Homélies de Bertrand Révillion, diacre

Revillion-BertrandLe diacre Bertrand Révillion maintient un blog, sur lequel il publie ses homélies.

Vous trouverez les 10 dernières homélies publiées.

 

 

 

 

  • VENEZ À MA SUITE...

    Dimanche 22 janvier 2017 - Troisième Dimanche Temps Ordinaire – Année A

    L’Évangile de ce dimanche nous relate les tous débuts de la vie publique de Jésus et de sa prédication.

    Nous assistons à un dramatique passage de témoin, entre Jean le Baptiste, dernier grand prophète du Premier Testament et Jésus.
    Nous sommes vraiment à la charnière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

    Jean vient d’être arrêté et va mourir en martyr et Jésus, qui a reçu de ses mains le baptême dans l’eau du Jourdain, prend le relais.

    Pour Jean, c’est le temps de l’effacement.
    Pour Jésus, celui de l’éclosion.

    Jean annonçait la grande promesse de la venue d’un messie, d’un sauveur.
    Jésus vient accomplir cette promesse.

    Comment se lance-t-il dans sa mission ?
    Notre texte nous donne de précieuses indications :

    Tout d’abord, ce départ, cette mise en route de Jésus, se situe à Capharnaüm, ville-carrefour de Galilée, située au bord du lac de Tibériade, ville où cohabitent des populations aux origines mêlées, ville qu’on appelait alors le « carrefour des Nations ».

    Comme souvent dans la Bible, le lieu indiqué n’est pas simplement géographique mais symbolique.

    Ainsi, la Bonne Nouvelle, s’offre, dès le début de la prédication de Jésus, à toutes et à tous, pas  d’abord aux plus proches, aux plus « pratiquants », aux meilleurs « observants », mais d’emblée également aux « lointains », aux mal croyants, aux différents, aux « pas comme il faut » !

    Cette « grande lumière » annoncée à Noël est pour tous, pas uniquement réservée aux juifs pieux, aux « bons paroissiens » et aux pratiquants réguliers ! Dès l’origine, la parole de Jésus est placée sous le signe de l’ouverture, de la sortie, du déplacement. Jésus n’attend pas qu’on vienne à Lui ; c’est lui qui va vers l’autre, tout autre, quelque soit son histoire, ses origines, son « degré » de foi, sa « confession », sa « conformité » au dogme et à la bonne morale…

    Jésus n’invite pas à se replier dans un sanctuaire, entre « purs », bien à l’abri derrière leur muraille face à un monde prétendument décadent ; il regarde le monde (avec ses ombres et ses lumières, ses grandeurs et ses faiblesses) comme le seul « sanctuaire » pouvant accueillir sa divine Présence.
    Désormais, c’est le cœur de tout homme qui est le « tabernacle » de sa présence.

    Sa question – qui est la nôtre aujourd’hui – n’est pas tant de savoir qui vient encore dans nos églises ; mais vers qui va l’Église ?

    L’autre indication que nous livre notre texte d’Évangile est que, dès l’origine, le Christ ne se lance pas seul dans sa mission.

    Il refuse le rôle du sauveur tout puissant et omnipotent. Dès le départ, il indique que sa mission ne pourra pas s’accomplir sans l’aide des hommes. Et il n’appelle pas des surhommes, mais des gens ordinaires, simples,  limités, tissés, comme vous et moi, de pesanteur et de grâce.

    Jésus remet le trésor de l’évangélisation au creux de nos mains tremblantes et rugueuses ; il fait porter l’annonce de la Bonne Nouvelle sur nos épaules fragiles ; il fait alliance avec l’humanité concrète et souvent blessée pour annoncer au monde l’espérance… D’emblée, l’annonce de l’Évangile suppose une démarche collective, communautaire et fraternelle.

