Homélies du Père Guy Lecourt

Père Guy LecourtLe Père Guy Lecourt maintient un blog, sur lequel il publie ses homélies.

Vous trouverez les 10 dernières homélies publiées.

  • HOMELIE 24ème Dimanche Ordinaire A. Mt 18, 21-35 17 Septembre 2017



    HOMELIE 24ème  Dimanche Ordinaire A. Mt 18, 21-35

    17 Septembre 2017
    “Le Pardon : jusqu’à combien de fois ? »

    Vous connaissez les expressions : « Je ne lui pardonnerai jamais ! » ou « Il m’en a trop fait voir ! » ou encore « Je veux bien être bon mais pas être poire ! ». Autant dire que pardonner n’est pas chose naturelle et qu’on admire même Pierre qui va proposer au Seigneur de pardonner jusqu’à 7 fois. La réponse de Jésus est claire et sans appel : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois 7 fois ». Pourquoi donc ce chiffre ? Les forts en calcul, ne vous cassez pas la tête (ici, c’est facile : 490 fois !), c’est une vieille histoire qui remonte aux origines de l’humanité.
    Après que Caïn ait tué Abel, Dieu va mettre un signe sur lui pour que personne, en le rencontrant, ne le frappe : « Si l’on tue Caïn, il sera vengé 7 fois. » Gn 4, 15. Dieu veut tuer dans l’œuf le cycle infernal de la vengeance qui prend rapidement de l’ampleur, puisque, 4 générations après, son descendant Lamek lance à ses femmes ce terrible chant : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois ! » Gn 4, 23-24.
    Jésus, en reprenant ces chiffres et en les multipliant par 7, chiffre parfait, manifeste sa volonté absolue d’éradiquer totalement toute violence et invite ses disciples à apprendre le pardon.
    Est-ce bien possible ? Ne nous en demande-t-Il pas un peu trop ?
    C’est d’abord une question de bon sens. La première Lecture de Ben Sirac le Sage nous montre, de façon claire, l’incohérence de celui qui demande le pardon alors qu’il ne sait pas ou ne veut pas pardonner. « Si un homme n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses propres fautes ? »
    Mais il faut aller plus loin et c’est bien pour révéler qui est son Père qu’Il propose cette Parabole du débiteur impitoyable. Dieu est amour et cet amour s’exprime à fond dans le pardon, la remise totale des dettes, fussent-elles exorbitantes comme celle de cet homme sans cœur qui lui devait, tenez-vous bien, (je l’ai calculé un jour) 4 459 vies de travail ! Dieu est remué jusqu’au entrailles, dit le texte, parce que ce pauvre homme ne s’en sortirait jamais ! Mais sa compassion se tourne en colère quand on lui apprend que ce serviteur, libéré de toute sa dette, s’est montré intransigeant à l’égard de celui qui lui devait une somme dérisoire : 100 jours de travail ! « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’ai eu pitié de toi ? ». Le châtiment qui suit permettra à ce serviteur sans cœur de mesurer l’immensité de sa dette, ce qu’il n’avait sans doute pas fait.
    Avons-nous mesuré la dette qui est la nôtre ?  La première chose est de le faire et de découvrir à quel point nous sommes pécheurs, sans doute bien plus profondément que nous ne le pensons, tant notre égoïsme est ancré et caché en nous. Nous serons alors beaucoup plus humbles et reconnaissants de ce pardon que Dieu nous donne totalement, et il nous sera plus aisé de pardonner.
    Mais qu’est-ce que pardonner ?  Voici ce qu’écrit le P. Varillon : “… Pardonner, c’est la forme supérieure du don. J’insiste toujours pour qu’on écrive par-donner, avec un petit tiret, pour qu’on mette en valeur le préfixe « par » qui, dans plusieurs langues, signifie à fond, jusqu’au bout…. Les hommes ont toutes les peines du monde à se pardonner vraiment. La forme supérieure du don, c’est le don de la paix. Pardonner, c’est effacer mon ressentiment, piétiner mon orgueil, faire la paix, la construire. Le pardon n’est pas un coup d’éponge, il est une re-création : pardonner, c’est permettre un nouveau départ. Nous sommes là au cœur de la spiritualité. Le refus du  pardon, c’est le péché qui ne peut pas être pardonné, par la force des choses.”
    Une dernière objection : « De quoi aurais-je l’air si je fais le premier pas, si je pardonne ? » Je réponds : « Tu as l’air de Jésus lui-même : Il pardonne à Pierre qui trahit, à l’un des condamnés crucifiés avec Lui, à ses bourreaux… »
    Alors, demandons sans cesse la force de l’Amour divin, infini, riche en miséricorde: il est le seul à pouvoir nous entraîner à pardonner. Prions sérieusement le Notre Père lorsque nous disons à Dieu : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé… ».        AMEN !
  • Commentaires de L'EVANGILE Mt 20,1-16 -Marie-Noëlle Thabut, dimanche 24 septembre 2017



    Chers amis,
    N’ayant pas d’homélie à donner ce W-End en raison de la Messe de rentrée paroissiale, la seule de ce dimanche, j’ai eu l’idée de vous faire profiter du Commentaire de l’Evangile que Marie-Noëlle Thabut donne sur Radio Notre-Dame 100.7 le dimanche entre 8h et 8h30, et que vous pouvez également trouver sur le site de la Conférence des Evêques de France en vous adressant à :
    Vous ne perdrez rien à le lire.
    Bon W-End !


    Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, dimanche 24 septembre 2017
    Imaginez un patron d'entreprise qui emploierait des méthodes pareilles ! Il aurait certainement une bonne partie de ses ouvriers en grève dès le deuxième matin ! Mais Jésus a bien dit qu'il ne parlait pas d'une entreprise comme les autres puisqu’il a introduit sa parabole en disant : « Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine... » : d’entrée de jeu, nous savons qu’il est question du Royaume des cieux ; et nous savons bien, Isaïe nous l’a rappelé, que « les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées... »
    Et donc, dans cette vigne très particulière, il y a des ouvriers embauchés à toute heure du jour... Apparemment, le travail ne manque pas. Mais la pointe de la parabole n’est pas là : comme toujours, il faut chercher d’abord ce que ce texte dit sur Dieu. « Moi, je suis bon » dit Dieu ; « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » Dieu est bon, et d’une bonté qui ne fait pas de comptes. Cela veut dire que sa bonté surpasse tout, y compris le fait que nous ne la méritons pas ; cela veut dire qu’il faut que nous abandonnions une fois pour toutes notre logique de comptables : dans le Royaume des cieux, il n’y a pas de machine à calculer les mérites... Elle est là, peut-être, la conversion qui nous est demandée ; cette logique de comptables, nous avons bien du mal à nous en défaire : nos efforts, nos sacrifices, nos souffrances, nous voudrions toujours les comptabiliser pour nous rassurer ; cela nous donne, pensons-nous, des droits sur le Royaume, sur l’amour de Dieu...
    A l’inverse, il nous paraîtrait juste que Dieu ne traite quand même pas tout le monde de la même manière : « Tu les traites à l’égal de nous ! », reprochent les ouvriers de la première heure, sous-entendu nous méritons mieux. Et justement, Jésus veut nous faire sortir de cette logique du mérite : l’amour ne compte pas. L’amour ne s’achète pas, il est donné. Cette leçon-là, pourtant, n’était pas nouvelle ; allez lire le psaume 126/127 : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort »... Il n’est pas question de mérites là-dedans ; pire, le même psaume affirme : « En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur... » autrement dit : ne calcule pas tes mérites et tes heures supplémentaires, Dieu te comble au-delà de tout. Le psaume d’aujourd’hui nous faisait chanter « Le SEIGNEUR est juste en toutes ses voies »... visiblement ce n’est pas une justice calculée comme nous l’entendons ! La justice de Dieu, c’est d’aimer, sans distinction, tous ses enfants également, c’est-à-dire infiniment, sans mesure.
    Pour rester dans l’Ancien Testament, Jonas lui aussi, trouvait scandaleux que Dieu pardonne si facilement à ces mécréants de Ninivites : le peuple élu s’efforçait laborieusement depuis si longtemps d’être fidèle à la loi ; ces affreux païens n’avaient eu qu’un geste à esquisser pour être pardonnés. Dès l’Ancien Testament, donc, on savait bien qu’il y a des derniers qui deviennent premiers. De la même manière, au temps de Matthieu, l’arrivée massive d’anciens païens dans les communautés chrétiennes faisait murmurer ceux qui venaient du Judaïsme et se savaient les héritiers d’une longue lignée de fidèles. Et Jésus lui-même a rencontré l’hostilité des croyants de longue date quand il a côtoyé amicalement des publicains et des pécheurs.
    Jusque sur la croix, nous en connaissons au moins un qui était « dernier » et qui est devenu « premier », c’est le bon larron...Voilà bien un ouvrier de la dernière heure. (C’est dans l’évangile de Luc et non de Matthieu, mais la leçon est bien la même !) C’est à la dernière minute seulement que le bon larron crucifié en même temps que Jésus, enfin, se tourne vers lui ; et là, il a suffi d’une parole de vérité dans sa bouche et il s’est entendu dire ce dont nous rêvons tous pour notre dernière heure « Aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis ».
    Mais si on veut bien regarder la vérité en face, elle devrait nous faire plutôt plaisir, cette parabole... Qui d’entre nous peut se vanter d’être un ouvrier de la première heure ? Qui que nous soyons, nous ne sommes tous que des ouvriers de la onzième heure ! C’est lorsque nous l’oublions que notre regard devient mauvais. « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » Les ouvriers de la première heure récriminent contre le maître de maison dont ils ne comprennent pas la logique ; Jonas récriminait contre Dieu qui pardonnait trop facilement à ces pécheurs de Ninivites ; les Pharisiens récriminaient contre Jésus, trop accueillant aux gens de mauvaise vie ; le fils aîné murmurait contre le père trop accueillant pour le fils prodigue... Quand la logique de Dieu est trop différente de la nôtre, la tentation qui nous prend est de contester.
    C’est le moment ou jamais de nous rappeler la phrase d’Isaïe dans la première lecture : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, dit Dieu... Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées. »
     

  • HOMELIE 23ème Dimanche Ordinaire. A. Correction fraternelle - Mt 18, 15-20 10 Sept. 2017.



    HOMELIE  23ème Dimanche Ordinaire. A. Mt 18, 15-20
    10 Sept. 2017.

    « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui parler seul à seul… » Mt 18, 15
             Qui sommes-nous pour aller trouver un frère qui a commis un péché contre nous-mêmes ? Une autre parole de Jésus ne nous vient-elle pas à l’esprit aussitôt : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? » (Mt 7, 3). Et puis, y voyons-nous si clair pour discerner ce qui est péché de ce qui est défaut, maladresse, demi-responsabilité ?
             Jésus nous demande de mettre en application les paroles du Seigneur adressée au prophète Ezékiel que nous avons entendues dans la première lecture de ce dimanche  «   Si je dis au méchant: "Méchant, tu vas mourir", et que tu ne parles pas pour avertir le méchant d'abandonner sa conduite, lui, le méchant, mourra de sa faute, mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. » (Ez 7,8). Jésus nous demande donc d’être responsables de la vie du pécheur. Mais alors, ne risque-t-il pas d’y avoir “ingérence” dans la vie d’autrui ? Mais quel est le principal dessein de Dieu ? Sauver tous ses enfants afin qu’ils goûtent le bonheur d’être avec Lui. (Cf. Jn 3, 16-17). Le passage d’évangile que nous lisons aujourd’hui suit immédiatement la parabole de la brebis perdue et retrouvée. Jésus est le premier solidaire du péché des hommes ; Il l’a été avec les publicains et les pécheurs, et ceux qui le suivent devront l’être aussi. Il l’est avec ceux qui rejoignent aujourd’hui ceux que l’on considère, de façon un peu rapide et souvent injuste, comme des pécheurs : les prisonniers, les prostituées, les immigrés, etc.
                       St Paul, dans la première lettre aux Corinthiens, illustrait cette solidarité en prenant l’image du corps humain dont les membres sont liés les uns aux autres : « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1 Cor. 12, 26).
                      Cependant, Jésus ne nous laisse pas démunis dans cette démarche. Il la propose avec des degrés successifs d’intervention. La première intervention de notre part doit être discrète et fraternelle. En cas de refus du pécheur, la deuxième fait appel à un ou deux autres frères ou sœurs pour donner à cette démarche un caractère plus “objectif” tout en restant fraternelle. La troisième intervention en appelle à l’Eglise dont l’autorité lui est déléguée par Jésus Lui-même : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (Cette parole de Jésus est la même que celle qu’il a utilisé envers Pierre et que nous entendions dimanche dernier (Mt 16, 19). C’est dire que l’autorité de son successeur doit s’exercer dans la collégialité avec ses frères évêques, successeurs des Apôtres).
                       « S’il refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain ». S’agit-il d’une excommunication ? Les publicains et les pécheurs étaient en effet
    “excommuniés” de la communauté juive de l’époque. Souvenez-vous de l’aveugle-né qui, dans son bon sens d’aveugle guéri, avait déclaré Jésus “prophète” (Jn 9,17) et qui s’était fait “jeter dehors” par les pharisiens (Jn 9,34). Non, Jésus n’a jamais excommunié quelqu’un. Mais lorsque qu’un pécheur, malgré toutes les tentatives entreprises à son égard, refuse de se convertir, alors le frère, les frères ou l’Eglise, qui ont tout essayé, se trouvent déliés de leur responsabilité envers lui. Jésus a utilisé seulement une expression courante chez les juifs de l’époque. Cela fait d’ailleurs écho à la suite de la même parole du Seigneur adressée à Ezékiel et rappelée dans la première lecture d’aujourd’hui : « Si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite et qu’il ne se détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie ».
                       Il revient alors à Dieu de convertir le cœur de ce pécheur, qui est aussi son enfant, en lui laissant une grande liberté, et de lui inspirer son retour à Lui.
                       Le Christ nous confie le soin, en toute humilité et en responsabilité, à « chercher la brebis perdue », fraternellement, avec d’autres frères et sœurs et même en Eglise. Et lorsque nous échouons, il reste la prière de demande en nous mettant d’accord (mot à mot “en symphonie” : “sumfwnhswsin) pour le faire.
    AMEN !
  • HOMELIE 22ème Dimanche Ordinaire, A "Si quelqu’un veut marcher à ma suite…" Mt 16,21-27 03 Septembre 2017



    HOMELIE 22ème  Dimanche Ordinaire, A Mt 16,21-27
    03 Septembre  2017

    "Si quelqu’un veut marcher à ma suite…"

    Dimanche dernier, Jésus avait loué Pierre inspiré par Dieu et l’avait choisi comme le roc pour bâtir son Eglise ; aujourd’hui Il le traite de “Satan” ! 
     Satan, en hébreu, signifie : “ennemi, adversaire” – “Diabolos” en grec : celui qui se jette (ballos- ballon) en travers (dia-positive). 
    “Tu es un obstacle”, un “skandalôn”, qui fait trébucher
             Passe derrière moi”, autrement dit : c’est moi le Maître, je suis devant ; tu es mon disciple, tu es derrière ; tu as à me suivre.
              Pierre, comme les disciples, comme nous-mêmes, spontanément voudrait que Jésus manifeste immédiatement qu’Il est Fils de Dieu et donc, qu’Il a tous les pouvoirs dus à sa nature divine. Jésus, par trois fois, n’a-t-Il pas été tenté de la même manière ? A cause de ces faux désirs de gloire, de prodiges, de facilités qui trahiraient sa mission, Jésus rejette cette manière de voir et accuse Pierre d’être un “satan” ! “Tes pensées ne sont pas celles de Dieu…” faisant écho aux paroles du prophète Isaïe : Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit Yahvé. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées.” Is 55,8-9.

