Homélies de Bertrand Révillion, diacre

Revillion-BertrandLe diacre Bertrand Révillion maintient un blog, sur lequel il publie ses homélies.

Vous trouverez les 10 dernières homélies publiées.

 

 

 

 

  • JEAN D'ORMESSON : "J'ESPÈRE TELLEMENT QU'IL EXISTE !"



    Nous avions lié une relation amicale et confiante. J’aimais aller chez lui où nous ne parlions pratiquement à chaque fois que de Dieu ! Jean d’Ormesson se définissait comme un “agnostique catholique”, manière pudique de dire qu’il se tenait sur le bord du mystère, réfractaire à toute certitude spirituelle. En tremblant, je lui avait adressé mon roman “Dieu n’y peut rien - Tempête en Chartreuse” (cerf) et de sa belle écriture, il m’avait encouragé. C’était un grand homme, pétillant, drôle, libre et mystique. Comme tant de ses amis, je suis triste de le voir partir. Peut-être “sait-il” enfin si Dieu existe ?


    Voici le dernier entretien que nous avons réalisé ensemble, dans son jardin... C’était en novembre 2014 pour la revue “Prier”.


    -       Bertrand Révillion : Vous vous êtes souvent présenté, Jean d’Ormesson, de manière un peu paradoxale, comme un « catholique agnostique ». A la lecture de votre dernier livre, « Comme un chant d’espérance », j’ai l’impression que votre doute à l’égard de l’existence de Dieu a sensiblement fondu !

    -       Jean d’Ormesson : Le christianisme m’émerveille. Cette idée selon laquelle Dieu se fait homme est tellement grande, époustouflante, unique que l’homme n’a pas pu la trouver tout seul ! Il faut être Dieu pour imaginer l’incarnation, un Dieu qui vient vivre, respirer, aimer, souffrir au cœur de nos faiblesses humaines. Je suis donc, si je puis dire, irrémédiablement catholique ! Et je sais que je mourrai catholique. Quant au doute que vous évoquez, je crains qu’il ne me taraude encore un bon moment !

    -       Expliquez-moi…

    -       Nos mots ne peuvent pas dire grand chose de Dieu. Notre langage ne peut pas l’enfermer dans une définition. Il est toujours « autre chose » que tout ce que nous pouvons connaître. Nous sommes plongés dans l’espace et le temps, il est dans l’Éternité. Impossible aux hommes de se faire la moindre idée  du néant, de l’infini et de Dieu. Autrement dit, je peux espérer que Dieu existe mais je ne peux pas le savoir. La foi échappe à toute certitude. Toute « preuve » de l’existence de Dieu est illusoire. Alors, il nous faut choisir entre le néant travaillé par le hasard et Dieu. Et s’il faut parier, je choisis Dieu.

    -       Sans savoir s’il existe vraiment…

    -       Je ne peux par vous dire que je sais que Dieu existe. Je peux à peine vous dire que je crois qu’il existe. Ou alors, il faut bien entendre le mot croireavec toute l’incertitude qu’il contient. Croire, ce n’est pas savoir, un croyant n’est pas un savant. Être croyant, c’est accepter une marge d’incertitude. Même Mère Teresa, à la fin de sa vie, n’osait plus trop affirmer sa foi, plongée qu’elle était alors dans le doute. Peut-être suis-je aujourd’hui moins dans le doute, mais je n’en sais pas davantage. La foi est la forme de mon espérance !

    -       Ce Dieu que vous « choisissez », il est créateur ?

    -       Je n’arrive pas à imaginer que notre monde, que la vie, que l’univers soient le fruit du hasard et de la nécessité. Alors, oui, je crois en un Dieu créateur. C’est une croyance, pas un savoir. Comment Dieu est-il créateur ? A quel « moment » intervient-il ? Je n’en sais absolument rien ! Nous ne pouvons rien savoir de ce qui « est » - ou « n’est pas » -  avant le Big bang ni de ce qui « est » - ou « n’est pas » - après notre mort. Est-ce le néant ? Est-ce l’éternité ? C’est comme si nous étions confrontés à deux murs infranchissables. Comme je l’écris dans mon livre, « si l’univers est le fruit du hasard, si nous ne sommes rien d’autre qu’un assemblage à la va-comme-je-te-pousse de particules périssables, nous n’avons pas la moindre chance d’espérer quoi que ce soit après la mort inéluctable. » C’est le choix que font nombre de nos contemporains. Un choix qui tente d’assumer courageusement l’absurde. Moi, je crois – où plutôt j’espère – que Dieu est à l’origine de l’univers. Entre l’absurde et le mystère, je choisis le mystère. Je crois qu’il y a, à l’origine, un esprit, une volonté, un « plan ». Aristote aurait évoqué une « cause première ». Je vois trois moments majeurs dans la création : le big bangoriginel, l’apparition de la vie, puis celle de la pensée. La création est une histoire fantastique.

    -       Qu’est-ce qui vous fait pencher vers cette… hypothèsed’un Dieu créateur ?

    -       Sans doute mon tempérament, mon goût du bonheur, aussi ma crainte farouche du désespoir. Mais la raison fondamentale est que je n’arrive tout simplement pas à imaginer que l’univers soit le fruit du hasard. Impossible ! J’ai un grand respect pour celles et ceux qui se disent athées. Mais l’athéisme me semble une position intenable, insensée. « L’insensé dit en son cœur : il n’y a point de Dieu » chante le psaume 14. De même que nous ne pouvons pas dire, de manière quasi scientifique, qu’il y a un Dieu, de même nous ne pouvons pas affirmer qu’il n’y a pas de Dieu. Nous n’en savons strictement rien ! Vous connaissez cette blague d’un rabbin : « Ce qu’il y a de plus important, c’est Dieu : qu’il existe, ou qu’il n’existe pas » !

    -       Donc, de ce Dieu, vous ne pouvez rien dire ?

    -       Le seul qui puisse me dire, nous dire, quelque chose de Dieu, c’est Jésus. Lui seul sait, lui seul est le chemin que nous pouvons emprunter, la porte que nous pouvons franchir pour nous approcher de Dieu. Et que nous dit-il ? Deux points essentiels : Dieu est amour et Dieu à besoin de l’homme pour aimer.

    -       Qu’avez reçu du catholicisme de votre famille ?

    -       Ma mère était très croyante, pieuse, catholique romaine. Mon père, issu d’une famille marquée par le Jansénisme et la Philosophie des Lumières était sans doute un peu plus à distance, bien que pratiquant. Un jour, alors que j’étais encore enfant, je l’ai entendu prononcer cette phrase très étrange dans le milieu qui était le nôtre : « Est-ce que Dieu existe ? Personne n’en sait rien » ! Je crois être resté l’héritier de cette forme de doute, à mes yeux plutôt fécond…

    -       Vous écrivez : « Je crois en Dieu parce que le jour se lève tous les matins… »

    -       … et parce que je me fais une idée de Dieu dont je me demande d’où elle pourrait bien venir s’il n’y avait pas de Dieu !

    -       Ce Dieu, vous en parlez beaucoup dans vos livres…

    -       C’est la seule question vraiment importante ! Il n’y en pas d’autre…

    -       Mais, Jean d’Ormesson, Lui parlez-vous ?

    -       Au cours de ma vie, j’ai eu le sentiment, peut-être à tord, qu’Il me parlait assez peu. Mais je ne lui en ai jamais voulu de ce silence. Sans doute n’ai-je pas su, malgré mes efforts, tendre suffisamment l’oreille.

    -       Ce n’était pas tout à fait ma question !