    Comme si le message des Béatitudes (que nous entendrons dimanche prochain) ne pouvait résonner et donner sa fécondité que dans la mesure où il est annoncé à plusieurs…

    En contemplant cette scène où Jésus appelle par son prénom chacun de ses disciples, laissons résonner en notre cœur plusieurs questions :

    -       Que faire contre cette surdité qui si souvent s’empare de nous et nous empêche d’entendre le Christ nous appeler chacune et chacun par notre prénom ? Comment désensabler l’oreille de notre cœur ?

    -       Comment répondre concrètement, dans la vie qui est la nôtre, à cet appel de Jésus, à nous mettre en route, à quitter nos habitudes, nos certitudes, le confort de nos communautés pour aller, avec lui, à la rencontre des « Nations », ces « lointains » si proches, qui campent à nos portes, et  que nous ne voyons pas, ou que nous ne voulons pas voir ?

    L’Évangile précise que les disciples « laissent leurs filets » pour le suivre. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ?
    Nous n’avons pas nécessairement à quitter notre propre vie pour « laisser tout ».
    Nous sommes sans doute même d’abord appelé à entendre cet appel à « tout laisser » au cœur de l’existence qui est la nôtre, au cœur de nos engagements familiaux, professionnels et autres.

    Oser laisser sur la berge de notre propre vie ces « filets », ces peurs, ces fausses sécurités qui nous entravent et nous empêchent si souvent d’aimer large.

    L’appel, la « vocation » (qui n’est pas réservée aux moines et aux consacrés !) devrait attiser en nous le désir de nous « déplacer » même si, apparemment, nous restons immobile dans la vie qui est la nôtre. Changer de vision du monde, opter pour une autre échelle de valeur devant ce que nous appelons notre « réussite ». Un déplacement intérieure, une mise en route, un décentrement qui mettra toujours davantage le Christ au centre de nos jours.

    Un déplacement social aussi, et solidaire. Devenir « pêcheur d’hommes », à la suite du Christ, c’est sortir de soi pour porter secours à toutes celles et tous ceux qui se noient dans les flots tempétueux de l’indifférence et des égoïsmes.

    Car, à quoi bon aller nous agenouiller devant le tabernacle, si, du même mouvement, nous refusons de nous agenouiller devant le frère qui souffre à nos portes ?

    « Dieu n’a que nos mains et que notre cœur pour aimer ce monde et le transformer » disait Sœur Emmanuelle !





  • MÉDITATION POUR LE SOIR DE NOËL

    24 décembre 2016 Année A

    C’est une jolie crèche peuplée de jolis santons de Provence, délicatement peints à la main.
    Une jolie crèche qu’on se transmet de génération en génération…

    Rien ne manque. Il y a le bœuf et l’âne, les moutons, la paille, la mangeoire drapée de foin, et là-haut dans son ciel, l’étoile tremblotante qui, comme un phare, veille.

    Ils sont tous là les santons : les petits, les grands, les neufs, les craquelés, les rafistolés; tous modelés dans cette chaude terre rouge provençale. Ils s’approchent, dans la nuit noire de décembre, aimantés par les premiers sourires de ce mystérieux nouveau-né.

    Il y a Joseph qui s’agite et s’inquiète pour sa femme et le petit qui, tous deux, risquent de prendre froid.

    Il grogne dans sa barbe Joseph contre ce fichu aubergiste qui n’a pas voulu les laisser entrer, et leur trouver une petite place au chaud.
    Il s’est méfié l’aubergiste : qui était donc ces réfugiés ? D’où venaient-ils ? Avaient-ils seulement des papiers en règle ? Partageaient-ils la même religion ?  Et si la police débarquait, ne serait-il pas  lui-même jugé complice de leur avoir accordé le droit d’asile ? Alors, confondant prudence et trouille, il a fermé sa porte, l’aubergiste. A l’heure qu’il est, il regarde « Plus belle la vie », à la télé, ou il dort déjà, sous la couette duveteuse de son indifférence, bien au chaud. Peinard l’aubergiste !