               Jésus annonce alors un tout autre chemin, beaucoup moins grandiose et spacieux, un sentier étroit, un chemin de croix, fait de souffrance et qui conduit à la mort, mais aussi à la vie définitive, la résurrection. Cette image du Messieest étrangère aux apôtres et pourtant conforme à celle de Jérémie et du Serviteur souffrant qu’annonçait Isaïe.
    La proposition de Jésus tient toujours et rebute tout autant : renoncer à sa “vie” (psyché). Toute la mentalité moderne, qui nous entoure et qui imprègne nos propres réactions, nous parle d’épanouissement, de plaisir, de liberté, de créativité, de jouissance : « Je veux vivre ma vie ! ». Jésus propose aussi une autre manière de vivre sa vie, qui comporte également épanouissement, plaisir, liberté, créativité et répond bien à nos désirs de fraternité, de justice, d’amour. Mais, pour vivre cela, il faut suivre Jésus et apprendre comme Lui à se déposséder de soi-même pour servir et réaliser la vraie fraternité, la vraie justice, le véritable amour qui ne trompent pas.
                       Il ne s’agit en aucun cas d’être masochiste, mais de ne pas se prendre pour le centre de l’univers et vouloir conquérir le monde. Ecoutons encore l’extrait de la lettre de Paul aux Romains de ce Dimanche.
                       Il exhorte “par le tendresse de Dieu”, un Dieu qui nous aime et sait ce qui est bon pour nous…
             “à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint”… Sacrifice : “sacrum facere” autrement dit, à faire du sacré dans notre vie et de notre vie. Comment cela ? “En ne prenant pas pour modèle le monde présent, mais en nous transformant en renouvelant notre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu” (Paul a certainement écouté Isaïe !) “Ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait”. Voilà qui n’est pas morose et il y a de quoi faire : on ne va pas s’ennuyer !

             Comment, aujourd’hui ne pas demander à Jésus d’être avec nous pour le suivre ? Comment ne pas venir puiser au contact de sa Parole, de sa manière de faire, de regarder, d’être attentifs aux petits ; comment, à son contact dans la présence eucharistique, ne pas acquérir les forces nécessaires pour découvrir et faire sa volonté, celle qui nous conduira à la vraie vie ?

    AMEN !
  • HOMELIE 21ème Dimanche Ordinaire A “Ce n’est pas la chair et le sang… »– Mt 16,13-20 27 Août 2017.



    HOMELIE 21ème  Dimanche Ordinaire, Année A – Mt 16,13-20
    27 Août  2017.

    “Ce n’est pas la chair et le sang… »

    Impensable que Pierre ait pu proclamer de lui-même : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu Vivant !”. Impensable, parce que l’espérance juive attendait un roi envoyé par Dieu à la fin des temps pour libérer son peuple des occupants romains et lui permettre de vivre l’Alliance, libre sur sa Terre. Ce n’est pas indifférent que la scène se passe en territoire païen à Césarée de Philippe, au pied du Mt Hermon : pourquoi ? Pour qu’il soit bien compris que Dieu n’est plus lié à une Terre mais à tout l’univers et à tous ceux qui voudront bâtir, en suivant son Fils, son “Ekklésia” [une assemblée] contre laquelle les forces de la mort ne pourront rien.
    Impensable pour un juif comme pour tout croyant qui a découvert Dieu comme entièrement différent des hommes, le “Tout Autre”,  comme le présente St Paul dans la 2ème lecture de ce dimanche : « Ses décisions sont insondables, ses chemins impénétrables ! » (Rm 11,34), que ce Dieu-là puisse se faire homme ! C’est précisément sur cet impensable-là que vient se greffer la foi chrétienne. Il y eut dans l’Histoire Sainte bien d’autres “impensables” : la promesse d’avoir un fils pour le vieux couple d’Abraham ; tout aussi impensable que lui demander de l’immoler une fois que le fils est là. Impensable pour Moïse et son peuple de traverser la Mer Rouge à pied sec. Impensable que Dieu donne la victoire au jeune David devant le géant guerrier Goliath…et je pourrai continuer la liste. Le vrai croyant, comme Marie, accueille la parole qui annonce ou demande parfois de croire l’impensable. Il l'accueille parce que, plus puissant que l’impensable, il a la force de faire confiance à Celui pour  qui tout est possible. “Car rien n’est impossible à Dieu”  dit l’ange à Marie à l’annonciation. (Lc 1, 37).
    Comment ne pas partager l’admiration de Paul pour Dieu : “Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! ” (Rm 11,13 - 2ème Lecture de ce dimanche)
              Mais continuons dans la série des impensables. N’est-il pas tout à fait impensable que Dieu confie à un homme autant de pouvoirs ? En effet, dans la Bible, le pouvoir des clefs symbolise, chez celui qui le possède, l’autorité et la domination du roi. Dans la première lecture de ce jour, Dieu met sur l’épaule d’Héliakim [signifiant : “Dieu a suscité”] la clef de la maison de David. La formule ouvrir/fermer [comme lier/délier] exprime la plénitude du pouvoir. Et Jésus remettrait à un homme fragile ce pouvoir des clefs ? Impensable ? Écoutons ce que Benoît XVI écrivait en 1998, avant de devenir successeur de Pierre.
             « Dans l’histoire de la papauté, les erreurs humaines et les manquements, même graves, n’ont pas manqués ; Pierre lui-même a reconnu qu’il était pécheur. Pierre, homme faible, fut choisi comme Roc, précisément pour qu’il fut évident que la victoire n’appartient qu’au Christ et n’est pas la conséquence des forces humaines »
             Et lorsque Benoît XVI accepta sa charge, il déclara aussitôt dans sa première homélie du 20 avril : “Si le poids des responsabilités qui sont placées sur mes pauvres épaules est énorme, la puissance divine sur laquelle je puis compter est certainement sans mesure”
                       Nous allons bien sûr prier tout particulièrement pour son successeur, le pape François, afin que son ministère sur terre soit en communion avec le ciel.

