Homélies du Père Guy Lecourt

Père Guy LecourtLe Père Guy Lecourt maintient un blog, sur lequel il publie ses homélies.

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  • HOMELIE 5ème Dimanche Carême. A. Résurrection de Lazare : Jn 11,1-45 - 29 mars 2020


                 HOMELIE  5ème Dimanche Carême. A. Résurrection de Lazare : Jn 11,1-45
    29 mars 2020

    «Moi, je suis la résurrection et la vie…Crois-tu cela ?» Jn 11,25

    La mort de Lazare provoque, comme tout décès de personne connue et aimée, particulièrement en cette période de confinement, un questionnement et des réactions bien différentes.
    Dans le récit de cet Évangile, celle des Apôtres, tout d’abord, apprenant de la bouche même de Jésus que Lazare s’est endormi (en grec : kèkoïmètaï, qui a donné en français “cimetière”) ; il dort mais du sommeil de la mort. Thomas, à la tête des Apôtres, malgré le risque, résigné, suit Jésus qui marche au devant de la mort, la sienne, mais plus encore, celle de Lazare.
    Marthe semble être la plus forte. Allant à la rencontre de Jésus, elle proclame la foi professée par l’élite du peuple juif, la foi en la résurrection à la fin des temps : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection ». Jésus va l’aider à passer de ce “savoir”, qui la laisse dans une attente lointaine de la vie future, à un “croire” : « Moi, je suis la Résurrection et la Vie…Crois-tu cela ? » « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois… ».
    Marie, dominée par la souffrance, reste assise. Écrasée de douleur, elle est par terre, aux pieds de Jésus. Celui-ci fait la chose la plus sensée qu’on puisse faire en pareille circonstance : il se tait et pleure avec Marie. Il ne l’accable pas d’un discours qu’elle ne peut entendre, comme Il avait pu le faire avec Marthe. Marie, pour le moment, a uniquement besoin d’une présence affectueuse. Jésus, alors qu’avec Marthe, Il avait manifesté sa divinité en affirmant : « JE SUIS (“ego eïmi”, qui est le Nom divin) la Résurrection et la Vie »,  montre auprès de Marie sa nature profondément humaine, remplie de compassion jusqu’à pleurer avec elle.

    Si cet Évangile peut nourrir notre espérance, la mort peut encore rester pour nous une énigme sans réponse satisfaisante. La déchirure du départ, l’absence de celui ou celle qui n’est plus là à nos côtés, le vide que produit le deuil sont autant d’obstacles à notre foi au Ressuscité. Marthe elle-même, malgré sa foi naissante, butte encore sur le mystère de la mort et lorsque Jésus commande que l’on ouvre la tombe, elle reste dans ses vues toutes humaines. Jésus, en un patient reproche, l’encourage et lui dit: « Ne te l’ais-je pas dis ? Si tu crois… » Nous sommes donc une nouvelle fois invités à mettre notre confiance totale dans le Christ, “Celui qui est venu dans le monde”,Dieu et homme, nous ayant précédé dans la mort et nous y accompagnant encore aujourd’hui.
    Plus encore, Saint Paul nous y entraîne magnifiquement dans sa lettre aux Romains que nous avons en deuxième lecture : «  Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en nous » Rm 8,11.
    Lazare, revenu à la vie par la puissance divine exercée par le Christ (Jésus ne ressuscite quelqu’un que trois fois seulement dans tous les évangiles), mourra une deuxième fois. Lorsque Jésus demande qu’on “le délie, qu’on le laisse aller”, Il montre, comme pour le paralytique, qu’il y a une mort plus profonde : celle de l’enfermement sur soi qui ne laisse plus entrer ni la vie de Dieu ni celles des autres et tue toute compassion, toute miséricorde. Le Carême nous invite à continuer par l’écoute, le partage, le don de l’aumône à maintenir ouvertes nos mains pour les détresses que nous rencontrons ou qui nous sollicitent, et il y en a de nombreuses en ce moment.

    Que l’Esprit du Seigneur nous éclaire, non seulement sur le mystère de la mort, mais sur celui de notre mort spirituelle et nous prépare à accueillir la Résurrection lors de la fête de Pâque qui approche.


    AMEN !
  • HOMELIE 4ème Dimanche Carême. A. « L’aveugle-né » Jn 9, 1-41 - 22 Mars 2020


               HOMELIE  4ème Dimanche Carême. A. « L’aveugle-né » Jn 9, 1-41
    22 Mars 2020

    «…Vous êtes devenus lumière » Ep 5,8.