    Il y a les bergers un peu en retrait, hirsutes dans leurs grandes capes noires qui ne sentent pas vraiment la rose. On ne les aime pas beaucoup, les bergers. Ils ont mauvaise réputation, un peu voleurs, un peu picoleurs, un peu louches. Des marginaux sans domicile fixe. Les braves gens - qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux -  s’en méfient. Mais Joseph leur sourit. Alors ils osent timidement s’approcher.
    Qui aurait dit que les premiers  visiteurs en cette sainte nuit de la Nativité ce seraient eux, les déclassés, les refoulés, les bafoués ? 

    Près de la porte de la grange, il y a cet homme courbé, la cinquantaine, qui roule sa casquette dans ses mains et qui rase un peu les murs, gêné : depuis 3 ans qu’il pointe à « Pole Emploi », il a les poches vides : même pas de quoi acheter un cadeau au petit. C’est au tour de Marie de lui sourire, alors il s’enhardit et vient s’agenouiller, près d’elle et de l’enfant.
    Comme eux, sur la paille !

    Il y a cette jeune femme qui sort de l’hôpital, la tête enturbannée dans un foulard. Elle regarde, émue et attendrie, Marie donner le sein au petit.

    Il y a le grand-père blagueur et, perché sur ses épaules, son petit-fils qui se mare en lui chatouillant les oreilles.

    Il y a le jeune couple d’amoureux, qui se tient par le cœur et qui rêvent déjà à ce mariage radieux, annoncé pour juillet.

    Il y a la « famille catholique ». Ah, la famille catholique, ses 5 enfants élevés dans les meilleures écoles, tous biens sages à la messe le dimanche. Elle fait un peu envie, la famille catholique prétendument idéale ! Elle la ramène même parfois un peu, la famille « bien comme il faut ». Mais souvent, elle donne le change, et cache derrière ses volets clos, petits tracas ou grandes blessures… Comme tout le monde !

    Il y a, un peu dans l’ombre, cette autre femme qui tient la main à sa propre solitude : un méchant divorce dont elle peine à se relever. Mais, ce soir, dans le chaos de sa vie bouleversée, elle a l’intuition que la douce lumière qui émane de la crèche brille pour elle.
    Oui, elle en est sûre, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » !

    Ils sont tous là, les assoiffés de lumière : le SDF frigorifié, le cadre tout juste sorti du bureau qui desserre sa cravate, l’étudiant encore groggy par la surchauffe des partiels, la prostituée, le sans-papier, le jeune handicapé dans son fauteuil, le reporter de retour de l’enfer d’Alep, le taulard en permission d’espérance…

    Au premier rang,  il y a les enfants rieurs et complices, qui ouvrent leurs grands yeux et n’en loupent pas une miette. Ils sont ébahis les enfants…
    C’est si simple Noël lorsqu’on l’accueille avec un cœur d’enfant !

    Planqués derrière une botte de foin, il y a aussi quelques jeunes un peu distraits. La célébration de Noël, ce n’est pas trop leur truc. Il y a bien longtemps qu’ils ne vont plus à la messe. Mais, ce soir, ils sont venus pour faire plaisir aux parents : c’est Noël tout de même !
    Même s’ils ne le montrent pas trop, certains parmi eux sont secrètement touchés par la lumineuse fragilité de ce petit dont, depuis des siècles et des siècles, les croyants du monde entier disent qu’il serait le propre fils de Dieu. Tant de gens à y croire, et depuis si longtemps… à cette incroyable nouvelle !

    Un Dieu qui se fait homme, un Tout Puissant qui, loin des images hautaines et sévères dont on l’affuble, vient naître, nu et fragile, dans les bras tendres d’une femme.

    Un Très-Haut qui choisit de se faire Très-Bas, tout proche, tout aimant !
    Un Dieu qui vient semer sa tendresse en pleine glèbe humaine.

    Alors, parmi les santons, surgit une lancinante question : Et si c’était vrai ?

    Et si Noël était bien plus qu’une jolie histoire emmaillotée dans un gentil folklore empli de guirlandes multicolores ?