             Enfin, un peu plus loin dans cet Évangile de Matthieu, chapitre 18 verset 18, Jésus promet cette autorité à l’ensemble des disciples. N’y aurait-il pas, dans les intentions de Jésus, de ne pas faire reposer toute la responsabilité de la vie de l’Église sur les épaules d’un seul homme, fut-il admirable comme nous les avons connus ces derniers temps ?
                       Nous avons donc chacun notre part de responsabilité pour faire vivre et grandir l’Église : là encore, n’est-ce pas impensable de la part de Dieu ?
             Mais y a-t-il quelque chose qui soit impossible quand il s’agit de le faire avec Lui ?

    AMEN !
  • HOMELIE 20ème Dimanche Ordinaire, A Mt 15,21-28 20 Août 2017



    HOMELIE 20ème  Dimanche Ordinaire, A Mt 15,21-28

    20 Août 2017

    “O femme, grande est ta foi ! »

    Choquants que le silence de Jésus puis sa rudesse envers cette Cananéenne qui, dans sa supplication, fait même une belle profession de foi, elle la païenne : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » Car enfin, cette pauvre femme n’a pas choisi d’avoir une fille tourmentée par un démon ni d’être cananéenne et non juive. Jésus semble limité dans sa compassion habituelle par sa propre tradition et se justifie d’une certaine manière auprès des disciples en répondant "qu’Il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël", et en cela, Il accomplit bien la prophétie d’Ezéchiel : “Oui, je le déclare, moi, le Seigneur Dieu :…La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai ; celle qui est blessée, je la soignerai : celle qui est faible, je lui rendrai ses forces” (Ez 34,16).
    La femme souffre de la souffrance de sa fille et elle insiste, elle ne se décourage pas. Au refus méprisant de Jésus à sa deuxième demande, elle répond par une remarque de bon sens puisée dans la réalité courante : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Elle ne pense qu’à sa fille, tourmentée par un démon et passe au-dessus de cette attitude qui peut lui paraître humiliante. Par sa confiance en Jésus qu’elle considère comme un envoyé de Dieu, elle reconnaît l’Alliance de Dieu avec le peuple juif, mais elle affirme également l’universalité de l’Amour de ce Dieu qui guérit et qui sauve tout homme.
            
    Isaïe l’exprimait bien ainsi dans la  première lecture qui nous a été proposée aujourd’hui : « Mon salut approche, il vient…et il vient pour tous et en particulier pour tous les étrangers qui s’attachent au service du Seigneur pour l’amour de son nom (c’est à dire, par amour pour Lui). Et Je les rendrai heureux dans ma maison de prière…maison de prière pour tous les peuples… (Oracle que Jésus reprendra pour justifier sa colère contre les marchands qui se sont installés sur le parvis du Temple réservé à la prière des non-Juifs. Mt 21,13.)

    Jésus admire la foi de cette femme et la rejoint dans sa douleur : “O femme ! Grande (mègalè !) est ta foi ; que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Et à l’heure même, sa fille fut guérie.” Jésus se montre bien ainsi le pasteur qui guérit toute brebis, fut-elle extérieure à son peuple.

    Quant au peuple juif vers lequel Jésus a été envoyé, Paul nous en parle dans la deuxième lecture de ce dimanche (Rm11, 13-15.29-32) et fait état de ce mystère qui reste toujours d’actualité aujourd’hui encore. Pourquoi ce peuple qui avait été choisi par Dieu Lui-même et qui avait été comblé de dons, de promesses, n’a pas reconnu en Jésus son pasteur ?  Les dons de Dieu restant irrévocables, Paul en conclut que les païens ont alors profité de la miséricorde de Dieu afin que le peuple juif obtienne aussi cette miséricorde.
    Nous devons nous souvenir de ce passage d’évangile où c’est l’amour de cette païenne de Cananéenne envers sa fille et la foi qu’elle exprime avec tant de force envers Jésus, qui sauve sa fille. Elle nous invite à regarder toute personne avec considération et bienveillance en n’excluant personne et ainsi à contribuer à l’œuvre d’unité que patiemment l’Esprit-Saint, l’Esprit de Pentecôte, a fait souffler sur l’humanité sauvée de ses divisions et de ses guerres par Jésus Lui-même.

    Notre Eglise est appelée à témoigner que le salut de Dieu s’adresse à tous les êtres humains. Tous sont invités à vivre en fils et filles du même Père et à devenir peuple de l’Alliance.

    En cette Eucharistie dominicale, rejoignons le Seigneur de tous qui nous appelle autour de Lui pour nous donner cette force de communion.
             AMEN !
  • HOMELIE FÊTE DE L'ASSOMPTION de MARIE, A - Lc 1, 39-56 15 Août 2017