    Dans ce récit magnifique, Jean présente toute une palette de réactions de personnes devant un signe extraordinaire que Jésus a opéré quelque temps avant sa mort et sa résurrection, la guérison d’un aveugle de naissance.
    Nous avons le personnage central, cet aveugle rencontré par Jésus sur son passage. Lorsqu’on lui demande qui est celui qui l’a guéri, l’aveugle parle d’abord de “l’homme qu’on appelle Jésus” ; puis, il le désigne comme un “prophète”en le qualifiant comme “l’homme qui vient de Dieu”. Enfin, il le reconnaît comme “le Seigneur”. Au début du récit, d’une ignorance totale de Jésus, il va jusqu’à professer sa foi en Lui ; d’une situation d’aveugle de naissance qui vient de guérir, il dit : « Maintenant, je vois »v.25 [voir avec ses yeux de chair blepô, en grec,  mais plus loin, lorsque Jésus lui demande s’il croit au Fils de l’Homme, il s’entend dire de sa part : « Tu l’as vu »v.36 [voir dans le sens de comprendre : eôrakas,en grec(de orao->ophtalmo),  Il comprend alors que celui qui est devant lui est Dieu, et il se prosterne devant Lui.
    Il y a ensuite les pharisiens que ce signe miraculeux de la guérison d’un aveugle-né contrarie parce qu’il a été accompli le jour du Sabbat. Dans leur conception étriquée de la Torah, ils ne “voient” pas ; ils oublient que Dieu a donné la Torah à Moïse pour libérer les hommes de toute forme de servitude. Malgré les dires de l’aveugle-né, malgré leur enquête auprès des témoins et des parents de l’aveugle, ils refusent l’évidence et s’enfoncent de plus en plus dans leur aveuglement : leur péché demeure !
    Je ne dis rien de l’entourage de l’aveugle qui s’interroge, mais ne se mouille pas devant le risque d’être exclu de la Synagogue.
    Enfin, il y a les Apôtres. Jésus va également leur ouvrir les yeux. Le récit commence par leur question, reflétant la croyance (qui se manifeste encore de nos jours) selon laquelle les maladies, les accidents, les malheurs seraient les fruits du péché. « Qui a péché : lui ou ses parents ? » demandent les Apôtres. « Ni lui, ni ses parents ! » Répond Jésus de façon claire et nette. A cette fausse conception qui laisse penser que Dieu punit les mauvais et récompense les bons, et donc que s’il y a punition, il y a eu nécessairement faute, Jésus va modifier leur image de Dieu. A la place d’un Dieu vengeur et punisseur, il présente un Dieu qui sauve les hommes : « L’action de Dieu devait se manifester en lui » v.3. Jésus réalise ce projet, par un geste symbolique, faisant de la boue avec sa salive (cela ne vous évoque-t-il pas Dieu façonnant Adam à partir de la terre “adamah” (en hébreu). Il va comme recréer sa créature blessée, mais plus encore la faire accéder à la foi en son créateur-sauveur.
    « Il nous faut réaliser l’action de Celui qui m’a envoyé » v.4. Remarquez que Jésus dit “nous”s’adressant à ses Apôtres et les associe à sa tâche. Voilà bien la mission que Jésus nous confie aujourd’hui encore : éclairer de notre foi tous ceux que Jésus met sur notre “passage”. Préparations aux sacrements, aux obsèques, catéchèse à tous âges, parcours DECOUVERTE, équipes bibliques et autres équipes diverses et tant d’initiatives personnelles ne sont-elles pas autant de réponse à cette vocation que nous avons reçu au Baptême, que les premiers chrétiens appelaient également “illumination” ?
             Dieu a éclairé le prophète Samuel dans sa patiente recherche d’un nouveau roi succédant à Saül : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur »(1 S 16, 7).
    Aujourd’hui la lumière, nous la recevons du Christ-Jésus, comme le rappelait St Paul dans la 2ème lecture (Ep 5,8-14).
    Combien il nous est nécessaire, “renonçant aux activités des ténèbres”, (Ep 5,11) de nous tourner vers Jésus : de contempler et de s’imprégner de son comportement, de ses Paroles ; puis dans un appel inlassable à l’Esprit-Saint, nous laisser guider, jour après jour, dans nos projets, nos comportements, nos paroles, afin d’être lumière à notre tour, particulièrement en cette période de crise et d’attente.
    AMEN !
  • HOMELIE 3ème Dimanche Carême. A. Massa et la Samaritaine Ex 17,3-7 ; Jn 4, (5-42) 15 Mars 2020


    HOMELIE  3ème Dimanche Carême. A.
    Massa et la Samaritaine Ex 17,3-7 ; Jn 4, (5-42)
    15 Mars 2020

    « Dieu est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

    Récit magnifique de Jésus rencontrant cette femme de Samarie, illustration du Sauveur qui vient au-devant de son humanité pour lui donner l’eau qui donne la vie.
    Ce dessein de Dieu s’était déjà manifesté il y a bien longtemps vis-à-vis de son peuple esclave. Il le libère d’Égypte, grâce à son serviteur Moïse, et Il le conduit au désert. Arrivé en un lieu appelé “Réphidim” (qui signifie “lieu de repos”)  survient l’épreuve redoutable de la soif. Et ce même peuple, que Dieu a sauvé des armées de pharaon, qu’Il a fait traverser la Mer à pieds secs, qu’Il a nourri des cailles et de la manne, ce peuple vient à douter et récrimine contre Moïse et contre Dieu. Cependant, Dieu exauce la prière de Moïse et fait jaillir une source du rocher que celui-ci a frappé de son bâton miracle.
    On donna à ce lieu le nom de “Massa”, que la liturgie traduit par “défi”, mais qui signifie également “épreuve”, “tentation”, [“peirasmon” en grec, dans la traduction des LXX, c’est le même mot que dans le Notre Père] « parce que les fils d’Israël… avaient mis au défi le Seigneur en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, oui ou non ? » v.7
    Quel est celui d’entre nous qui n’a jamais été tenté de s’en prendre à Dieu lorsqu’une grosse épreuve, une souffrance, un gros ennui de santé, un deuil soudain, survient ? Ou, lorsque dans la prière, l’aridité se fait déroutante au point où l’on en vient à se dire que Dieu nous oublie ou qu’Il n’existe pas et qu’il n’est que pure imagination?
    Tout cela sont des épreuves réelles, à ne pas prendre à la légère et que tous les grands saints ont traversées. Pensez à Sainte Bernadette au couvent de Nevers ; à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus un an et demi avant sa mort ; et récemment, comme il nous l’a été révélé, au désert spirituel de 40 ans de Mère Teresa.
    Dieu est pourtant toujours présent et Il tient sa source toute prête : en Lui faisant confiance, Il la donne avec profusion, mais notre sensibilité ne peut parfois le percevoir, tant Il agit spirituellement au plus profond de nous-même si nous acceptons de nous abandonner à Lui dans la foi.
    Regardons la samaritaine. Elle vient comme chaque jour faire sa corvée d’eau au puit de Jacob, profond de 32 m. Elle en est à son 6ème mari : en hébreu, mari se dit “Baal”, qui désigne également le Maître, le propriétaire, mais aussi le dieu des cananéens, dieu de l’orage et de la pluie fertilisant le sol).
    Jésus, dit le texte original, est « assis sur la source » (pèguè), la « source de Jacob » v.6 (et non le puits de Jacob). Paul, dans la première lettre aux Corinthiens, faisant allusion à l’Exode du peuple de Dieu, écrit : « Tous burent au même breuvage spirituel : car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait : ce rocher, c’était le Christ » (1 Co 10,4). Jésus révèle à cette femme ce qu’elle attendait depuis longtemps, sans cesse déçue par les baals (les faux dieux : il y en avait eu cinq en effet à Samarie, importés par les assyriens au temps de leur occupation du pays en 721 avant J-C). Jésus, accueillant sa soif et se révélant à elle, devenait, si j’ose m’exprimer ainsi, mais à prendre au sens spirituel “le baal de sa vie, l’homme de sa vie”.