    -       Est-ce que je Lui parle ? Vous me posez la redoutable question de la prière. Est-ce que je prie ? Oui. Peut-être, à certaines heures, le travail de création littéraire peut-il s’assimiler à une forme de prière. J’écris beaucoup « sur » Lui, ou plus exactement « à cause de Lui ».  Parfois, une fraction de seconde, je me dis : « j’ai enfin compris », puis le brouillard retombe. J’espère de tout mon cœur et de toute mon âme que Dieu existe. C’est peut-être ma manière de prier. J’ai adressé mon livre à un dominicain que m’avait signalé une amie, avec cette demande, à la fin de la dédicace : « Priez pour moi ». Ce dominicain m’a répondu par une lettre admirable. Et il a ajouté ces mots : « Vos livres sont une prière ».

    -       Vous citez souvent la fameuse question du philosophe Leibniz : « Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ? »…

    -       C’est une question abyssale. Pourquoi notre univers est-il sorti du néant ? Et d’abord, sommes-nous certains qu’il s’agissait d’un « néant » ? Y avait-il « quelque chose » avant le Big bang, il y a plus ou moins quatorze milliards d’années ? A partir d’une tête d’épingle infiniment plus petite qu’un grain de sable, par une explosion d’une température et d’une densité inimaginable, l’espace est sortit du néant pour entrer dans une phase d’expansion qui continue encore aujourd’hui. Avec l’espace, c’est le temps qui apparaît. Alors naissent les galaxies, les étoiles, la terre. Puis, hautement improbable, apparaît la vie. Et avec elle l’amour, la pensée, l’art, Bach, Chateaubriand, les Confessions de saint Augustin… Comment affirmer que tout cela n’est que le fruit hasardeux d’une gigantesque partie de dès ? « Dieu ne joue pas aux dès », disait Einstein.

    -       Que répondez-vous à la question de Leibniz ?

    -       Eh bien, en balbutiant devant cet insondable mystère, je suis porté à croire qu’il n’y a qu’une seule réponse possible. S’il y a effectivement « quelque chose, plutôt que rien », c’est parce que Dieu a distingué le tout du rien. Sa création consiste à tirer le monde et la vie du néant infini et de l’éternité du rien !

    -       Création où Il reste mystérieusement présent ?

    -       C’est là que surgit cette fantastique révolution du christianisme. Dieu se fait homme, il envoie son fils rejoindre notre humanité et annonce un Dieu d’amour. C’est incroyable, fabuleux cette idée de l’incarnation ! Un Dieu qui nait d’une femme, qui vit la vie d’un homme, qui traverse la souffrance et la mort comme tout homme. Il faut être Dieu pour oser une telle idée ! Par le Christ, nous pouvons enfin approcher un peu l’identité de Dieu : il est l’amour. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Et encore « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; soif, et vous m’avez donné à boire… » Voici que le royaume de Dieu est au milieu de nous. Voici le chemin qui nous est indiqué par le Fils de l’homme : la seule façon d’aimer Dieu est de servir les hommes. Dieu se fait homme pour que l’homme tente de se hisser à hauteur du divin. L’incarnation divinise l’humanité. S’il nous est impossible de connaître Dieu, ni de l’imaginer, ni de le concevoir, nous pouvons nous en faire une petite idée à travers  l’homme, grâce au visage de l’homme, grâce à l’amour de l’homme. S je suis catholique, c’est parce que, au cœur de la foi chrétienne, est inscrit cette vérité : Dieu est amour.

    -       Vous écrivez encore : « Je suis de ceux qui croient qu’il est très beau mais très difficile et assez désespéré d’aimer les hommes sans aimer Dieu. »

    -       Croire en Dieu, c’est croire qu’il y a quelque chose au-dessus de nous qui nous pousse à aimer les hommes au lieu de les détester.

    -       Parce qu’au travers le visage de l’homme, c’est celui de Dieu qui se dessine ?

    -       Oui. J’ai été malade. J’ai eu à affronter la souffrance. J’ai vu des médecins extraordinaires se lever la nuit, ne pas compter leurs heures, tenter patiemment d’apaiser la douleur, se trouver impuissant face à la mort inéluctable. Parmi eux, certains m’ont confié leur athéisme, leur certitude que Dieu n’existe pas, qu’il faut, vaille que vaille, se débrouiller chaque jour face à l’absurdité de l’existence. Je les admire. Je ne sais pas comment ils font.

    -       Croire apaise-t-il d’une quelconque façon la souffrance ?

    -       Non. La douleur est sans aucun doute aussi vive chez le malade croyant et chez le patient athée. Le mal et la souffrance ont-ils un sens ? Cette question n’en finit pas de nous tourmenter.  Si sens il y a, il nous échappe totalement. Dieu seul sait.

    -       La mort du Christ en croix…

    -       Une folie absolue. Le Fils de l’homme vient totalement rejoindre notre humanité dans sa fragilité. Lorsque nous naissons, nous entrons dans le temps, ce qui signifie que déjà nous nous approchons de la mort. Le Christ partage avec nous cette finitude. Il se dépouille de sa toute puissance, et balaie ainsi toutes les fausses idées que nous nous faisons de Dieu. Le message de Jésus est sublime.

    -       Sa Résurrection…

    -       Je l’espère mais je n’en sais rien. Je reste souvent au bord du tombeau du Vendredi saint. La « certitude » du matin de Pâques m’échappe la plupart du temps...

    -       Qu’est-ce qui demeure noué…

    -       J’ai un peu de difficulté avec la Résurrection de la chair. J’avoue ne pas y comprendre grand chose même si je pense que, mystérieusement, une part de nous-même, de notre être demeure après la mort. La grande question n’est pas de savoir si l’éternité existe. Hors de l’espace et du temps, il y a forcément une forme d’éternité. Ce qui est compliqué, c’est de savoir si cette éternité est vide, emplit du seul néant, ou si au contraire, elle est « habitée » par ce Dieu infiniment aimant dont j’espère tant qu’il existe.

    -       Interrogé sur ce qui se passe après la mort, le philosophe Paul Ricoeur écrit : « Rien ne m’est du. Je n’attends rien pour moi, je ne demande rien. J’ai renoncé – j’essaye de renoncer –  à réclamer, à revendiquer. Je dis : Dieu, tu feras ce que tu veux de moi. Peut-être rien. J’accepte de n’être plus… »

    -       C’est magnifique. Je m’y retrouve assez bien. Un autre philosophe, Vladimir Jankélévitch disait ceci : « Vivre est éphémère. Mais le fait d’avoir vécu cette vie est un fait éternel. » Pour le dire autrement  avec saint Paul, « l’amour ne passera jamais ». L’amour, que nous avons donné et reçu, l’Éternité en garde mémoire pour toujours. « S’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre retentissant, qu’une cymbale qui résonne… »

    -       Cette foi chrétienne…


    -       … je la cherche, plus que je ne la possède. Je crois que je la cherche depuis toujours. Incapable d’être athée, je me range plutôt dans la catégorie des croyants mais je crains être encore cet « agnostique catholique » un peu bizarre que vous évoquiez à l’orée de notre conversation. Il faudra bien que je règle ce problème avant de mourir. Cela commence à devenir urgent ! Je préfère, au mot « foi », celui d’espérance. J’ai une irrépressible espérance que Dieu existe et qu’il nous aime. Je vais vous avouer quelque chose : en fait, je pense à Dieu sans cesse ! Vous connaissez l’histoire de cette religieuse, très croyante, fervente et engagée corps et âme. On lui demande quelle serait sa réaction, si, après sa mort, elle découvre que Dieu n’existe pas. La sœur réfléchit un court instant puis lance : « Eh bien, je Lui dirai qu’Il a tord ! Et que je l’aime quand même…»



  • "DÉSOLÉ : C'EST COMPLET !"

    Méditation pour 1er Dimanche de l’Avent B – 3 décembre 2017




    L’évangile de ce 1er dimanche de l’Avent nous invite à la veille, à la vigilance…

    Nous sommes appelés, dans cette marche vers Noël qui s’ouvre devant nos pas, à sortir vigoureusement de notre torpeur.  

    Tant de préoccupations, de soucis, de prétendues priorités, de « divertissements » (au sens ou Pascal utilisait ce mot, pour évoquer notre fuite devant les questions essentielles), contribuent - dans nos existences qui courent si souvent à la surface d’elles-mêmes -  à cet endormissement de l’âme qui nous guette.