    HOMELIE ASSOMPTION de la Vierge MARIE, Année A -  Lc 1, 39-56
    15 Août 2017

    La fête de l’ASSOMPTION  est une des fêtes les plus anciennes célébrée dès le IV° siècle à Antioche de Syrie et au V° siècle en Palestine où elle est appelée DORMITION, car les premiers chrétiens représentaient Marie "s’endormant dans la mort", expression bien biblique, entourée des Apôtres. De fait, Marie est la première créature humaine dont les chrétiens ont affirmé "qu’elle était montée au ciel sans connaître la corruption.
    Cela peut nous étonner, mais c’est bien dans la cohérence de la foi chrétienne. En effet, de même que Jésus est monté aux cieux dans la gloire de Dieu, de même sa mère “Marie a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel” selon l’expression de Pie XII définissant la foi catholique relative à l’Assomption de la Vierge Marie le 1er novembre 1950.
                      Mais elle n’est pas la seule à être enlevée ainsi au ciel : la Bible  nous présente quelques grands personnages tel qu’Hénoch, le patriarche, enlevé lui aussi, car « il suivait les voix de Dieu » Gn 5,23. De même, Elie le prophète, qui monta au ciel dans la tempête sur un char de feu : 2 Roi 2, 11 ; peut-être Moïse, qui mourut face à la Terre Promise et dont on ne retrouva jamais la tombe : Dt 34, 6.
                      De tous les grands personnages contemporains de Marie, que reste-t-il ? Des Pilate, Hérode, Caïphe et même des empereurs romains Auguste, Tibère et Claude … ? Tel n’est pas le cas de Marie car bien des habitants de tous les continents la connaissent, se mettent sous sa protection, l’invoquent et la prient, même chez les musulmans où “ Sitti Myriam” tient une grande place dans la dévotion populaire.
             Cependant et malheureusement, Il y a eu et il y a encore des déviations concernant le culte marial : on confond “adorer”Dieu et “vénérer” Marie. Et au Brésil, par exemple, bien des fidèles ont abandonné l’Eglise catholique pour rejoindre les groupes évangéliques dénonçant une “mariolâtrie” chez les catholiques dans le culte de Marie et des saints.
             Mais il y a aussi des avancées, notamment dans le mouvement œcuménique européen. On entend dire que la différence entre protestants et catholiques, c’est la Vierge Marie : les premiers la rejettent, les seconds la vénèrent. Iln’y a rien de plus réducteur et faux que cela. Les protestants, qui sont très fidèles à ce que dit la Sainte Ecriture, reconnaissent Marie et son extrême disponibilité à Dieu. N’est-elle pas  la croyante qui reçoit cette béatitude de la part d’Elisabeth comme nous le rappelait l’évangile de ce jour ? « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Ainsi, des théologiens protestants et catholiques d’Europe (Groupe des Dombes) proclament ensemble qu’il “faut donner à Marie toute sa place mais rien que sa place”.
             De plus, un accord anglican-catholique a abouti entre théologiens des deux Eglises, en attendant d’être ratifié par les hiérarchies respectives. Voici la déclaration : “ Etant donné la compréhension à laquelle nous sommes parvenus sur la place de Marie dans le mystère de l’espérance et de la grâce, nous pouvons affirmer ensemble que l’enseignement disant que Dieu a pris la bienheureuse Vierge Marie en la plénitude de sa personne, dans la gloire, est en consonance avec l’Ecriture” Nous ne sommes vraiment pas loin du dogme de l’Assomption !

             Si Jésus a été le “Oui” de Dieu, Marie a été le “Oui” à Dieu.
             Que la contemplation du mystère de Marie, Mère de Dieu, élevée dans la gloire auprès de Lui, plutôt que nous diviser, nous fasse avancer vers l’unité, apprenant à être ensemble humbles comme la servante du Seigneur et lui demandant sa protection maternelle.
    AMEN !
  • HOMELIE 19ème Dimanche Ordinaire, A. Jésus marche sur la mer - Mt 14,22-33 13 Août 2017



    HOMELIE 19ème  Dimanche Ordinaire, A. Jésus marche sur la mer - Mt 14,22-33
    13 Août 2017

    “Confiance ! Moi, Je suis ! N’ayez pas peur”