    Depuis que sur la Croix, “de son côté ouvert sortirent le sang et l’eau” (Jn 19,34), Jésus est pour chacun de nous notre source de vie.A la messe, nous venons nous désaltérer et faire grandir notre foi en Lui. Ainsi, nous vivrons avec Dieu qui est présent sans cesse au milieu de nous quelques soient nos situations et davantage encore si elles sont éprouvantes.
    Seigneur, que nous puissions ne jamais te mettre au défi : n’est-ce pas ce que nous pourrions demander dans le Notre Père, lorsque nous disons : « Ne nous soumets pas à la tentation » qui peut se traduire par : « Ne nous conduis pas à te mettre au défi » ! Et fais-nous désirer boire à ta source.

    AMEN !
  • HOMELIE 2ème Dimanche Carême. A. Mt 17,1-9 « La Transfiguration » 8 Mars 2020


                HOMELIE  2ème Dimanche Carême. A. Mt 17,1-9 « La Transfiguration »   8 Mars 2020

    « En ce temps là… ».Non, ce n’est pas écrit ainsi dans  l’Évangile de St Matthieu qui présente la Transfiguration de Jésus : en effet, il commence par : « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean… ». Alors, que s’est-il donc passé six jours avant ? Pierre a exprimé sa foi et Jésus l’a constitué chef de son Église. A l’annonce de sa Passion, de sa mort sur la Croix et de sa Résurrection, le même Pierre ne comprend pas et veut détourner le Christ de sa mission. « Passe derrière moi “Satan”, c'est-à-dire “adversaire, ennemi”. Tes pensées ne sont pas celles de Dieu » C’est alors que Jésus emmène trois de ses disciples pour vivre un moment inoubliable. Il les conduit sur une montagne élevée pour y être mot à mot “métamorphosé” ; changé au-delà de l’aspect habituel que l’on connaît : lumière solaire, blancheur céleste. Il révèle sa véritable identité. Toute son humanité prend alors sens et rayonne lorsqu’il est pleinement uni à la volonté du Père.
    Deux personnages se donnent à voir : Moïse et Élie. Ils ne sont pas n’importe qui : Moïse à l’origine de la Torah, la Loi où s’expriment les volontés divines ; Élie, le grand prophète, serviteur zélé de la Torah. Tous deux s’étant rendus sur la montagne élevée du Sinaï, l’Horeb. Tous deux ayant disparu, l’un enlevé au ciel sur un char de feu, l’autre dont on n’a pas retrouvé la sépulture. Tous deux entrés dans la gloire de Dieu. Ils s’entretiennent avec Jésus dans une grande proximité avec Lui. 
    Pierre réagit, comme toujours ! Il est heureux et voudrait que ce moment inoubliable se prolonge. Il propose de dresser trois tentes : il ne s’agit pas de camping, mais du geste rituel de la fête des Tentes, Soukkot, qui célèbre l’espérance d’Israël attendant le Messie pour l’accueillir. Jésus est bien ce Messie et la nuée lumineuse qui les couvre de son ombre et la voix divine qui se fait entendre vont le confirmer : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé …écoutez-Le ». Ils en auront bien besoin ! Les disciples reconnaissent l’intervention de Dieu et se prosternent. Puis, ils se retrouvent avec Jésus, seul.
    En descendant de la montagne, Jésus leur recommande de « ne pas parler de cette vision avant que le Fils de l’Homme ressuscite d’entre les morts » Pourquoi ?
    Ils ne pourront comprendre qu’après l’épreuve de la Passion, de la mort de Jésus sur la Croix et à la lumière de sa Résurrection. Avec les trois mêmes Apôtres, Jésus va vivre une autre « métamorphose » : celle-là, au bas du Mt des Oliviers, à Gethsémani, où il sera  défiguré par la souffrance et l’angoisse, dues aux puissances du mal qui vont se déchaîner sur Lui au moment de la Passion et qu’il vaincra par le don de sa vie. Mais alors, quel sens donner à cette Transfiguration ?
    Ce récit de la Transfiguration ne révèle pas seulement aux apôtres la véritable identité de leur maître ; il montre également le chemin que tout disciple de ce maître est invité à suivre. Notre chemin avec le Christ n’est pas seulement fait d’ordre moral ou de mise en pratique des enseignements évangéliques : il est une invitation permanente à répondre à un appel : celui d’être transfigurés, c'est-à-dire métamorphosés, identifiés dans tout notre être à la volonté du Père sur nous et à nous laisser guider par son Esprit.
    Jésus transfiguré, qui traversera Lui aussi les tragiques moments de l’existence terrestre, nous fait voir que la mort n’est pas le dernier mot de notre vie. Il ressuscitera comme Il l’annonce aux trois apôtres, leur demandant de garder le silence jusqu’à ce que cela se réalise. Déjà Il leur annonce qu’ils ressusciteront pour être avec Lui : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! » Mot à mot : “Ressuscitez  et n’ayez pas peur !” L’avènement d’un monde nouveau se prépare maintenant, nous l’attendons et nous sommes appelés à y participer par tout geste d’amour, de solidarité, de partage.
    Sa Transfiguration peut grandement raviver en nous  l’espérancetant nécessaire lorsque nous sommes affrontés aux épreuves de la vie et même collectivement dans le cadre de l’épidémie que nous vivons aujourd’hui. Préparation au Mystère de Pâque, Mystère de notre Rédemption, la Transfiguration nous fait méditer, comprendre et accepter la démarche déroutante de Dieu qui, en son Fils bien-aimé, s’abaissera jusqu’à la Croix afin que nous n’ayons pas peur d’en faire autant, avec Lui, pour ressusciter et vivre avec Lui. N’ayons pas peur et renouvelons notre confiance en Lui !                              AMEN !
  • HOMELIE 1er DIMANCHE CAREME– Année A "Les Tentations du Christ" Mt 4,1-11 - 1er Mars 2020