    Et si Dieu avait pris, depuis le premier Noël de l’histoire, vraiment la décision de venir naître parmi nous pour nous aider, chacune et chacun, à naître à notre propre vie, marchant à nos côtés vers notre propre joie ?

    Et si l’ange de la Bible, l’envoyé du ciel avait dit vrai : « Ne craignez pas car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tous. »

    Oui, et si tout cela était vrai ?
    Et si Dieu, l’immense auteur du livre de la vie, le créateur du ciel et de la terre, de la mer, des montagnes, des arbres et des fleurs, du soleil et de la lune, de l’homme et de la femme était  réellement venu naître parmi nous, pour nous mettre au monde de sa joie ?

    Regardons-le, blotti entre Marie et Joseph, ce minuscule santon d’argile qui nous tend les bras, au beau milieu de la crèche brinquebalante de notre propre vie.

    Oui, contemplons cet enfant venu donner souffle à notre rugueuse glaise humaine et se faire icône, présence aimante, Fils d’un Dieu éperdu d’amour et de tendresse.

    Même s’il ne parle pas encore, déjà Jésus murmure à l’oreille de notre cœur : « N’aie pas peur, je suis à tes côtés, tu peux t’appuyer sur moi, je t’offre bien plus que l’or, l’encens et la myrrhe. Je t’offre l’espérance… »

    Même s’il est encore petit, ce Fils de Dieu déjà est fort qui vient remettre le monde et nos cœurs à l’endroit.


    Un Dieu qui disperse les superbes.
    Un Dieu qui renverse les puissants de leur trône.
    Un Dieu qui élève les humbles.
    Un Dieu qui comble de bien les affamés.
    Un Dieu qui renvoie les riches les mains vides.

    Un Dieu de bonté qui a besoin de nous, de nos mains et de notre propre bonté pour consoler, nourrir, loger, aider, pardonner, relever. Tout simplement aimer ! Car Dieu, c’est l’autre nom de l’amour…

    Regardons-la bien, cette douce lumière de la crèche : c’est une flamme fragile, et pourtant déjà la promesse d’un feu ardent qui couve et ne demande qu’à grandir, en vous, en moi, en nous, pour réchauffer toutes les nuits glaciales de nos frères et de nos sœurs en humanité.

    Vivre Noël, c’est croire que Dieu nous appelle à la joie imprenable. Celle du don, de la réconciliation, de la paix et de la miséricorde.  

    Alors laissons la joie du Christ qui nait venir réchauffer nos cœurs d’argile.
    Laissons le Dieu santonnier venir nous modeler l’âme.

    Voici Noël qui trace son improbable voie au cœur de nos ténèbres,
    Noël en nous, Noël autour de nous, Noël malgré tout.

    Noël qui nait si nous le laissons naître…

    (c) Bertrand Révillion

  • EN MARCHE VERS NOËL

    Méditations pour le 1er dimanche de l'Avent (année A)


    Avouons-le franchement : chaque année, l’Avent nous prend un peu par surprise. Les rigueurs de l’hiver frappent à la porte, la fin de l’année et son lot de préoccupations nous assaillent... Pour celles et ceux qui travaillent, c’est une période souvent rude : bilan, clôture des comptes, négociations salariales, affluence dans les magasins…
    Le mois de décembre sent la surchauffe !

    Et pour d’autres, les semaines qui s’annoncent suscitent comme un pincement au cœur : la perspective des fêtes réveille les douleurs de la solitude, de la maladie, de la séparation, du manque de travail…
    Tant de soucis !

    Difficile de trouver, dans nos agendas et dans notre cœur, du temps pour penser vraiment à la grande nouvelle de Noël. L’enfant de la Promesse débarque un peu comme un intrus dans nos vies.

    On peut s’en inquiéter mais on peut aussi s’en réjouir : Dieu n’attend pas que notre « auberge intérieure » soit rangée, repeinte à neuf et tout à fait propre pour venir y naître ! C’est dans la mauvaise paille de nos vies dispersées et préoccupées qu’il vient offrir son premier sourire, c’est en pleine pâte et pesanteur humaine qu’il vient habiter.