    Le récit de la multiplication des pains et des poissons, qui précède cet Evangile et que nous écoutions Dimanche dernier, a été un grand succès et les disciples se disent qu’enfin Jésus va être reconnu comme le Messie attendu. Les foules d’ailleurs, nous feront savoir St Jean (Jn 6,15), cherchaient à l’enlever pour le faire Roi. Ce n’est pas comme cela que Jésus sera roi. Il contraint donc les disciples à embarquer et à le précéder sur l’autre rive.  Ayant congédié les foules, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Cela ne vous fait-il pas penser à quelqu’un, dans la Bible, qui fait de même ?  Moïse, après la manne ; Elie, pourchassé par Jézabel, après les sacrifices du Carmel ? Tous veulent rencontrer Dieu, seul, dans le silence de la prière.
             Vers la fin de la nuit, les disciples, loin de la terre, rament comme des malheureux, tourmentés par les vagues, car le vent est contraire. Jésus vient vers eux marchant sur la mer. Marcher sur l’eau, c’est évidemment impossible : il y a donc prodige.Mais pourquoi donc Matthieu, comme les autres évangélistes, parlent de ce lac comme d’une mer ? (Il n’a que 13 kms de large sur 20 de long). Parce que dans la Bible, les masses d’eau sont toujours symbole du lieu des puissances de mort, qui veulent engloutir l’homme. Pensez aux eaux primordialessur lesquelles tournoie l’Esprit de Dieu qui sont néant, d’où Dieu va faire jaillir la terre; le déluge qui engloutit l’humanité arrivée à un point extrême de violence ; le Mer Rouge, obstacle levé par Dieu pour les hébreux, mais tombeau pour les chars de pharaon ; Jonas engloutit par le monstre marin, mais sauvé encore par Dieu, qui lui fait rendre sa proie ; sans compter tous les psaumes, qui évoquent la mer qui submerge l’homme dans sa détresse.
             Devant ce qu’ils voient, les disciples n’en croient pas leurs yeux, et ils paniquent devant ce qu’ils pensent être un fantôme, et ils poussent des cris ! Alors, Jésus leur parle : « Confiance ! Moi, Je suis ! N’ayez pas peur ! » Moi, Je suis ! C’est ainsi que Dieu révèle son identité à Moïse. Sur cette Parole, la foi de Pierre s’éveille et il lance un défi à Jésus : «  Si toi tu es, (autrement dit, si tu es Dieu) ordonne-moi de venir à toi » - « Viens ! » lui dit Jésus. Et Pierre fait confiance et marche sur les eaux (à il n’est pas dit sur la mer…car Pierre ne domine pas les puissances de mort). Mais, voyant le vent fort… Son regardn’est plus fixé sur Jésus : il perd confiance, il a peur,  il coule ! Un cri d’appel : « Seigneur, sauve-moi ! » Délicatesse de Jésus qui étend la main, le saisit avant de lui reprocher : « Oligopistè,homme de petite foi (comme les oligoéléments médicament de petite quantité que prescrit le médecin), pourquoi as-tu douté ? »
             Cet épisode de la vie des Apôtres les préparent au grand passage de Jésus sur l’autre rive : sa Passion, sa mort et sa Résurrection.  Leur foi sera malmenée : Pierre osera défendre Jésus à Gethsémani ; il s’engagera à le suivre jusqu’au bout au lavement des pieds ; mais devant la tournure dramatique des évènements, il Le reniera avant le chant du coq ; enfin, il retrouvera son Seigneur ressuscité sur le même rivage de cette mer.
    Il est bon pour nous d’évoquer ces scènes car nous sommes bien proches de ce que Pierre et les Apôtres ont vécu. Notre foi n’est jamais acquise : elle vit, se fortifie ou faiblit, traverse des turbulences, comme celle de Pierre, au gré des contrariétés, des épreuves, des obstacles, des rencontres, des événements et des questions qui surgissent sur le chemin de notre vie. Comme Pierre, tantôt nous nous lançons audacieusement vers Dieu, en pleine confiance, marchant sur les puissances de mort qui sont en nous ou autour de nous ; tantôt, nous prenons peur, parce que c’est plus fort que nous, et nous perdons de vue Jésus : nous oublions qu’Il est là, qu’Il est Dieu, qu’Il sauve (c’est son Nom !) ; nous ne prions plus ; nous ne nous raccrochons plus à ses paroles…nous coulons ! Et Il vient nous chercher, nous ressaisit  pour que nous nous en sortions et que nous vivions après cette épreuve. Notre foi devra traverser de nombreuses pâques pour que nous arrivions enfin avec Lui sur l’autre rive.
    En cette Eucharistie dominicale, nous pouvons prier pour ceux qui sont particulièrement éprouvés et, avec tous les frères et sœurs qui nous entourent, Lui redire notre foi en continuant à le suivre.     AMEN !
  • HOMELIE Dimanche de la TRANSFIGURATION du SEIGEUR - Mt 17,1-9 06 Août 2017



    HOMELIE  Dimanche de la TRANSFIGURATION du SEIGEUR - Mt 17,1-9
    06 Août 2017

    « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le…» Mt 17,5

    L’Evangile de ce Dimanche commence par : "En ce temps-là"… Ce n’est pas n’importe quel temps. Si l’on se rapporte au verset entier de l’Evangile, il est écrit : « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean… » Que s’est-il donc passé six jours avant ?
    Pierre a exprimé sa foi et Jésus l’a constitué chef de son Eglise. A l’annonce de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection, le même Pierre ne comprend pas et veut détourner le Christ de sa mission. C’est alors que Jésus emmène trois de ses disciples pour vivre un moment inoubliable. Il les conduit sur une montagne élevée pour y être mot à mot “métamorphosé” ; changé au-delà de l’aspect habituel que l’on connaît : lumière solaire, blancheur céleste.
    Deux personnages se donnent à voir : Moïse et Elie. Ils ne sont pas n’importe qui : Moïse à l’origine de la Torah, la Loi où s’exprime les volontés divines ; Elie, le grand prophète, serviteur zélé de la Torah. Tous les deux s’étant rendus sur la montagne élevée du Sinaï, l’Horeb. Tous les deux ayant disparu, l’un enlevé au ciel sur un char de feu, l’autre dont on n’a pas retrouvé la sépulture. Ils s’entretiennent avec Jésus dans une grande proximité avec Lui. 
    Pierre réagit, comme toujours ! Il est heureux et voudrait que ce moment inoubliable se prolonge. Il parlait encore qu’une nuée lumineuse les couvre de son ombre et une voix divine se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé …écoutez-Le ». Les disciples reconnaissent l’intervention de Dieu et se prosternent. Puis, ils se retrouvent avec Jésus, seul.
    En descendant de la montagne, Jésus leur recommande de « ne pas parler de cette vision avant que le Fils de l’Homme ressuscite d’entre les morts » Pourquoi ?
    Ils ne pourront comprendre qu’après l’épreuve de la Passion et de la mort et à la lumière de la Résurrection de Jésus. Mais alors, quel sens donner à cette Transfiguration ?
    Elle va faire comprendre une autre « métamorphose » de Jésus : celle-là, au bas du Mt des Oliviers, à Gethsémani, où il sera  défiguré par l’angoisse, due aux puissances du mal qui vont se déchaîner au moment de la Passion et qu’il vaincra par le don de sa vie.
    Ce récit de la Transfiguration insiste sur l’écoute de la Parole de Dieu. Où se trouve-t-elle pour nous aujourd’hui ? Dans les saintes Ecritures, écoutées et méditées en nos célébrations dominicales et aussi dans de nombreux groupes qui la partagent régulièrement. Cette Parole de Dieu est cautionnée par les deux témoins Moïse et Elie, représentant la Loi et les Prophète.
    C’est pourquoi le Concile Vatican II, dans la Constitution sur la Sainte Liturgie “Sacrosanctum Concilium” le 4 décembre 1963, (SL n°25 ; 35,1 ; 51), a introduit dans notre liturgie les textes de l’Ancien Testament qui annoncent et éclairent les Evangiles et nous les font proclamer sur un cycle de trois ans. Par la suite, le pape Benoît XVI dans son exhortation apostolique "La Parole du Seigneur", le 30 septembre 20110, l’a recommandé à plusieurs reprises. 
    La Transfiguration prépare les Apôtres à cette redoutable épreuve de la Passion et de la Mort de leur maître. Elle peut grandement nous révéler l’espérance tant nécessaire lorsque nous sommes affrontés nous-mêmes aux épreuves de nos vies qui peuvent ébranler notre foi, comme ce fut le cas pour les disciples. Préparation au Mystère de Pâque, du Mystère de notre Rédemption, la Transfiguration peut nous aider à méditer, à comprendre et accepter la démarche de Dieu qui s’abaisse jusqu’à la Croix afin que nous n’ayons pas peur d’en faire autant, avec Lui, jamais sans Lui.
    Le 14 septembre prochain, dans 40 jours, nous célébrerons la Croix Glorieuse : quarantaine qui peut nous aider à approfondir le mystère du Christ, à la fois glorieux et douloureux, qui, tous Fils de Dieu s’est rendu solidaire de nos vies jusqu’à leurs souffrances. Rendons-Lui grâce comme en toute  Eucharistie.