    HOMELIE 1er  DIMANCHE CARÊME– Année A -Mt 4,1-11
    1er  Mars 2020

    Les tentations du Christ nous montrent le combat qu’Il reprendra à l’agonie (le grec agônia , veut dire précisément “lutte”). Cela peut nous aider à “être tentés sans succomber à la tentation”.
    1ère Tentation : Jésus a faim  Comme les hébreux dans le désert, Jésus est éprouvé : Comment réagit-il ? Il se réfère à la Parole de Dieu, celle précisément qui donne le sens de l’épreuve que les hébreux traversent. : Dt 8, 3“ Il t'a humilié, [mot à mot, en hébreu : “t’a rendu pauvre”, “anav” même racine que anavim, “les pauvres de Dieu”],  il t'a fait sentir la faim, il t'a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères n'aviez connue, pour te montrer que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Yahvé”.  
             Nos contemporains, comme nous-mêmes, sommes exposés à cette tentation de ne rechercher que les nourritures terrestres. Certains le sont en raison de leur précarité, au point que cette préoccupation les obsède dès le matin ; d’autres plus aisés, sont avides de confort et de moyens de plus en plus grands ou sophistiqués, jamais satisfaits, tant est vaste dans nos pays riches, le champ des biens proposés et accessibles. Jésus nous sauve d’un horizon bouché sur l’ “avoir” : par amour, nous sommes parfois tentés de donner des choses au lieu de nous donner nous-mêmes. Jésus nous rappelle que nous sommes appelés à “être”, pour nous donner et accueillir ; et pour “être”, il faut se nourrir de Celui qui EST par excellence et qui s’est fait Pain de la Parole et Pain de vie, qui nous sont offerts aux deux tables de l’Eucharistie. N’est-ce pas ce que Jésus Lui-même nous a appris à demander, dans le Notre Père, le pain “supersubstanciel”, l’Eucharistie, indiquera Tertullien, théologien en l’an 200 dans son traité sur la prière, ch. 6, mais aussi St Cyprien de Carthage, Origène en 250 et Benoît XVI.
    Deuxième tentation Cette fois-ci, le tentateur pousse Jésus à provoquer Dieu: il s’agit bien alors de la tentation de Dieu. Elle est bien courante dans la Bible : tenter Dieu, c’est le mettre au défi d’intervenir pour qu’Il prouve son existence. C’est ce qu’ont fait les hébreux dans le désert. Le lieu par excellence de cette tentation est Massa, où le peuple meurt de soif et se rebelle ;  pourtant Dieu leur avait fait passer la Mer Rouge, avait adouci l’eau à Mara, leur avait donné les cailles puis la manne : Ex 17, 7 :  « [Moïse] donna à ce lieu [Rephidim] le nom de Massa [en araméen, tentation, épreuve ] et Mériba,  parce que les enfants d'Israël avaient contesté, et parce qu'ils avaient tenté Yahvé, en disant:    « Yahvé est-il au milieu de nous ou n’est-il pas ?
             Tenter Dieu peut se faire de deux façons. Ou bien on Lui désobéit pour tester sa patience et voir s’Il va intervenir, ou bien on use de sa bonté dans un but intéressé. Mais plus cachée  est l’attitude de beaucoup de nos contemporains qui mettent en doute l’existence de Dieu face aux malheurs partout présents sur notre planète (morts prématurées, cataclysmes, souffrances des innocents…). Ne nous arrive-t-il pas quand les choses ne vont pas comme nous le souhaiterions et qu’une épreuve sérieuse se présente, d’en vouloir à Dieu ? Jésus pose un interdit absolu face à Dieu, que nous connaissons si mal et “ dont les pensées ne sont pas nos pensées, et les chemins ne sont pas nos chemins” Is 55, 8. Jésus Lui-même ne nous a-t-Il pas appris à demander dans le Notre Père: « Ne nous laisse pas te provoquer », que nous prions actuellement avec une expression « ne nous laisse pas entrer en tentation », meilleure que la précédente, qui était : « Ne nous soumets pas à la tentation » (puisque Dieu ne tente jamais personne écrit saint Jacques dans sa lettre : Jc 1, 13),  mais qui n’est pas encore la traduction de la demande.
    La troisième tentation : Le tentateur propose à Jésus de l’adorer, en contrepartie d’un pouvoir tout puissant sur le monde (qu’il n’a d’ailleurs pas, mais il est menteur et père du mensonge, dira Jésus (Jn 8,44). Qu’est-ce qu’adorer, sinon reconnaître de façon absolue quelqu’un et se soumettre à lui. Les hébreux ont connu, eux aussi, cette tentation au désert : Le peuple demande à Aaron de lui faire un dieu et il façonne un veau d’or (cf. Ex 32, 1-4). Et pourtant Dieu leur avait dit : Ex 20, 1 “Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face.” ». Quels sont nos petits ou grands dieux ? Quelles sont nos idoles ? Choses ou personnes, d’ailleurs, pour lesquelles nous sommes prêts à sacrifier beaucoup ? Sont-elles compatibles avec un véritable amour de Dieu qui est premier ? Que fait Jésus ?  v. 10 : «  Jésus lui dit: Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul.  Il se réfère aux paroles du Deutéronome : Dt 10, 20.
             De fait, s’Il nous demande d’adorer Dieu seul, c’est que Dieu seul est adorable, parce qu’Il n’est qu’Amour et que  seul le véritable amour renonce à toute forme de domination ou de demande de soumission qui aliénerait l’adorateur ; mais tout au contraire, il recherche son bien. Jésus chasse Satan [en hébreu : “adversaire, ennemi”]. Ne nous a-t-Il pas appris à demander dans le Notre Père à prier Dieu qu’Il nous délivre du Malin, du Satan ? Ainsi le Fils de Dieu, véritable Israël tenté dans le désert, nous enseigne comment combattre le prince de ce monde en restant près de Dieu, gardant sa Parole.
    Bon Carême en préparation à Pâques, libérés par le Christ ! AMEN
  • HOMELIE 7ème Dimanche Ordinaire A. "Si on te frappe sur la joue droite...." - Mt 5, 38-48 - 23 Février 2020


