évangile, Jésus se mettrai-il seulement à enseigner les bonnes manières ? Avez-vous remarqué que s’il est invité à un repas chez un pharisien, dans la parabole qu’il raconte, il parle de noces. Or dans la Bible et en particulier dans les Évangiles, le festin de noces désigne le Royaume de Dieu. Dans ce royaume, il n’appartient à personne de s’attribuer les meilleures places : c’est Dieu qui les donne. Plus encore, ce sont les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles qui sont les invités prioritaires comme la deuxième partie de l’évangile d’aujourd’hui nous l’indique à travers les conseils que Jésus donne à son hôte.

    En ce temps de reprise d’activités, adoptons dès maintenant les mœurs nouvelles du Royaume par notre humilité envers tous pour manifester l’amour que Dieu porte à tous ses enfants.

    AMEN !
  • HOMELIE 21ème Dimanche Ordinaire, Lc 13,22-30 "Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? " - 25 Août 2019


    HOMELIE  21èmeDimanche Ordinaire, 2 Août 2019 –
    Lc 13,22-30

    « Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? »

    Question qui était bien d’actualité à l’époque puisque certains rabbins affirmaient que tous les Israélites auront part au monde futur (Mishna, Sanhédrin X, 1) ; mais d’autres rabbins soutenaient que ceux qui périssent sont plus nombreux que ceux qui seront sauvés (Quatrième Esdras IX, 15).

    Comme d’habitude, Jésus ne répond pas à la question ou plutôt, il entraîne plus loin. Quelle est en effet la vraie question ? N’est-ce pas : « Est-ce que moi je serai sauvé ? Et comment ? Qui peut me le dire ? »
    Personne : mais voici les conditions. « Efforce-toi d’entrer par la porte étroite ». Quelle est cette porte étroite et où se trouve-t-elle ? Elle est dans ma vie de tous les jours. Mais, tout d’abord, une remarque de bon sens : plus je suis chargé, encombré, plus une porte me paraît étroite ! Il me faut m’alléger, me détacher de certaines choses non nécessaires, futiles et sans doute de “l’encombrante personne qui est moi-même” disait avec humour St Thomas Moore: traduisez, de mon ego prédominant.
    Mais Jésus dit mot à mot: « Luttez pour entrer par la porte étroite». Il parle de l’effort qu’il faut faire pour entrer dans le Royaume de Dieu. Ces efforts se présentent à nous le plus naturellement du monde. Ainsi, le moindre geste d’attention aux autres, la moindre parole bienveillante, chaque tentative que je fais pour me dominer, pour ne pas céder à mon propre plaisir ou à ma mauvaise humeur, mais au contraire pour aller vers quelqu’un qui a besoin de moi, est toujours une façon de passer par la porte étroite. Chaque fois que je ne rends pas le coup injuste que l’on m’a infligé, chaque fois que je dis « oui » à une croix que j’ai à porter, je fais un bout de chemin par la porte étroite qui mène au Royaume. Par cette image de la porte étroite, Jésus nous redit le sérieux et même les difficultés de la condition humaine et en même temps, la nécessité absolue de se convertir sans cesse aux valeurs de l’Évangile. Mais qu’écrit St Jean désignant Jésus ? « En vérité, en vérité je vous le dis, je suis la porte des brebis…Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10,7.9). Voilà, d’une certaine façon, la réponse qu’il donne à la question posée au début de notre Évangile. Si la porte c’est bien Lui, alors il suffit, non sans luttes, de le suivre mais ne nous accompagne-t-Il pas, comme une autre comparaison qu’Il fait de Lui-même dans ce même passage d’Évangile de St Jean, où Il se présente comme le Beau Berger ? (Jn 10)