    AMEN !
  • HOMELIE 13ème Dimanche Ordinaire A – “Celui qui ne haïra pas son père ou sa mère…” -Mt 10,37-42



    HOMELIE 13ème  Dimanche Ordinaire A – Mt 10,37-42

    “Celui qui ne haïra pas son père ou sa mère…”

    Encore des paroles de Jésus qui peuvent nous paraître bien incompréhensibles :
    « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi… » Mt 10, 37.
                      Et tout particulièrement au moment où commencent les vacances estivales qui sont un temps privilégié pour que les familles se retrouvent, se recréent, comment comprendre ce passage d’Evangile ?
                      Cette parole porte sur l’amour filial et semble contredire le 4ème Commandement : « Honore ton père et ta mère, afin que se prolongent tes jours sur la terre que te donne Yahvé ton Dieu. (Ex 20, 12) ou encore : «Celui qui maudit son père ou sa mère, qu’il soit puni de mort. (Ex 21, 17)
                      Jésus les reprend à son compte en dénonçant l’hypocrisie des pharisiens : « Mais vous, vous dites: Quiconque dira à son père ou à sa mère: "Les biens dont j'aurais pu t'assister, je les consacre", celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. Hypocrites ! » (Mt 15, 5-7).

             Reprenons la parole de Jésus : « Celui qui aime son père…. »
                       Dans ce verset, le mot “aimer”, que l’Evangile utilise, est le mot grec philein, qui n’est pas celui qui, dans les synoptiques, désigne l’amour de Dieu et du prochain : agapân. Il a même chez Matthieu un sens péjoratif : on pourrait le traduire par « affectionne ». Ainsi, Jésus dit : « Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites: ils aiment, (ils affectionnent) pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie » (Mt 6,5) ou encore : « [Les scribes et les pharisiens] affectionnent  à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques et à s'entendre appeler Rabbi par les gens ». (Mt 23,6-7).                  
                      Jésus veut faire comprendre à ses disciples que les liens familiaux, certes légitimes, peuvent devenir des obstacles sur le chemin de ceux qui veulent suivre Jésus, en particulier dans les situations fusionnelles entre un père, une mère et son enfant. Et Dieu sait si en Orient et dans le bassin méditerranéen, ces situations sont encore bien ancrées dans la réalité des vies familiales. Les disciples eux-mêmes n’ont-ils pas quitté leur père (et leur filets…) pour suivre Jésus ? Il en a été ainsi, pour bien des saints, par exemple, pour St François d’Assise, Ste Claire.
                       Il s’agit donc de faire un choix nécessaire : les proches et la famille peuvent être ou une aide ou un obstacle : « Nul n’est prophète en son pays ! » et Jésus l’annonce clairement, sans remettre en cause l’amour filial, fondement des liens entre générations. L’amour de Dieu ne peut qu’élever l’amour filial en lui apportant toute sa force purificatrice, puisqu’à l’exemple du Christ, il peut aller jusqu’au don de sa vie. L’amour de Jésus pour Marie, sa mère, n’en est-il pas la meilleure illustration ?    
                       Prenons donc ce temps estival pour, par l’attention, l’écoute, le service et le bon temps à partager ensemble, renforcer les liens d’affection et d’amour avec ceux que nous côtoyons tout au long de l’année, enfants et parents ; épouses  et époux ; petits-enfants et grands parents: nous rendrons gloire ainsi au Seigneur et ferons grandir les petites cellules d’Eglise que sont nos familles. Que nous soyons deux ou trois ou une ribambelle, c’est sans doute en pensant à tous les couples et à toutes les familles que le Seigneur a dit un jour à ses disciples : “De même, je vous le dis en vérité, si deux d'entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux." (Mt 18, 19-20).
    AMEN !