    HOMELIE  7ème Dimanche Ordinaire A. Mt 5, 38-48
    23 Février 2020
    Mt 5,39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre” “Si vous enseignez cela à mon gamin, je le retire du catéchisme” nous dit un jour une maman au cours d’une réunion de parents d’enfants de CE2 dont le thème de la leçon était : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”. C’était la première fois que je me trouvais devant une attitude de refus catégorique qui pouvait être lourd de conséquences pour l’enfant et sa famille…et peut-être aussi pour les autres parents. Mais au fond de moi-même, je rejoignais cette “rébellion”, car ce que demandait Jésus relevait de l’héroïsme avec une pointe de soumission, voire de lâcheté, que la maman avait exprimé, comme pour s’excuser : “Je ne veux pas que mon fils devienne une carpette !”
                       Je connaissais les interprétations qu’en donnaient les grands spirituels, voulant exprimer à quel degré d’amour le disciple du Christ devait s’élever (ou s’abaisser ?) pour faire comprendre à son agresseur qu’il n’avait aucune haine envers lui, mais seulement de l’amour, qui excluait toute forme de violence ; je connaissais le style imagé, oriental de Jésus, qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre ; je connaissais le commentaire des exégètes qui disaient que lorsque quelqu’un prononçait un blasphème, il était giflé sur la joue droite : il fallait donc que les premiers chrétiens, qui proclamaient que Jésus était Dieu, s’attendent à être giflé ainsi et même, qu’ils maintiennent leur affirmation en tendant l’autre joue… Ou même, l’interprétation cocasse d’Origène, Père de l’Eglise, qui observait finement que pour frapper quelqu’un sur la joue droite, il fallait être gaucher, et donc qu’il n’y avait pas beaucoup de chance que l’on puisse mettre la parole à exécution ! Mais comment expliquer tout cela à cette maman ? Après un court temps de silence pour accueillir cette question et demander au Seigneur de m’inspirer, il me vint à l’esprit de partir du thème de la leçon : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”. Je lui répondis ainsi :
    “Lorsque Jésus demande quelque chose à ses disciples, il est en général le premier à le faire. Aimez vos ennemis : c’est ce qu’Il fait envers ses bourreaux. Par contre, lors de sa Passion, le serviteur du grand prêtre le gifle en lui disant : “ Est-ce ainsi que tu réponds au souverain prêtre?”  Que fait alors Jésus ? Présente-t-Il l’autre joue ? Non ! Mais Il s’adresse à lui en disant : Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal; et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? Jn 18, 22-23. Je crois que vous pouvez laisser votre enfant au catéchisme, mais en lui apprenant à prendre de la distance face à son agresseur (très dur ! je le sais) et en essayant d’aimer comme le Christ qui a aimé ce serviteur. Comment ? Il a “mis son agresseur en responsabilité” : lui qui s’est laissé emporter par un zèle mal placé, plein de haine et qui l’avilit : “Justifie ton geste ” semble lui dire Jésus ! “ Sois responsable et tu éviteras de te mettre dans cet état-là”.Un peu plus tard, en lisant le livre de Marie Balmary, “Le sacrifice interdit” (Edition Grasset), je suis tombé sur le passage qui aborde ce texte, pp.186-187. Il est interprété par cette psychanalyste qui connaît également l’hébreu et le grec. A ma grande surprise, elle révèle le non-respect de la signification du terme “autre” qui est utilisé dans le texte grec. Le grec dispose de deux termes pour exprimer autre : “L’un, l’autre” dans une relation duelle, par exemple : “Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; (étéron) ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. (étérou) Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon”. Mt 6, 24. C’est ce que nous devrions avoir ici : la joue droite, l’autre (étéren). Or nous avons “allen”,qui est l’autre terme pour dire autre, mais au sens de différent, autrement, en somme l’altérité. Il faudrait alors traduire la parole de Jésus de la façon suivante : “Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui autre choseAutrement dit : présente-lui une alternative, avec le but de le faire sortir de sa violence en le “responsabilisant”. N’est-ce pas exactement ce qu’a fait Jésus envers le serviteur du grand prêtre ? Cette interprétation n’exclut pas les autres plus traditionnelles, exégétiques ou mystiques, qui partent de points de vue différents et qui peuvent enrichir, à leur façon, notre accueil de la Parole de Dieu. Mais je pense qu’il est bon de proposer aussi celle-ci, qui a le mérite de respecter l’ensemble des Evangiles en se fixant sur son modèle, Jésus-Christ, et en évitant les fausses pistes du jeu pervers de la violence : Jésus, qui est le “Chemin et la Vérité et la Vie”, enseigne une autre voie qui fait grandir parce qu’elle appelle à la responsabilité.           AMEN !                                                                       
  • HOMELIE 6ème Dimanche Ordinaire A. Fidélité dans le mariage - Mt 5, 17-37 16 Février 2020