    « Il y a en nous quelqu’un d’à moitié étouffé qui a absolument besoin de se mettre à l’aise » disait magnifiquement Paul Claudel.

    Si nous voulons accueillir l’hôte intérieur, l’enfant de la sainte promesse, il nous faut nous réveiller pour mener en nous cet ardent travail spirituel de désencombrement ; faire « place nette » afin que le Christ, quand il viendra, ne trouve pas punaisé sur la porte de l’auberge de notre cœur un vilain écriteau indiquant : « complet » !

    Car c’est un peu notre rêve : être « complet », sans manque ni béance, sans désir non satisfait qui nous taraude, être « autosuffisant », trouver par nous-même et en nous-mêmes nos propres raisons de vivre, ne compter que sur nous-même, prétendre tenir debout seul dans l’existence quelques soient les événements et les avis de tempêtes. « Besoin de personne ! » « Ni Dieu, ni maître ! »
    Rêve ô combien chimérique !

    Entrer en Avent, c’est d’abord nous rappeler que nous n’y arriverons pas seuls, que nos vies ont besoin d’être relevées, guidées, épaulées, sauvées par un Autre.

    Entrer en Avent, c’est faire aveu de faiblesse et de fragilité, reconnaître notre cécité, et, comme Jacob dans son combat avec l’Ange, l’inévitable claudication de nos vies.

    Car, à quoi bon entrer en Avent si ce n’est pas pour attendre un Sauveur ?

    Celui qui, comme le dit la nouvelle formulation du Notre Père, ne nous laissera pas « entrer en tentation ».

    Cette tentation à laquelle le « diviseur » (c’est le sens étymologique du mot « diable » - « diabolos » en grec) essaie de faire succomber Jésus dans le désert : celle de la toute-puissance qui donne l’illusion d’avoir tous les pouvoirs, de se croire capable de combler par soi-même ses propres faims, de guérir par soi-même ses propres blessures, d’accéder seul, tel l’égal d’un dieu prométhéen, au sens et à la vérité…

    L’Église a raison de modifier cette traduction du Notre Père (que nous inaugurons ce week-end)  qui pouvait laisser penser que c’est Dieu lui-même qui nous soumettrait à la tentation.
    Comment, en effet, un Dieu d’amour pourrait-il – prétendument pour notre bien –  nous tendre un piège, mettre devant nous une occasion de chute ?
    Dieu n’est pas un tentateur, ou alors c’est un Dieu pervers !

    Lorsque l’évangile nous raconte les quarante jours  de Jésus au désert, c’est bien le diable qui tente le Christ ; pas Dieu !
    Comme l’écrit saint Jacques : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : "Ma tentation vient de Dieu", Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne » (Jc 1, 13)

    Lorsque cette nouvelle traduction vient rectifier celle – mal comprise – en vigueur depuis 1966, c’est une toute autre pédagogie qui est mise en lumière.
    Non plus : « Ne nous soumets pas à la tentation » ;
    mais désormais : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

    Autrement dit, retiens-nous, Seigneur, lorsque nous sommes tentés de franchir la porte qui ouvre sur le gouffre de l’absurde, freine notre élan lorsque nous risquons de ne plus croire en Toi, lorsque notre quête de Toi s’essouffle dans les raides escaliers de nos vies bouleversées, lorsque nous commençons à douter de ta venue, lorsque l’auberge de notre âme prétend afficher « complet », incapable d’entendre les appels de l’espérance qui frappe à la porte et patiente, encore et encore, sur le seuil de nos vies afin de venir naître en nous…

    Oui, entrer en Avent, c’est commencer par se batte contre cette lourde porte que nous sommes tentés de verrouiller de l’intérieur pour empêcher le Christ de venir respirer en nous et nous donner son propre Souffle.

    Il nous faut la débloquer, cette porte. Et nous n’y arriverons pas seuls !

    Laissons le Père – notre Père – nous aider à donner le vigoureux coup d’épaule et de rabot qui nous manque pour libérer l’accès à la venue de son Fils en nous, « sur la terre comme au ciel », dans l’ombre et la lumière, la pesanteur et la grâce.

    Oui, en cette marche de l’Avent, demandons au Père de nous préparer à la venue de son Fils, travaillons dans le quotidien de nos jours, en couple, en famille, dans nos engagements sociaux et professionnels, au cœur des urgences auxquelles nous appelle la solidarité avec les plus pauvres,  à ce que Son « nom soit sanctifié », à ce que Son « règne vienne », à ce que Sa « volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

    Laissons-Le restaurer nos forces en nous donnant « notre pain de ce jour », en pardonnant « nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », en veillant, comme un père tendre et vigilant, à ce que nous n’entrions pas « en tentation », celle qui consisterait à prétendre pouvoir nous passer de son aide et de sa lumière ; à croire à un « salut sans sauveur » ! Oui, laissons-le, sur ce sentier de l’Avent, nous délivrer « du mal », c’est à dire de tout ce qui nous divise, nous tiraille et nous empêche de faire l’unité en nous « par Lui, avec Lui et en Lui ».

    Contemplons-le, ce père qu’Isaïe nous présente assis à son tour de potier sur lequel il pose la glèbe revêche de nos vies qu’il va, de ses mains douces et fermes, travailler, malaxer, pétrir pour en faire cette argile souple et docile avec laquelle il façonne déjà le vase sacré, la crèche de sa divine Présence…

    © Bertrand Révillion


  • NE SOYEZ INQUIETS DE RIEN



    DIMANCHE 8 OCTOBRE 2017 - 27ème Dimanche T.O. A

    Une fois encore,  nous voici placés par l’Évangile, au cœur des vignes.
    C’est la saison !

    Il y a deux semaines, je célébrais un joyeux mariage en Bourgogne, entre Meursault et Pommard.
    Le vin y fut, sans doute, presque aussi bon que celui de Cana !

    J’ai expliqué aux futurs mariés que, dans la Bible, la vigne est souvent un symbole fort.

    Il y a les sarments sur qui il faut veiller, qu’il faut entourer de mille attentions afin qu’ils donnent le meilleur.
    Il y a les raisins qui réjouissent les yeux et le palais et qui, amoureusement travaillés, donnent du bon vin. Parfois de très grands crus !

    La vigne, dans la Bible, désigne le plus souvent le Royaume de Dieu qui nous est confié…

    Dans les lectures que nous venons d’entendre, cette vigne perd soudain de sa clarté.
    Ses collines sont dévastées, comme après une méchante grêle, ou comme engluées dans une stratégie haineuse de captation d’héritage !

    Dans le texte d’Isaïe, elle ne donne pas de fruit et suscite la désolation du propriétaire.

    De façon allégorique, le prophète Isaïe désigne du doigt les mauvais vignerons qui ne sont autres, à ses yeux, que les chefs des prêtres et les pharisiens qui n’ont pas su veiller sur la vigne d’Israël, qui ont trahi la pureté du message, celui de la Genèse, de l’Exode, des prophètes et se sont installés, bien à l’abri, dans le confort de leur sinécure cléricale !

    Dans l’Évangile, la vigne représente le Royaume confié par le Père à un peuple qui, lui aussi, dévoie la Bonne nouvelle, refuse la conversion du cœur, et va jusqu’à tuer le propre Fils du propriétaire…

    D’un côté comme de l’autre, la vigne de la vie est donnée, offerte, proposée et l’homme rejette, piétine, bafoue ce don.
    Par peur, appât du gain, volonté de puissance, désir d’être à soi-même son propre vigneron !

    Peut-être que ces histoires de vignes transformées en champ de bataille ressemblent parfois un peu à nos propres vies ?