    Commençons, par nous pencher sur ce magnifique Psaume 121 que nous venons d’entendre. Il fait partie d’une série de psaumes qu’on nomme les « psaumes des montées ».

    Après des jours de marche, les pèlerins montaient sur le mont des oliviers et pouvaient enfin contempler Jérusalem, ville choisie par David pour y établir la capitale du peuple hébreux et y déposer « l’arche d’Alliance », ville au sommet de laquelle Salomon bâtira son Temple.

    Si l’Eglise, nous propose ce beau psaume des montées en ce 1er dimanche de l’Avent, c’est que nous avons, nous aussi, à nous faire pèlerins, à nous mettre en marche, à monter, pas à pas, jour après jour, vers ce « sommet » de la vie chrétienne : l’incarnation de Dieu, la naissance de Jésus, fils de l’Eternel, au cœur des fragilités humaines.

    Car Noël, c’est avant tout le dépouillement inoui de Dieu qui descend de son « ciel » et de sa toute-puissance pour venir habiter notre humanité.

    Nous ne marcherons donc pas vers les splendeurs du Temple de Jérusalem mais vers une obscure bourgade, Bethléem, en Judée où va naître un « roi » sans couronne, sans armée, sans pouvoir temporel.

    Et notre psaume nous annonce que notre pèlerinage, notre montée vers Jérusalem, nous donnera une chose essentielle : la Paix.
    « Paix à ceux qui t’aiment » dit le psaume.

    Voici donc une première indication pour, pendant ce temps de l’Avent, nous préparer à Noël. Nous avons à chercher la paix, à bâtir la paix.

    Ce que nous confirme ce très beau passage d’Isaïe (dans notre première lecture) :

    « De leurs épées ils forgeront des socs de charrues, et de leurs lances, des faucilles ».

    Il s’agit, bien entendu, de faire la paix autour de nous : l’enfant de la Promesse ne peut pas naître au milieu de nos divisions. Prendre au sérieux ce temps de l’Avent, c’est donc se faire autour de nous « artisans de paix ».

    Si nous voulons vraiment que le Christ vienne naître dans nos vies, nous avons à nous faire artisans de l’amour, du pardon, de l’écoute, du dialogue dans tous les lieux où nous sommes engagés : notre famille, notre couple, notre communauté, notre milieu professionnel ou associatif, notre nation où, malgré les âpres débats politiques, nous devons privilégier l’écoute à l’invective, notre Eglise aussi où, suivant nos « sensibilités ecclésiales » nous sommes parfois si prompts à nous faire des procès…

    Mais la paix dont parle l’Ecriture, c’est aussi la Paix du cœur, la paix intérieure. En effet, pour naître en nous, au plus profond de notre cœur, le Christ a absolument besoin que nous lui construisions, pendant chaque jour de l’Avent, une sorte de « berceau » de paix dans lequel il pourra être accueilli.

    Voici que ce premier dimanche de l’Avent nous invite à travailler à l’unité : l’unité autour de nous mais aussi l’unité en nous !

    Et cela suppose que nous nous posions trois questions toutes simples :

    Qu’est-ce qui, dans ma vie, est vraiment essentiel ?

    Que puis-je faire pour que cet « essentiel » soit réellement au cœur de mon existence ?

    Et puis-je m’approcher de cet essentiel sans, du même mouvement, me décentrer et m’approcher de ces périphéries où l’homme crève d’exclusion, de déplacement, de solitude, de misère ?

    Isaïe, comme le psalmiste, nous invite, à « monter sur la montagne » :

    Oui, il nous faut, pendant l’Avent, prendre de la hauteur. Dégager dans l’agenda, le temps nécessaire pour travailler à cette paix à construire autour de nous et en nous !

    Prendre de la hauteur pour voir et entendre enfin le pauvre qui crie à nos portes.

    Et si la seule manière de monter vers Dieu était de descendre au plus près des laissés pour compte de nos sociétés aveuglées par les tentations du repli et de l’égoïsme ?  