    HOMELIE  6èmeDimanche Ordinaire A. Mt 5, 17-37
    16 Février 2020

                    S’il y a une question qui fait difficulté dans l’Église et le monde d’aujourd’hui, c’est bien la question de la fragilité de l’union conjugale. Nous connaissons tous et côtoyons des personnes issues de couples séparés, divorcés ou divorcés-remariés : elles souffrent bien souvent et nous souffrons avec elles. L’Évangile de ce jour, entre autres recommandations de Jésus, y fait allusion : « Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation »(sous-entendu, pour que tous les deux soient libres, pouvant envisager une nouvelle union). Et Jésus d’affirmer : « Eh bien moi je vous dis : tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. »
                       Fort de cette injonction du Christ, beaucoup de gens et de chrétiens, soit se révoltent, soit adoptent une attitude de distance, voire de rejet de ces personnes en situation de rupture conjugale. Jean-Paul II, en 1981, dans son exhortation apostolique “Familiaris consortio”, traitant des “tâches de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui” aborde ces questions. Il distingue le cas des personnes séparées ou simplement divorcées civilement, sans qu’il y ait une nouvelle union contractée, d’avec les divorcés remariés. Voici ce qu’il écrivait au sujet des premiers : « La solitude et d'autres difficultés encore sont souvent le lot du conjoint séparé, surtout s'il est innocent. Dans ce cas, il revient à la communauté ecclésiale de le soutenir plus que jamais, de lui apporter estime, solidarité, compréhension et aide concrète afin qu'il puisse rester fidèle même dans la situation difficile qui est la sienne ; de l'aider à cultiver le pardon qu'exige l'amour chrétien et à rester disponible à une éventuelle reprise de la vie conjugale antérieure »
       « Le cas du conjoint qui a été contraint au divorce est semblable lorsque, bien conscient de l'indissolubilité du lien du mariage valide, il ne se laisse pas entraîner dans une nouvelle union, et s'emploie uniquement à remplir ses devoirs familiaux et ses responsabilités de chrétien. Alors, son témoignage de fidélité et de cohérence chrétienne est d'une valeur toute particulière pour le monde et pour l'Église ; celle-ci doit plus que jamais lui apporter une aide pleine de sollicitude affectueuse, sans qu'il y ait aucun obstacle à son admission aux sacrements. » n°83
                       En ce qui concerne les divorcés remariés, voici ce qu’il recommande : « Avec le Synode, j'exhorte chaleureusement les pasteurs et la communauté des fidèles dans son ensemble à aider les divorcés remariés. Avec une grande charité, tous feront en sorte qu'ils ne se sentent pas séparés de l'Église, car ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie. On les invitera à écouter la Parole de Dieu, a assister au Sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, a apporter leur contribution aux œuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l'esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d'implorer, jour après jour, la grâce de Dieu. Que l'Église prie pour eux, qu'elle les encourage et se montre à leur égard une mère miséricordieuse, et qu'ainsi elle les maintienne dans la foi et l'espérance ! » n°84
             Les divorcés remariés ne sont donc pas excommuniés, c'est-à-dire en-dehors de la communion ecclésiale. Cependant, l’Eucharistie étant le signe par excellence de l’Alliance d’Amour du Christ avec l'Église, comme le sacrement de mariage en est lui-même le signe, il est demandé à ceux qui ont rompu leur alliance en contractant une nouvelle union de ne pas communier au Corps du Christ.
                       La situation des divorcés remariés est épineuse pour l'Église catholique qui veut à la fois manifester la miséricorde Jésus, en pleine communion avec son Père, et défendre le principe de l’indissolubilité du mariage tel qu’Il l’a demandé. C’est une ligne de crête délicate à suivre entre la compréhension et l’accueil des personnes dans leurs situations souvent douloureuses et l’exigence de leur engagement pris devant Dieu, leurs témoins et leurs familles en vue de la croissance de leur amour mutuel et de celui envers leurs enfants. Seul l’Esprit Saint pourra nous faire trouver une réponse sans doute différente pour chacun, mais qui respecte la Parole du Christ : alors prions-le de nous éclairer et de nous rendre respectueux et  accueillant à toutes ces personnes et prions pour eux, leurs enfants. En abordant cette question, le Synode de la Famille qui s’est réuni par trois fois depuis 2014 a donné ses conclusions au Pape François qui nous fera part de ses réflexions et vraisemblablement décisions qui ne seront évidemment pas en contradiction avec les paroles du Christ mais en accord avec sa miséricorde.
    AMEN !
  • HOMELIE 5ème Dimanche Ordinaire A. "Vous êtes le sel de la terre...vous êtes la lumière du monde" -Mt 5, 13-16 - 9 Février 2020


    HOMELIE  5èmeDimanche Ordinaire A. Mt 5, 13-16
    9 Février 2020


    “Vous êtes le sel de la terre…Vous êtes la lumière du monde…”  Rien que çà !
    N’allons pas penser que Jésus nous invite à quelque prétention. Ce n’est pas son habitude de mettre ses disciples en avant. Ceci étant dit, Jésus ne prend pas n’importe quelles images : le sel, la lumière.
    Le sel : celui, qui, bien dosé, (attention aux problèmes de poids et cardiaques !) donne le goût et la saveur aux aliments ; mais il est aussi celui qui permet de les conserver, leur évitant la corruption : les salaisons, les poissons salés…harengs ou bacalao…Le sel aide à faire fondre le verglas, brûle également et nettoie en purifiant.
    Dans la culture biblique, le symbolisme allait encore plus loin. Lorsqu’on présentait des offrandes à Dieu, on les salait, pour les purifier de toutes souillures : « Tu saleras toute oblation que tu offriras et tu ne manqueras pas de mettre sur ton oblation le sel de l'alliance de ton Dieu; à toute offrande tu joindras une offrande de sel à ton Dieu » Lv 2, 13. Mais aussi pour signifier que l’alliance de Dieu devait durer toujours comme le sel qui la rendait inaltérable : ”Ne savez-vous pas que Yahvé, le Dieu d'Israël, a donné pour toujours à David la royauté sur Israël ? C'est une alliance infrangible [mot à mot: “une alliance de sel”] pour lui et pour ses fils.” 2 Ch 13,5.
    Ainsi, nous recevons du Christ la mission d’être “sel de la terre”, pour que grâce à nous et surtout grâce à Lui, le monde reste dans l’Alliance avec Dieu. Mais pour que le sel fasse son effet, il faut qu’il soit mélangé aux aliments ; s’il reste dans la salière, à quoi bon ? Si nous restons entre nous, à quoi bon ?  Il faut donc que nous soyons engagés dans la réalité humaineauprès de nos proches. Etre sel, c’est tout simplement mettre en pratique ce qu’Isaïe proclamait : « Fais disparaître tout forme de joug, de geste de menace, de parole malfaisante : donne de bon cœur à celui qui a faim, comble le désir des malheureux… » Is 58,9 (1èreLecture de ce Dimanche)
                       Alors soyons sel les uns pour les autres.