    Comme les piètres vignerons de l’Évangile, nous voudrions être les seuls propriétaires de nos existences, régner en Maître sur la vigne de nos vies…
    Des vies auxquelles nous voudrions épargner la grêle, la taille à la fois douloureuse et amoureuse de ce qui nous encombre, la sécheresse, la maladie, le « mildiou » du corps et  l’âme, le « pressoir » de la Croix…

    Nous nous rêvons en vignerons tout puissants et auto suffisants.
    « Besoin de personne ! » dit la chanson…
    Et surtout pas d’un « sauveur » qui viendrait entretenir, tailler, redresser, nos propres sarments rétifs…

    Or, ce que nous propose le Christ, c’est justement un dessaisissement, un « lâcher prise ».

    Il nous offre de lui confier la vigne de notre propre existence, de le laisser prendre soin des fruits de nos vies, vigneron aimant et attentif face à toutes les fragilités qui nous guettent.

    Pour laisser le maître de notre vigne préparer avec soin la vendange, saint Paul, dans son épître aux Philippiens, nous donne un précieux conseil :

    « Ne soyez inquiets de rien,
    mais, en toute circonstance,
    priez et suppliez,
    tout en rendant grâce,
    pour faire connaître à Dieu votre demande.
    Et la paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir,
    gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. »

    Je vous invite à méditer ces mots de feu de saint Paul. Tout y est dit !

    Et d’abord cette profonde vérité : tout passe d’abord par la prière. Ce lent et fécond dessaisissement, cette remise de la vigne de nos vies entre les mains du Divin Vigneron ne sont possibles que si nous confions nos existences au pressoir de la prière.

    Une prière qui, patiemment, nous extirpera de cette mauvaise inquiétude qui si souvent nous ronge.

    Une prière qui ne craindra pas de « faire connaître à Dieu notre demande ». Voir de « supplier le ciel ».

    Une prière qui n’oubliera pas, malgré toutes les blessures qui nous assaillent, de « rendre grâce » pour la vie qui, malgré tout, est là.

    Une prière qui, pas à pas, nous permettra d’accéder à cette « paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir ».

    En nous parlant ainsi de la prière, saint Paul n’ignore rien du « dur métier de vivre ».
    Il ne confond pas la prière avec un édredon, un  épais coton de chloroforme ou une sorte d’anesthésie générale qui nous dispenserait d’avoir à affronter les coups de butoir inévitables de la vie.

    Pour lui, prier, ce n’est pas fuir le monde, c’est au contraire se donner les moyens de mieux le rejoindre.

    Et ne faisons pas l’erreur des mauvais vignerons qui veulent tout contrôler et tout diriger : dans la prière, le principal « acteur » ce n’est pas nous !

    Prier, ce n’est pas « faire » des prières, c’est « se laisser faire » !

    Nous avons juste à confier au Christ Vigneron le cœur de notre vigne intérieure.

    Et lui saura en nous, souvent sans nous, parfois avec nous, rejoindre, à travers nous, son Père.

    Alors, peut-être que nous sera donner de gouter quelques instants au vin de cette « paix qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir »évoquée par saint Paul.

    Nous pourrons alors faire nôtres ces paroles du psaume, magnifiquement reprises dans un célèbre chant de Taizé :
    « Mon âme se repose, en paix sur Dieu seul. De lui, vient mon salut ».



  • VENEZ À MA SUITE...

    Dimanche 22 janvier 2017 - Troisième Dimanche Temps Ordinaire – Année A

    L’Évangile de ce dimanche nous relate les tous débuts de la vie publique de Jésus et de sa prédication.

    Nous assistons à un dramatique passage de témoin, entre Jean le Baptiste, dernier grand prophète du Premier Testament et Jésus.
    Nous sommes vraiment à la charnière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

    Jean vient d’être arrêté et va mourir en martyr et Jésus, qui a reçu de ses mains le baptême dans l’eau du Jourdain, prend le relais.

    Pour Jean, c’est le temps de l’effacement.
    Pour Jésus, celui de l’éclosion.

    Jean annonçait la grande promesse de la venue d’un messie, d’un sauveur.
    Jésus vient accomplir cette promesse.

    Comment se lance-t-il dans sa mission ?
    Notre texte nous donne de précieuses indications :

    Tout d’abord, ce départ, cette mise en route de Jésus, se situe à Capharnaüm, ville-carrefour de Galilée, située au bord du lac de Tibériade, ville où cohabitent des populations aux origines mêlées, ville qu’on appelait alors le « carrefour des Nations ».

    Comme souvent dans la Bible, le lieu indiqué n’est pas simplement géographique mais symbolique.

    Ainsi, la Bonne Nouvelle, s’offre, dès le début de la prédication de Jésus, à toutes et à tous, pas  d’abord aux plus proches, aux plus « pratiquants », aux meilleurs « observants », mais d’emblée également aux « lointains », aux mal croyants, aux différents, aux « pas comme il faut » !

    Cette « grande lumière » annoncée à Noël est pour tous, pas uniquement réservée aux juifs pieux, aux « bons paroissiens » et aux pratiquants réguliers ! Dès l’origine, la parole de Jésus est placée sous le signe de l’ouverture, de la sortie, du déplacement. Jésus n’attend pas qu’on vienne à Lui ; c’est lui qui va vers l’autre, tout autre, quelque soit son histoire, ses origines, son « degré » de foi, sa « confession », sa « conformité » au dogme et à la bonne morale…

    Jésus n’invite pas à se replier dans un sanctuaire, entre « purs », bien à l’abri derrière leur muraille face à un monde prétendument décadent ; il regarde le monde (avec ses ombres et ses lumières, ses grandeurs et ses faiblesses) comme le seul « sanctuaire » pouvant accueillir sa divine Présence.
    Désormais, c’est le cœur de tout homme qui est le « tabernacle » de sa présence.

    Sa question – qui est la nôtre aujourd’hui – n’est pas tant de savoir qui vient encore dans nos églises ; mais vers qui va l’Église ?

    L’autre indication que nous livre notre texte d’Évangile est que, dès l’origine, le Christ ne se lance pas seul dans sa mission.

    Il refuse le rôle du sauveur tout puissant et omnipotent. Dès le départ, il indique que sa mission ne pourra pas s’accomplir sans l’aide des hommes. Et il n’appelle pas des surhommes, mais des gens ordinaires, simples,  limités, tissés, comme vous et moi, de pesanteur et de grâce.

    Jésus remet le trésor de l’évangélisation au creux de nos mains tremblantes et rugueuses ; il fait porter l’annonce de la Bonne Nouvelle sur nos épaules fragiles ; il fait alliance avec l’humanité concrète et souvent blessée pour annoncer au monde l’espérance… D’emblée, l’annonce de l’Évangile suppose une démarche collective, communautaire et fraternelle.

    Comme si le message des Béatitudes (que nous entendrons dimanche prochain) ne pouvait résonner et donner sa fécondité que dans la mesure où il est annoncé à plusieurs…

    En contemplant cette scène où Jésus appelle par son prénom chacun de ses disciples, laissons résonner en notre cœur plusieurs questions :

    -       Que faire contre cette surdité qui si souvent s’empare de nous et nous empêche d’entendre le Christ nous appeler chacune et chacun par notre prénom ? Comment désensabler l’oreille de notre cœur ?

    -       Comment répondre concrètement, dans la vie qui est la nôtre, à cet appel de Jésus, à nous mettre en route, à quitter nos habitudes, nos certitudes, le confort de nos communautés pour aller, avec lui, à la rencontre des « Nations », ces « lointains » si proches, qui campent à nos portes, et  que nous ne voyons pas, ou que nous ne voulons pas voir ?

    L’Évangile précise que les disciples « laissent leurs filets » pour le suivre. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ?
    Nous n’avons pas nécessairement à quitter notre propre vie pour « laisser tout ».
    Nous sommes sans doute même d’abord appelé à entendre cet appel à « tout laisser » au cœur de l’existence qui est la nôtre, au cœur de nos engagements familiaux, professionnels et autres.