    Saint Paul, dans son épître, nous le dit sans détour :  
    « L’heure est venue de sortir de votre sommeil ».

    Nous sommes si souvent des chrétiens endormis, des chrétiens si peu chrétiens, des chrétiens anesthésiés !

    Lorsque les premiers chrétiens ont cherché à quelle date ils pouvaient faire mémoire de la naissance du Christ, ils ont choisi symboliquement le solstice d’hiver, c’est à dire ce jour de l’année où le jour commence à l’emporter sur la nuit.
    Vous savez ce jour où, à la télévision, la présentatrice de la Météo commence à annoncer des minutes de jour en plus !

    Eh bien, vivre l’Avent, c’est travailler à notre « solstice intérieur », c’est travailler à faire reculer la nuit, l’obscurité en nous et autour de nous, c’est mener ce combat spirituel pour que, peu à peu, ce soit la lumière qui l’emporte.

    « Que nous serons heureuses quand Dieu seul règnera dans notre cœur, notre esprit et notre volonté » disait à ses soeurs sainte Emilie de Villeneuve.

    C’est de ce combat spirituel dont nous parle d’ailleurs l’Evangile de ce jour : ne vous y trompez pas, lorsque le texte nous dit que sur les deux hommes au champ « l’un sera pris et l’autre laissé », il ne s’agit pas de faire le partage entre les bons et les méchants. Nous ne sommes pas dans un western !

    Non, il s’agit, à l’intérieur de chaque homme, de chacune et chacun d’entre nous, de faire ce travail de partage, d’émondage, entre la nuit et la lumière, entre les forces de vie et les puissances de mort.

    Je nous souhaite, en ce 1erdimanche de l’Avent, de nous mettre en route vers ce Bethléem secret qui se trouve au centre de notre cœur où Dieu attend de naître.

    C’est en naissant en chacune et chacun d’entre nous que le Christ pourra réellement venir au monde et tendre, avec nous et par nous, ses bras secourables à toutes les pauvretés !

    « J’écoutais le cri des pauvres, et j’entendais le cri de Dieu » disait encore sainte Emilie de Villeneuve qui n’a pas hésité à quitter sa vie confortable dans son château familial de Castres au début du 19ème siècle pour aller servir les jeunes ouvrières, les malades, les prostituées et les prisonniers.

    Demandons-nous quels « châteaux » nous avons à quitter pour nous faire disciple du Christ serviteur… 

    Béthléem veut dire, en hébreux « maison du pain ».
    Demandons-nous, en marchant vers Noël, quel « pain » nous avons à cuire en notre cœur pour apaiser les affamés à nos portes !

    (c) bertrand révillion




  • POUR NOËL
    OFFREZ À VOS PARENTS, GRANDS-PARENTS, 
    GRANDS-ENFANTS, AMIS...

    LE NOUVEAU ROMAN DE BERTRAND RÉVILLION

    Images intégrées 1
    LES HEURES CLAIRES 
    Dis, Grand Pa, tu y crois au Bon Dieu ?

    aux éditions du CERF.

    Voici ce que l'on peut lire au dos du livre : 


    Une tendre complicité unit le grand-père, influent banquier parisien, et son petit-fils, enfant curieux et solitaire. Lors de promenades main dans la main, des rues de Montmartre aux dunes du Touquet, Grand Pa, facétieux et un brin agnostique depuis la mort de sa femme, tente de répondre aux  questions mi cocasses, mi sérieuses de Marco Un dialogue tendre se noue, entrecoupé de fous-rire et de mémorables bêtises ! 
    Bertrand Révillion, avec une grande tendresse, décrit cette relation privilégiée et universelle, souvent inoubliable et toujours émouvante entre un grand-père et son petit-fils.
    La transmission est au cœur de ce roman.

    A découvrir chez votre libraire habituel 
    ou via internet : 








    Un livre qui rejoindra toutes les générations.
    Bonne lecture !
  • TOUJOURS PLUS !