                       Jésus nous demande aussi d’être lumière. Avant d’éclairer, la lumière est un repère, comme le phare au bord de la mer. Mais bien sûr, la lumière permet surtout de voir ; elle ne se mélange pas avec son entourage, mais elle l’éclaire ; elle lui permet de distinguer, et elle permet à l’esprit de discerner ce qu’il est bon de faire. Elle ne fusionne pas avec les idées reçues ou « médiatiquement correctes », mais apporte un éclairage propre et en cohérence avec sa foi, les fondamentaux qui font vivre le disciple et son attachement aux enseignements et préceptes de Jésus qui est lumière du monde (Jn.1, 9 ; 8.12). Il nous demande d’accueillir ce don de Lui-même. Nous pourrons alors permettre  au monde de voir ce qui lui est bon, ce qui lui est essentiel et de prendre les grandes décisions pour conduire nos sociétés vers la vie et non vers la mort, vers le « Vivant » et non vers le néant. N’est-ce pas d’actualité ?
                       Témoins de Jésus qui est Lumière, soyons lumière les uns pour les autres.  
                      Si Jésus nous confie ces missions c’est qu’Ila des projets pour nous, ambitieux ou audacieux peut-être; mais en puisant dans la confiance qu’Il nous fait, Il nous donne d’oser entreprendre et de donner toute notre mesure. Cela peut même nous paraître utopique, hors de portée. S’Il nous le demande, c’est que nous pouvons le faire, chacun selon nos moyens. Nous avons un atout supplémentaire : la force d’amour qui nous anime nous vient de Dieu Lui-même : Il s’est  engagé avec nous à notre Baptême et notre Confirmation et nous a donné l’Esprit Saint.
                       Nous ne cherchons ni notre gloire, ni notre avantage personnel. On sait bien aujourd’hui que tous ceux qui se mettent au service de leurs frères ne sont pas à l’abri de critiques, des moqueries ou de jugements, malgré leur lucidité et leur générosité. Jésus, Lui, nous invite à ne pas nous en soucier,  mais, comme le dit l’évangile, à y aller “…pour que les hommes, voyant ce que vous faites de bien, rendent gloire à votre Père qui est dans les cieux”.(Mt 5, 16)
                       Alors heureux sommes-nous, “en marche” ! Jamais sans Lui, toujours avec Lui, comme dans une Histoire d’Alliance de sel, irrévocable et éternelle. 
    AMEN !
  • HOMELIE PRESENTATION de JESUS au TEMPLE Lc 2,22-40 - 2 Février 2020.


    HOMELIE PRESENTATION de JESUS au TEMPLE
    Lc 2,22-40 - 2 Février 2020.

    Dans ce récit de la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem, deux belles figures nous sont aussi présentées: celle de Syméon et celle d’Anne.
    Anne, de l’hébreu : « Hannah » qui signifie : “la grâce, le don de Dieu”. Elle “ était fort avancée en âge” : 84 ans = 7x12 ! Les deux chiffres sacrés, 7 et 12, très fréquents pour exprimer ce qui concerne Dieu : sa Création, son peuple, son Église…. C’est une femme donc que le temps a accomplie en Dieu et elle est prophète
    Syméon : de l’hébreu « Shim‘ôn » qui signifie : “Dieu a entendu”. C’est un homme juste et religieux et surtout baigné dans l’Esprit Saint… déjà !
    D’abord :L’Esprit Saint était sur lui” expression qui dans la Bible désigne un prophète.
    Ensuite : “Il lui avait été révélé par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ [le Messie] du Seigneur” (C’est sans doute pour cela que la tradition en a fait un vieillard, en fin de vie, lui aussi accompli dans le temps de Dieu).
    Enfin : “Il vint au Temple par [poussé] l’Esprit
    Au moment où Marie et Joseph, en membres à part entière du peuple choisi par Dieu, se conformaient à l’acte rituel de “présentation” du premier-né, Syméon reçoit comme un cadeau, un don, une grâce tant attendue, l’enfant dans ses bras et il bénit Dieu. Que dit-il ?
    “Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole…”
    Ce qui est admirable dans cet homme, Syméon, c’est qu’il a cru, dur comme fer, jusqu’au bout, que ce que lui avait fait savoir Dieu, son Maître, par son Esprit Saint, se réaliserait.
    En cela, il est pour nous le témoin de la fidélité patiente, avec ses ombres et ses lumières, ses lenteurs et passages à vide, mais aussi ses jours d’espérance en Dieu, toujours fidèle à ce qu’Il dit. Syméon vit dans le temps de Dieu. Il est témoin de sa lumière, qui tantôt éclaire toute une vie, comme ce jour-là au Temple de Jérusalem. N’avons-nous pas déjà vécu des moments forts de certitude, de bonheur, d’une présence de Dieu qui éclaire les décisions que nous avons à prendre et nous en donne l’énergie ?
    Tantôt cette lumière se fait discrète, toute de lueur : mais ne nous sert-elle pas de repère quand on ne sait plus trop que faire avec un enfant, un conjoint, un collègue de travail ou un voisin ? Alors, Tenir !