    Oser laisser sur la berge de notre propre vie ces « filets », ces peurs, ces fausses sécurités qui nous entravent et nous empêchent si souvent d’aimer large.

    L’appel, la « vocation » (qui n’est pas réservée aux moines et aux consacrés !) devrait attiser en nous le désir de nous « déplacer » même si, apparemment, nous restons immobile dans la vie qui est la nôtre. Changer de vision du monde, opter pour une autre échelle de valeur devant ce que nous appelons notre « réussite ». Un déplacement intérieure, une mise en route, un décentrement qui mettra toujours davantage le Christ au centre de nos jours.

    Un déplacement social aussi, et solidaire. Devenir « pêcheur d’hommes », à la suite du Christ, c’est sortir de soi pour porter secours à toutes celles et tous ceux qui se noient dans les flots tempétueux de l’indifférence et des égoïsmes.

    Car, à quoi bon aller nous agenouiller devant le tabernacle, si, du même mouvement, nous refusons de nous agenouiller devant le frère qui souffre à nos portes ?

    « Dieu n’a que nos mains et que notre cœur pour aimer ce monde et le transformer » disait Sœur Emmanuelle !





  • MÉDITATION POUR LE SOIR DE NOËL

    24 décembre 2016 Année A

    C’est une jolie crèche peuplée de jolis santons de Provence, délicatement peints à la main.
    Une jolie crèche qu’on se transmet de génération en génération…

    Rien ne manque. Il y a le bœuf et l’âne, les moutons, la paille, la mangeoire drapée de foin, et là-haut dans son ciel, l’étoile tremblotante qui, comme un phare, veille.

    Ils sont tous là les santons : les petits, les grands, les neufs, les craquelés, les rafistolés; tous modelés dans cette chaude terre rouge provençale. Ils s’approchent, dans la nuit noire de décembre, aimantés par les premiers sourires de ce mystérieux nouveau-né.

    Il y a Joseph qui s’agite et s’inquiète pour sa femme et le petit qui, tous deux, risquent de prendre froid.

    Il grogne dans sa barbe Joseph contre ce fichu aubergiste qui n’a pas voulu les laisser entrer, et leur trouver une petite place au chaud.
    Il s’est méfié l’aubergiste : qui était donc ces réfugiés ? D’où venaient-ils ? Avaient-ils seulement des papiers en règle ? Partageaient-ils la même religion ?  Et si la police débarquait, ne serait-il pas  lui-même jugé complice de leur avoir accordé le droit d’asile ? Alors, confondant prudence et trouille, il a fermé sa porte, l’aubergiste. A l’heure qu’il est, il regarde « Plus belle la vie », à la télé, ou il dort déjà, sous la couette duveteuse de son indifférence, bien au chaud. Peinard l’aubergiste !

    Il y a les bergers un peu en retrait, hirsutes dans leurs grandes capes noires qui ne sentent pas vraiment la rose. On ne les aime pas beaucoup, les bergers. Ils ont mauvaise réputation, un peu voleurs, un peu picoleurs, un peu louches. Des marginaux sans domicile fixe. Les braves gens - qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux -  s’en méfient. Mais Joseph leur sourit. Alors ils osent timidement s’approcher.
    Qui aurait dit que les premiers  visiteurs en cette sainte nuit de la Nativité ce seraient eux, les déclassés, les refoulés, les bafoués ? 

    Près de la porte de la grange, il y a cet homme courbé, la cinquantaine, qui roule sa casquette dans ses mains et qui rase un peu les murs, gêné : depuis 3 ans qu’il pointe à « Pole Emploi », il a les poches vides : même pas de quoi acheter un cadeau au petit. C’est au tour de Marie de lui sourire, alors il s’enhardit et vient s’agenouiller, près d’elle et de l’enfant.
    Comme eux, sur la paille !

    Il y a cette jeune femme qui sort de l’hôpital, la tête enturbannée dans un foulard. Elle regarde, émue et attendrie, Marie donner le sein au petit.

    Il y a le grand-père blagueur et, perché sur ses épaules, son petit-fils qui se mare en lui chatouillant les oreilles.

    Il y a le jeune couple d’amoureux, qui se tient par le cœur et qui rêvent déjà à ce mariage radieux, annoncé pour juillet.

    Il y a la « famille catholique ». Ah, la famille catholique, ses 5 enfants élevés dans les meilleures écoles, tous biens sages à la messe le dimanche. Elle fait un peu envie, la famille catholique prétendument idéale ! Elle la ramène même parfois un peu, la famille « bien comme il faut ». Mais souvent, elle donne le change, et cache derrière ses volets clos, petits tracas ou grandes blessures… Comme tout le monde !

    Il y a, un peu dans l’ombre, cette autre femme qui tient la main à sa propre solitude : un méchant divorce dont elle peine à se relever. Mais, ce soir, dans le chaos de sa vie bouleversée, elle a l’intuition que la douce lumière qui émane de la crèche brille pour elle.
    Oui, elle en est sûre, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » !

    Ils sont tous là, les assoiffés de lumière : le SDF frigorifié, le cadre tout juste sorti du bureau qui desserre sa cravate, l’étudiant encore groggy par la surchauffe des partiels, la prostituée, le sans-papier, le jeune handicapé dans son fauteuil, le reporter de retour de l’enfer d’Alep, le taulard en permission d’espérance…

    Au premier rang,  il y a les enfants rieurs et complices, qui ouvrent leurs grands yeux et n’en loupent pas une miette. Ils sont ébahis les enfants…
    C’est si simple Noël lorsqu’on l’accueille avec un cœur d’enfant !

    Planqués derrière une botte de foin, il y a aussi quelques jeunes un peu distraits. La célébration de Noël, ce n’est pas trop leur truc. Il y a bien longtemps qu’ils ne vont plus à la messe. Mais, ce soir, ils sont venus pour faire plaisir aux parents : c’est Noël tout de même !
    Même s’ils ne le montrent pas trop, certains parmi eux sont secrètement touchés par la lumineuse fragilité de ce petit dont, depuis des siècles et des siècles, les croyants du monde entier disent qu’il serait le propre fils de Dieu. Tant de gens à y croire, et depuis si longtemps… à cette incroyable nouvelle !

    Un Dieu qui se fait homme, un Tout Puissant qui, loin des images hautaines et sévères dont on l’affuble, vient naître, nu et fragile, dans les bras tendres d’une femme.

    Un Très-Haut qui choisit de se faire Très-Bas, tout proche, tout aimant !
    Un Dieu qui vient semer sa tendresse en pleine glèbe humaine.

    Alors, parmi les santons, surgit une lancinante question : Et si c’était vrai ?

    Et si Noël était bien plus qu’une jolie histoire emmaillotée dans un gentil folklore empli de guirlandes multicolores ?

    Et si Dieu avait pris, depuis le premier Noël de l’histoire, vraiment la décision de venir naître parmi nous pour nous aider, chacune et chacun, à naître à notre propre vie, marchant à nos côtés vers notre propre joie ?

    Et si l’ange de la Bible, l’envoyé du ciel avait dit vrai : « Ne craignez pas car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tous. »

    Oui, et si tout cela était vrai ?
    Et si Dieu, l’immense auteur du livre de la vie, le créateur du ciel et de la terre, de la mer, des montagnes, des arbres et des fleurs, du soleil et de la lune, de l’homme et de la femme était  réellement venu naître parmi nous, pour nous mettre au monde de sa joie ?

    Regardons-le, blotti entre Marie et Joseph, ce minuscule santon d’argile qui nous tend les bras, au beau milieu de la crèche brinquebalante de notre propre vie.

    Oui, contemplons cet enfant venu donner souffle à notre rugueuse glaise humaine et se faire icône, présence aimante, Fils d’un Dieu éperdu d’amour et de tendresse.