    Jésus continue avec l’image de la porte qui cette fois-ci est fermée. Il y a un véritable risque de rester dehors, à l’extérieur du Royaume, parce que nous aurions  été mot à mot, "ouvriers d’injustice"  et que notre vie serait incompatible avec celle du Royaume de l’Amour.       
    Jésus adresse à ceux qui le connaissent, à nous, un appel urgent et insistant pour s’engager dans une vraie attitude de conversion. D’autres, « venant du levant et du couchant, du nord et du sud, (qui ne l’ont pas connu ni fréquenté), se verront ouvrir la porte et se mettront à table », car leur vie sera faite de tous ces passages de portes étroites que nous avons évoqués et qui les ont fait connaître du « maître de maison », parce qu’ils ont vécu selon son Esprit.
    Ne nous étonnons pas de voir le Christ annoncer pour le Royaume un renversement de situations humaines : « Oui, il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers » comme dans le Magnificat. Encore une fois, toute familiarité superficielle avec le Christ, toute piété sans conversion ferait trouver la porte fermée. Nous sommes invités avec insistance par le “maître de maison”, Jésus Lui-même, à entrer par la porte étroite pour nous introduire dans la compagnie “d’Abraham, Isaac et Jacob et de tous les prophètes” et bien sûr, en sa compagnie plus qu’amicale, divine ! N’hésitons pas ; avançons  sans peur avec Lui en passant par ces portes étroites qui se présentent à nous : n’est-Il pas toujours avec nous ?
    AMEN !
  • HOMELIE 20ème Dimanche Ordinaire, Année C -"Je suis venu apporter un feu sur la terre..." Lc 12,49-53 18 Août 2019


    HOMELIE  20èmeDimanche Ordinaire, Année C - Lc 12,49-53 - 18 Août 2019

    « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division».

    Voici des paroles qui peuvent nous laisser perplexes, tant elles vont à l’encontre de l’image que nous avons de Jésus, "Prince de la Paix", pardonnant jusqu’à ses ennemis. Il dit encore : « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il fut déjà allumé ! »  Jésus pyromane ? Mais de quel feu veut-il enflammer la terre ? De quel feu s’agit-il ? En ces périodes d’incendies ravageurs, il est bon de le préciser !

    C’est un feu qui purifie : il aide à choisir  de suivre Jésus qui exclut toute haine, toute jalousie, tout mensonge, tout rejet (surtout des "petits", des malades, des socialement faibles) ; il rejette tout racisme de quelque nature qu’il soit et dénonce toute injustice, tout écrasement du pauvre. Il recherche la Paix, non sans la vérité ; l’unité, non sans le pardon ; le respect, qui n’est pas condescendance envers l’enfant de Dieu que chacun est.
    Il est évident que de telles dispositions dérangent et suscitent des oppositions violentes dans la société bien sûr, où il est parfois très difficile d’appliquer cela et de dire sa foi, ou même, par exemple, d’exprimer, sans susciter la dérision, son refus de tout acte portant atteinte à la vie en son début ou en sa fin.
    Parfois même, et cela est étonnant,  elles provoquent dans les familles et particulièrement chez les parents, une résistance dissuasive, voire une hostilité envers celle ou celui qui a émis le désir de répondre à un appel du Christ et de se consacrer à Lui au service de ses frères. Feu qui purifie, oblige à choisir : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » Luc 14, 26-27.
    Jésus ajoute qu’Il doit recevoir un baptême et que cela l’angoisse avant qu’il ne soit accompli : de quel baptême s’agit-il ? Celui dans lequel Il sera plongé dans Sa mort pour ressusciter à la Vie baptême où il y a mort à soi-même pour s’ouvrir, naître aux autres et au Tout-Autre.

    Alors, ce Jésus, impossible à suivre ? Trop dur !
    Encore une fois, si nous voulons le suivre par nous-mêmes comme un défi que nous nous donnerions, ou comme une conduite au terme de laquelle nous serions récompensés au vu de nos efforts et nos mérites, c’est peine perdue : tôt ou tard, notre nature humaine nous rattrapera. De plus, Jésus n’a-t-Il pas dénoncé cette manière de faire qui rappelle l’attitude suffisante d’un certain pharisien face à un publicain ? Lc 18,9-14.

    Vous avez bien entendu : « Je suis venu apporter un feu… » C’est donc à Jésus qu’il faut demander de nous donner ce feu en nous. Et Il n’attend que cela. Or ce feu, Il l’a initialisé à notre Baptême : « Vous, c’est dans l’Esprit que vous serez baptisés sous peu de jours » (Ac 1,8) promet-Il à ses disciples au moment de les quitter à l’Ascension. Cet Esprit, n’est-il pas le feu de Pentecôte ?
    Ce feu de l’Esprit ouvre à une vie nouvelle, à une autre fraternité formée de « ceux qui écoutent la parole et la mettent en pratique » et autour d’un même Père. Mon père, ma mère, mon épouse… me deviennent frères et sœurs autrement, selon l’Esprit d’amour de Dieu.

    Donne-nous, Seigneur, ton Esprit de force et de courage pour résister, accueillir les personnes et les évènements, et assumer nos responsabilités humaines et spirituelles d’enfants bien-aimés du Père
    AMEN !