    Dieu est entré dans le temps avec Jésus. Il marche au rythme du temps des hommes. L’Evangile d’aujourd’hui nous le rappelle : “Jésus progressait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu etdevant les hommes”ce même Jésus ressuscité laissera cette dernière parole à ses Apôtres : “Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps”(Mt 28,20). Dieu avec nous : Il l’a été hier ; Il le sera demain. Il l’est aujourd’hui.

    ü  C’est aussi la 24ème journée mondiale des “consacrés” : celles et ceux qui ont répondu à un appel personnel de Dieu. Ils sont du peuple de Dieu et pour ce peuple. Par leur vie, ils signifient que Dieu peut combler entièrement et joyeusement une vie de femme ou d’homme. Comme Syméon, comme Anne, ils sont témoins privilégiés de la fidélité de Dieu et de la fidélité à Dieu.

    ü  Enfin, Fête de la Lumière, c’est aussi la Fête du mouvement “Foi et Lumière” fondé par Jean Vanier et ses amis, où les handicapés et leurs familles  et  leurs amis se réunissent régulièrement pour échanger et prier, vivre des moments forts et très fraternels.

    Dieu est là avec nous. Comme Syméon, à nous de vivre le temps de Dieu : de vivre avec Lui le “Maintenant”.  Ce beau mot de notre langue française recèle une attitude fondamentale de foi. Maintenant écrivez-le avec un trait d’union : “Main-tenant”…“tenant la main !”  Le geste de Pierre qui s’enfonce dans les eaux  et qui saisit la main que Jésus lui tend (Mt 14,31).
    Saurons-nous prendre la main que Dieu nous tend chaque jour ? N’est-ce pas cela “croire”, et tout particulièrement, que Dieu nous aime ?
    AMEN !
  • HOMELIE 3ème Dimanche Ordinaire. Année A. "je vous ferai pêcheurs d'hommes" - Mt 4, 12-23 - 26 Janvier 2020


    HOMELIE  3ème Dimanche Ordinaire. Année A. Mt 4, 12-23
    26 Janvier 2020
    « Je vous ferai pêcheurs d’hommes …» Mt 4,19

    Cette parole de Jésus nous est tellement familière que nous ne voyons pas ce qu’elle peut avoir de choquant : un pêcheur, çà tue ! Il donne la mort au poisson qu’il a pêché pour s’en nourrir ou le vendre et gagner sa vie. C’est évident que Jésus n’a pas voulu dire cela. On pourrait penser aussi, qu’en suivant Jésus,  il s’agirait d’attraper des hommes, mais dans quel but ?
             C’est bien là qu’il nous est utile de connaître le milieu culturel et le contexte symbolique de la Bible dans lequel ces récits sont écrits. Il faudrait également pour cela que les textes liturgiques soient plus exacts dans leur traduction de l’original. La nouvelle traduction de la Bible Liturgique a corrigé. Il est dit, en effet, juste avant l’appel de Jésus que celui-ci marchait au « bord de la mer » et que les pêcheurs « jetaient leurs filets dans la mer » (Thalassa) et non, comme dans l'évangile de Saint Luc (Lc 5,1-11),  dans le lac (Limnen). D’ailleurs, selon St Luc, Jésus, n’invite pas les apôtres à devenir des pêcheurs d’hommes, mais « à  partir de maintenant, tu [Pierre] prendras des humains vivants » zogron, il y a le mot zoë qui signifie la « Vie ».
    Pourquoi cette précision ? La mer, dans la pensée biblique a une signification toute particulière. Depuis les eaux primordiales et anarchiques de la Genèse, sur lesquelles tournoyaient le souffle de Dieu ; puis, les eaux du déluge qui anéantirent toute vie devenue corrompue par la violence, où seul le juste Noé trouva grâce auprès du créateur; et bien sûr, la Mer Rouge, qui faillit engloutir Moïse, conduisant le peuple de Dieu vers la Terre Promise et qui se retourna contre ses agresseurs, les faisant périr ; Jonas, encore, préservé de la noyade par un monstre marin le gardant trois jours en son ventre ; sans compter les nombreuses mentions de la mer et des eaux redoutables dans les psaumes… toutes ces évocations des eaux ou de la mer montrent qu’elles symbolisaient les forces du mal et de la mort qui menacent sans cesse la vie de l’homme. Ce n’est pas sans raison que Jésus commence son ministère au bord de la mer. Ne vient-Il pas pour sauver, tirer les hommes de tout ce qui les conduit à la mort physique, psychologique, morale et spirituelle ?
    Parmi ces tendances mortifères, Paul en signalait une qui détruisait déjà la jeune communauté chrétienne de Corinthe par la division et les disputes de ceux qui se réclamaient de Paul, d’Apollos, de Pierre ou du Christ : comme si le Christ était divisé !
    Ne croyez pas que cela soit de l’histoire ancienne. Nous venons d’achever la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens. Elle a fait de gros progrès depuis 100 ans, date de la première semaine, mais elle est loin d’être acquise. Encore faut-il la demander, la chercher, se connaître entre confessions diverses et différentes : le Christ, à la veille de mourir, a tant prié pour nous et pour que le Père nous la donne.
    L’esprit de division peut  se manifester encore dans notre pays, dans les choix sociaux qui sont faits, mais aussi à l’intérieur de nos Communes, de nos écoles, de notre communauté paroissiale, de nos familles. Le manque d’ouverture et de respect de certains affaiblissent l’annonce de l’Évangile au milieu de nous, auprès des générations qui montent et autour de nous.
    Mais heureusement, il y a des paroles et des gestes réconfortant aujourd’hui qu’il faut savoir reconnaître aussi.
     « Je vous ferai pêcheurs d’hommes » pour apporter l’Esprit d’amour, de patience, de bienveillance, d’humilité, de maîtrise de soi et de foi envers le Père. Voilà la Bonne Nouvelle, l’Évangile que Dieu nous confie et qu’Il nous appelle à proclamer.
    Profitons tous, au long de l‘année, de saisir toutes les occasions, là où nous sommes, de construire l’unité telle que Jésus la souhaite autour de Lui en vivant son Évangile.  AMEN !