    Même s’il ne parle pas encore, déjà Jésus murmure à l’oreille de notre cœur : « N’aie pas peur, je suis à tes côtés, tu peux t’appuyer sur moi, je t’offre bien plus que l’or, l’encens et la myrrhe. Je t’offre l’espérance… »

    Même s’il est encore petit, ce Fils de Dieu déjà est fort qui vient remettre le monde et nos cœurs à l’endroit.


    Un Dieu qui disperse les superbes.
    Un Dieu qui renverse les puissants de leur trône.
    Un Dieu qui élève les humbles.
    Un Dieu qui comble de bien les affamés.
    Un Dieu qui renvoie les riches les mains vides.

    Un Dieu de bonté qui a besoin de nous, de nos mains et de notre propre bonté pour consoler, nourrir, loger, aider, pardonner, relever. Tout simplement aimer ! Car Dieu, c’est l’autre nom de l’amour…

    Regardons-la bien, cette douce lumière de la crèche : c’est une flamme fragile, et pourtant déjà la promesse d’un feu ardent qui couve et ne demande qu’à grandir, en vous, en moi, en nous, pour réchauffer toutes les nuits glaciales de nos frères et de nos sœurs en humanité.

    Vivre Noël, c’est croire que Dieu nous appelle à la joie imprenable. Celle du don, de la réconciliation, de la paix et de la miséricorde.  

    Alors laissons la joie du Christ qui nait venir réchauffer nos cœurs d’argile.
    Laissons le Dieu santonnier venir nous modeler l’âme.

    Voici Noël qui trace son improbable voie au cœur de nos ténèbres,
    Noël en nous, Noël autour de nous, Noël malgré tout.

    Noël qui nait si nous le laissons naître…

    (c) Bertrand Révillion

  • EN MARCHE VERS NOËL

    Méditations pour le 1er dimanche de l'Avent (année A)


    Avouons-le franchement : chaque année, l’Avent nous prend un peu par surprise. Les rigueurs de l’hiver frappent à la porte, la fin de l’année et son lot de préoccupations nous assaillent... Pour celles et ceux qui travaillent, c’est une période souvent rude : bilan, clôture des comptes, négociations salariales, affluence dans les magasins…
    Le mois de décembre sent la surchauffe !

    Et pour d’autres, les semaines qui s’annoncent suscitent comme un pincement au cœur : la perspective des fêtes réveille les douleurs de la solitude, de la maladie, de la séparation, du manque de travail…
    Tant de soucis !

    Difficile de trouver, dans nos agendas et dans notre cœur, du temps pour penser vraiment à la grande nouvelle de Noël. L’enfant de la Promesse débarque un peu comme un intrus dans nos vies.

    On peut s’en inquiéter mais on peut aussi s’en réjouir : Dieu n’attend pas que notre « auberge intérieure » soit rangée, repeinte à neuf et tout à fait propre pour venir y naître ! C’est dans la mauvaise paille de nos vies dispersées et préoccupées qu’il vient offrir son premier sourire, c’est en pleine pâte et pesanteur humaine qu’il vient habiter.

    Commençons, par nous pencher sur ce magnifique Psaume 121 que nous venons d’entendre. Il fait partie d’une série de psaumes qu’on nomme les « psaumes des montées ».

    Après des jours de marche, les pèlerins montaient sur le mont des oliviers et pouvaient enfin contempler Jérusalem, ville choisie par David pour y établir la capitale du peuple hébreux et y déposer « l’arche d’Alliance », ville au sommet de laquelle Salomon bâtira son Temple.

    Si l’Eglise, nous propose ce beau psaume des montées en ce 1er dimanche de l’Avent, c’est que nous avons, nous aussi, à nous faire pèlerins, à nous mettre en marche, à monter, pas à pas, jour après jour, vers ce « sommet » de la vie chrétienne : l’incarnation de Dieu, la naissance de Jésus, fils de l’Eternel, au cœur des fragilités humaines.

    Car Noël, c’est avant tout le dépouillement inoui de Dieu qui descend de son « ciel » et de sa toute-puissance pour venir habiter notre humanité.

    Nous ne marcherons donc pas vers les splendeurs du Temple de Jérusalem mais vers une obscure bourgade, Bethléem, en Judée où va naître un « roi » sans couronne, sans armée, sans pouvoir temporel.

    Et notre psaume nous annonce que notre pèlerinage, notre montée vers Jérusalem, nous donnera une chose essentielle : la Paix.
    « Paix à ceux qui t’aiment » dit le psaume.

    Voici donc une première indication pour, pendant ce temps de l’Avent, nous préparer à Noël. Nous avons à chercher la paix, à bâtir la paix.

    Ce que nous confirme ce très beau passage d’Isaïe (dans notre première lecture) :

    « De leurs épées ils forgeront des socs de charrues, et de leurs lances, des faucilles ».

    Il s’agit, bien entendu, de faire la paix autour de nous : l’enfant de la Promesse ne peut pas naître au milieu de nos divisions. Prendre au sérieux ce temps de l’Avent, c’est donc se faire autour de nous « artisans de paix ».

    Si nous voulons vraiment que le Christ vienne naître dans nos vies, nous avons à nous faire artisans de l’amour, du pardon, de l’écoute, du dialogue dans tous les lieux où nous sommes engagés : notre famille, notre couple, notre communauté, notre milieu professionnel ou associatif, notre nation où, malgré les âpres débats politiques, nous devons privilégier l’écoute à l’invective, notre Eglise aussi où, suivant nos « sensibilités ecclésiales » nous sommes parfois si prompts à nous faire des procès…

    Mais la paix dont parle l’Ecriture, c’est aussi la Paix du cœur, la paix intérieure. En effet, pour naître en nous, au plus profond de notre cœur, le Christ a absolument besoin que nous lui construisions, pendant chaque jour de l’Avent, une sorte de « berceau » de paix dans lequel il pourra être accueilli.

    Voici que ce premier dimanche de l’Avent nous invite à travailler à l’unité : l’unité autour de nous mais aussi l’unité en nous !

    Et cela suppose que nous nous posions trois questions toutes simples :

    Qu’est-ce qui, dans ma vie, est vraiment essentiel ?

    Que puis-je faire pour que cet « essentiel » soit réellement au cœur de mon existence ?

    Et puis-je m’approcher de cet essentiel sans, du même mouvement, me décentrer et m’approcher de ces périphéries où l’homme crève d’exclusion, de déplacement, de solitude, de misère ?

    Isaïe, comme le psalmiste, nous invite, à « monter sur la montagne » :

    Oui, il nous faut, pendant l’Avent, prendre de la hauteur. Dégager dans l’agenda, le temps nécessaire pour travailler à cette paix à construire autour de nous et en nous !

    Prendre de la hauteur pour voir et entendre enfin le pauvre qui crie à nos portes.

    Et si la seule manière de monter vers Dieu était de descendre au plus près des laissés pour compte de nos sociétés aveuglées par les tentations du repli et de l’égoïsme ?  

    Saint Paul, dans son épître, nous le dit sans détour :  
    « L’heure est venue de sortir de votre sommeil ».

    Nous sommes si souvent des chrétiens endormis, des chrétiens si peu chrétiens, des chrétiens anesthésiés !

    Lorsque les premiers chrétiens ont cherché à quelle date ils pouvaient faire mémoire de la naissance du Christ, ils ont choisi symboliquement le solstice d’hiver, c’est à dire ce jour de l’année où le jour commence à l’emporter sur la nuit.
    Vous savez ce jour où, à la télévision, la présentatrice de la Météo commence à annoncer des minutes de jour en plus !

    Eh bien, vivre l’Avent, c’est travailler à notre « solstice intérieur », c’est travailler à faire reculer la nuit, l’obscurité en nous et autour de nous, c’est mener ce combat spirituel pour que, peu à peu, ce soit la lumière qui l’emporte.

    « Que nous serons heureuses quand Dieu seul règnera dans notre cœur, notre esprit et notre volonté » disait à ses soeurs sainte Emilie de Villeneuve.

    C’est de ce combat spirituel dont nous parle d’ailleurs l’Evangile de ce jour : ne vous y trompez pas, lorsque le texte nous dit que sur les deux hommes au champ « l’un sera pris et l’autre laissé », il ne s’agit pas de faire le partage entre les bons et les méchants. Nous ne sommes pas dans un western !

    Non, il s’agit, à l’intérieur de chaque homme, de chacune et chacun d’entre nous, de faire ce travail de partage, d’émondage, entre la nuit et la lumière, entre les forces de vie et les puissances de mort.

    Je nous souhaite, en ce 1erdimanche de l’Avent, de nous mettre en route vers ce Bethléem secret qui se trouve au centre de notre cœur où Dieu attend de naître.

    C’est en naissant en chacune et chacun d’entre nous que le Christ pourra réellement venir au monde et tendre, avec nous et par nous, ses bras secourables à toutes les pauvretés !

    « J’écoutais le cri des pauvres, et j’entendais le cri de Dieu » disait encore sainte Emilie de Villeneuve qui n’a pas hésité à quitter sa vie confortable dans son château familial de Castres au début du 19ème siècle pour aller servir les jeunes ouvrières, les malades, les prostituées et les prisonniers.

    Demandons-nous quels « châteaux » nous avons à quitter pour nous faire disciple du Christ serviteur… 

    Béthléem veut dire, en hébreux « maison du pain ».
    Demandons-nous, en marchant vers Noël, quel « pain » nous avons à cuire en notre cœur pour apaiser les affamés à nos portes !

    (c) bertrand révillion




  • POUR NOËL
    OFFREZ À VOS PARENTS, GRANDS-PARENTS, 
    GRANDS-ENFANTS, AMIS...

    LE NOUVEAU ROMAN DE BERTRAND RÉVILLION

    Images intégrées 1
    LES HEURES CLAIRES 
    Dis, Grand Pa, tu y crois au Bon Dieu ?

    aux éditions du CERF.

    Voici ce que l'on peut lire au dos du livre : 


    Une tendre complicité unit le grand-père, influent banquier parisien, et son petit-fils, enfant curieux et solitaire. Lors de promenades main dans la main, des rues de Montmartre aux dunes du Touquet, Grand Pa, facétieux et un brin agnostique depuis la mort de sa femme, tente de répondre aux  questions mi cocasses, mi sérieuses de Marco Un dialogue tendre se noue, entrecoupé de fous-rire et de mémorables bêtises ! 
    Bertrand Révillion, avec une grande tendresse, décrit cette relation privilégiée et universelle, souvent inoubliable et toujours émouvante entre un grand-père et son petit-fils.
    La transmission est au cœur de ce roman.

    A découvrir chez votre libraire habituel 
    ou via internet : 








    Un livre qui rejoindra toutes les générations.
    Bonne lecture !
  • TOUJOURS PLUS !


    Méditation sur les textes du 25ème Dimanche du Temps Ordinaire ( année C)


    « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » 

    Voilà un slogan qui a le mérite d’être clair !
    Difficile de faire plus « carré » !
    Difficile de livrer cette affirmation à une interprétation doucereuse et édulcorante !
    Inutile d’essayer d’arrondir les angles…

    Jésus ne nous l’envoie par dire : il y a un lien entre notre foi et…notre fric !

    Une connexion « 4 G » entre l’autel et le portefeuille, l’oratoire et le compte en banque, le tabernacle et…le coffre-fort !

    Déjà, vers 750 avant Jésus-Christ, le prophète Amos (notre 1èrelecture) se met en rogne contre les dirigeants de Samarie.
    Le pays connaît alors une période de prospérité économique…qui devrait profiter à tous. Ce qui, hélas, est loin d’être le cas !

    Déjà à l’époque, l’enrichissement des uns creuse l’appauvrissement des autres. Pour ne pas crever de faim, les plus pauvres n’ont pas d’autre solution que de se vendre comme esclaves « pour une paire de sandales ».

    Pour s’enrichir un peu plus, les filous en tous genres trafiquent les instruments de mesure.

    Pour s’en mettre un peu plus dans les poches, ils revendiquent le droit de travailler pendant le sabbat et la fête de la nouvelle lune.

    Pour un peu, ils courraient tous s’ouvrir un compte en Suisse ou dans les îles Caïman !

    Alors Amos râle et il a raison : « Vous écrasez les pauvres, vous anéantissez les humbles du pays ».

    Il reviendrait aujourd’hui, il n’aurait pas à changer beaucoup son discours !

    Il lui faudrait juste rafraîchir un peu le vocabulaire : remplacer « blé » par stock-options astronomiques, « froment » par golden-parachutes invraisemblables, « balances trafiquées » par fraude fiscale olympique, « esclaves » par travailleurs précaires…exploités jusqu’à la corde dans les soutes de notre capitalisme échevelé et de notre libéralisme déshumanisé !

    C’est comme si l’appât du gain, le « toujours plus » étaient inscrits dans le code génétique de l’homme depuis la nuit des temps…

    Comme si, depuis toujours, l’homme se laissait engluer dans le culte sacré du « TPMG » : « Tout Pour Ma Gueule » !

    Et, dans notre Évangile, Jésus en remet une couche !

    Effectivement, on ne peut pas servir Dieu et l’argent !
    Soit on décide de servir Dieu, soit on sert le « saint pognon » !
    Impossible de concilier les deux !

    Faut-il en conclure que le Christ – et l’Église à sa suite – sont définitivement contre l’argent ?
    Faut-il en déduire que l’argent est, pour la morale catholique, toujours mauvais, dangereux, impur ? 
    Faut-il ne voir dans l’argent que nous gagnons qu’un instrument de péché ?

    Non.
    La doctrine sociale de l’Église ne condamne pas l’argent.

    D’ailleurs Jésus et ses disciples utilisent l’argent pour leurs échanges, l’un des leurs tient même le budget.

    Alors qu’en est-il ?

    Commençons par ne pas faire de contre-sens.
    Dans la phrase : « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent », le mot servir est utilisé dans son sens religieux.

    Autrement dit, il s’agit de ne pas se mettre au service de l’argent comme on se mettrait au service d’un Dieu.

    Ne pas faire de l’argent une idole mais le laisser à sa juste place : un moyen d’échange.

    L’Église n’est pas naïve, ni irénique : elle sait bien que pour vivre il faut gagner de l’argent.
    François de Salles affirme même que c’est le « devoir d’état » du père de famille…

    L’Église ne considère pas non plus les « riches » systématiquement comme de « mauvais paroissiens ».
    Elle n’est pas contre le profit, qui est un signe de bonne santé pour les entreprises, à condition que le profit soit un moyen et non un but en soi.
    Elle ne prêche pas une sorte d’égalitarisme sans nuance, façon « dictature bolchévique du prolétariat » !

    L’argent n’est pas, pour la morale catholique, intrinsèquement mauvais.

    Sauf lorsqu’on le sert comme un esclave son maître.

    Certains sont tellement obnubilés par ce qu’ils possèdent ou pourraient posséder qu’ils en deviennent eux-mêmes « possédés » presqu’au sens diabolique du terme.

    Si l’argent peut être un bon « serviteur », il est toujours un mauvais « maître » ! Voilà, en gros, ce que nous dit l’Église.

    « Si vous amassez des richesses, n’y mettez pas votre cœur » nous dit le psaume…

    Alors, profitons des lectures de ce dimanche pour nous interroger :

    1)   Quel est mon rapport à l’argent ? Est-il pour moi un simple moyen pour vivre et faire vivre les miens ? Ou bien ai-je avec l’argent un rapport plus ambiguë, moins clair qu’il n’y paraît ? Qu’est-ce que j’attends de mon salaire ? De quoi vivre ? Ou autre chose ? Y a-t-il dans mon rapport à l’argent une quête un peu obscure, une manière d’évaluer « ce que je vaux », une forme de revanche sociale, une manière de me rassurer, de me sentir appartenir à un certain milieu, de me comparer, de me valoriser, parfois  au risque d’écraser les autres ?

    2)   Lorsque je dépense mon argent, pour des achats ou des impôts, mon premier élan est-il de systématiquement râler parce « c’est trop cher » ou bien ai-je – après un éventuel et légitime débat sur le coût de la vie et la politique fiscale – le réflexe de mettre des visages, des familles, des vies sur les billets qui quittent mon portefeuille ?

    3)   Si je gagne plus que ce dont j’ai besoin, que fais-je du surplus ? Au-delà de l’épargne à laquelle m’incite la prudence et qui n’est pas moralement condamnable, est-ce que je thésaurise, ou est-ce que je suis ouvert au don ? Est-ce que j’épargne uniquement pour mes propres enfants, ma propre famille, uniquement les miens ou est-ce que je suis prêt, via des associations compétentes, à tendre la main aux lointains plus pauvres que je ne connais pas ?

    Oui, faire œuvre de discernement au sujet de ce que nous faisons de notre argent n’est pas, en christianisme, une option facultative.

    Il y a quelques années, les évêques de France ont incité les chrétiens à réfléchir à de « nouveaux modes de vie », plus simples, moins dans le « toujours plus », davantage ouverts au partage et à la solidarité. Leurs questions n’ont cessé de devenir plus urgentes dans une société où la fracture sociale est profonde.

    Nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur nos propres modes de vie…
               
    Laissons-nous interpeller par le Pape François lorsqu’avec vigueur il dénonce « le fétichisme de l’argent », « la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain », une société où « l’être humain est considéré comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter. » Lorsqu’il dénonce « l’accroissement exponentiel du revenu d’une minorité, tandis que celui de la majorité s’affaiblit »…

    Oui, Frères et Sœurs, nous ne pouvons pas nous approcher de cet autel qui est, par excellence, la « table du pauvre », sans nous demander comment, concrètement, nous participons au combat contre les « faims humaines » de toutes sortes…

    Saint Jean Chrysostome dans une retentissante homélie n’y allait pas avec le dos de cuillère !

    « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs » !

    Rude, mais plutôt bien envoyé !



    © Bertrand Révillion
  • MON NOUVEAU ROMAN BIENTOT EN LIBRAIRIE !

    Heureux de vous annoncer la parution de 
    mon nouveau roman ! 

    Aux éditions du Cerf.


    Bertrand révillion
    LES heureS claireS
    Dis, Grand Pa, tu y crois au bon dieu ?


    «  C’est qui l’inventeur des marées et des vagues ? » « Où vont les Mamies quand elles meurent ? » ; « C’est quoi une âme ? » ; « Pourquoi le Bon Dieu n’empêche-t-il pas les bateaux de couler ? »…
    Une tendre complicité unit le grand-père, influent banquier parisien, et son petit-fils, enfant curieux et solitaire. Lors de promenades main dans la main, des rues de Montmartre aux dunes du Touquet, Grand Pa, facétieux et un brin agnostique depuis la mort de sa femme, tente de répondre aux  questions mi cocasses, mi sérieuses de Marco. Un dialogue tendre se noue, entrecoupé de fous-rire et de mémorables bêtises ! 
    Bertrand Révillion, avec une grande tendresse, décrit cette relation privilégiée et universelle, souvent inoubliable et toujours émouvante entre un grand-père et son petit-fils.
    La transmission est au cœur de ce roman.


    Parution le 20 août. Aux éditions du Cerf.



  • VocationS

    4ème dimanche de Pâques C/17 avril 2016

    Traditionnellement, le 4èmedimanche après Pâques est consacré aux vocations.

    Nous sommes invités à prier pour celles et ceux qui cheminent vers une vocation particulière, celles et ceux qui s’interrogent sur le fait de, peut-être un jour, devenir prêtre, religieux, religieuse, moine, moniale, diacre…

    Il s’agit pour nous de les aider, par notre prière et notre proximité fraternelle,  à mûrir leur décision, à discerner l’appel qu’ils reçoivent…

    Depuis les origines, l’Église du Christ appelle certains d’entre nous non pas d’abord à des « fonctions », ni à des rôles à occuper dans un organigramme (l’Église n’est pas une administration qui emploierait des « fonctionnaires de Dieu » !), mais à être, de façon particulière, des témoins de la Bonne nouvelle.

    Si nous regardons notre propre histoire, nous pouvons souvent reconnaître que si nous sommes chrétiens aujourd’hui, nous le devons à une rencontre particulière, personnelle, avec l’un de ces témoins : un prêtre ou une religieuse, un moine ou un diacre qui nous a, un jour, par son engagement, par sa parole mis en route, conforté sur le sentier de notre foi.

    Cette fécondité spirituelle est souvent mystérieuse.
    Il est souvent bouleversant de constater combien Dieu se sert des autres pour venir murmurer sa Parole à l’oreille de notre cœur.

    Ces témoins plus particuliers reçoivent un appel (ce qui est, étymologiquement, le sens du mot vocation, du latin « vocare »/appeler).

    C’est parfois un appel radical, presque tonitruant, comme Paul, littéralement renversé par la foi sur le chemin de Damas.

    C’est sans doute plus souvent un lent et patient dévoilement, d’abord plein de doutes et puis qui, progressivement, s’éclaire.

    Parfois Dieu appelle en direct live, toutes affaires cessantes, sur le portable de notre cœur.

    Le plus souvent, il se sert des autres, de vous, de moi pour transmettre son message.

    La vocation n’est, en effet par une démarche solitaire : non pas « moi seul et mon Dieu » mais plutôt une réponse à un appel communautaire.

    Je ne m’appelle pas moi-même, je me laisse appeler par l’Église.

    Je ne deviens pas prêtre ou diacre ou religieuse parce que simplement j’en ai envie, mais parce que l’Église à besoin de moi pour annoncer l’Évangile.

    Une annonce qui ne se cantonne pas aux frontières de la communauté chrétienne mais qui s’ouvre au monde.

    Un prêtre n’est pas prêtre pour les seuls paroissiens pratiquants plus ou moins réguliers.
    Il est d’abord prêtre pour le monde, pour celles et ceux qui croient au ciel, certes, mais aussi, et peut-être d’abord pour celles et ceux qui n’y croient pas, ou bien qui ont des doutes et qui cherchent…

    Pour s’enraciner et grandir, une vocation a besoin de trouver un bon terreau.
    Et le premier de ces terreaux, c’est sans nul doute la famille.

    Oh, pas une famille prétendument idéale, parfaite et confite en dévotion, mais une famille humaine, avec ses limites, ses coups de gueule, ses réconciliations, ses joies et ses pleurs…

    « Le bien de la famille est déterminant pour l’avenir du monde et de l’Église »affirme le pape dans sa très belle exhortation  sur la famille qu’il vient de publier et que je vous invite vivement à lire. Un texte magnifique et très accessible !
     Un texte qui fait écho au jubilé avec comme grand mot d’ordre, celui de « miséricorde ».
    Car c’est au cœur d’une famille miséricordieuse que les couples peuvent grandir, que les enfants peuvent, eux-aussi grandir.

    Le Pape François rappelle combien le mariage, lui aussi, est une vocation, un appel à vivre, dans le don réciproque et le pardon indispensable, la miséricorde divine.
    La famille est sans doute la première et la plus belle école de miséricorde, où il ne s’agit pas de commencer  par juger ou exclure au nom d’un code moral mais de toujours d’abord chercher à accueillir.

    Dans le mariage, la famille ou la vie consacrée, c’est, avant les spécificités de tel ou tel engagement ou vocation particulière,  la même vocation commune que nous avons à vivre.

    Une vocation qui puise son énergie à la source de notre baptême : être, en ce monde, des témoins de l’amour et de la tendresse infinie du Père.

    Réentendons saint Paul qui,  dans notre première lecture de ce matin, cite le prophète Isaïe :

    « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »


    Amen.