    Méditation sur les textes du 25ème Dimanche du Temps Ordinaire ( année C)


    « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » 

    Voilà un slogan qui a le mérite d’être clair !
    Difficile de faire plus « carré » !
    Difficile de livrer cette affirmation à une interprétation doucereuse et édulcorante !
    Inutile d’essayer d’arrondir les angles…

    Jésus ne nous l’envoie par dire : il y a un lien entre notre foi et…notre fric !

    Une connexion « 4 G » entre l’autel et le portefeuille, l’oratoire et le compte en banque, le tabernacle et…le coffre-fort !

    Déjà, vers 750 avant Jésus-Christ, le prophète Amos (notre 1èrelecture) se met en rogne contre les dirigeants de Samarie.
    Le pays connaît alors une période de prospérité économique…qui devrait profiter à tous. Ce qui, hélas, est loin d’être le cas !

    Déjà à l’époque, l’enrichissement des uns creuse l’appauvrissement des autres. Pour ne pas crever de faim, les plus pauvres n’ont pas d’autre solution que de se vendre comme esclaves « pour une paire de sandales ».

    Pour s’enrichir un peu plus, les filous en tous genres trafiquent les instruments de mesure.

    Pour s’en mettre un peu plus dans les poches, ils revendiquent le droit de travailler pendant le sabbat et la fête de la nouvelle lune.

    Pour un peu, ils courraient tous s’ouvrir un compte en Suisse ou dans les îles Caïman !

    Alors Amos râle et il a raison : « Vous écrasez les pauvres, vous anéantissez les humbles du pays ».

    Il reviendrait aujourd’hui, il n’aurait pas à changer beaucoup son discours !

    Il lui faudrait juste rafraîchir un peu le vocabulaire : remplacer « blé » par stock-options astronomiques, « froment » par golden-parachutes invraisemblables, « balances trafiquées » par fraude fiscale olympique, « esclaves » par travailleurs précaires…exploités jusqu’à la corde dans les soutes de notre capitalisme échevelé et de notre libéralisme déshumanisé !

    C’est comme si l’appât du gain, le « toujours plus » étaient inscrits dans le code génétique de l’homme depuis la nuit des temps…

    Comme si, depuis toujours, l’homme se laissait engluer dans le culte sacré du « TPMG » : « Tout Pour Ma Gueule » !

    Et, dans notre Évangile, Jésus en remet une couche !

    Effectivement, on ne peut pas servir Dieu et l’argent !
    Soit on décide de servir Dieu, soit on sert le « saint pognon » !
    Impossible de concilier les deux !

    Faut-il en conclure que le Christ – et l’Église à sa suite – sont définitivement contre l’argent ?
    Faut-il en déduire que l’argent est, pour la morale catholique, toujours mauvais, dangereux, impur ? 
    Faut-il ne voir dans l’argent que nous gagnons qu’un instrument de péché ?

    Non.
    La doctrine sociale de l’Église ne condamne pas l’argent.

    D’ailleurs Jésus et ses disciples utilisent l’argent pour leurs échanges, l’un des leurs tient même le budget.

    Alors qu’en est-il ?

    Commençons par ne pas faire de contre-sens.
    Dans la phrase : « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent », le mot servir est utilisé dans son sens religieux.

    Autrement dit, il s’agit de ne pas se mettre au service de l’argent comme on se mettrait au service d’un Dieu.

    Ne pas faire de l’argent une idole mais le laisser à sa juste place : un moyen d’échange.

    L’Église n’est pas naïve, ni irénique : elle sait bien que pour vivre il faut gagner de l’argent.
    François de Salles affirme même que c’est le « devoir d’état » du père de famille…

    L’Église ne considère pas non plus les « riches » systématiquement comme de « mauvais paroissiens ».
    Elle n’est pas contre le profit, qui est un signe de bonne santé pour les entreprises, à condition que le profit soit un moyen et non un but en soi.
    Elle ne prêche pas une sorte d’égalitarisme sans nuance, façon « dictature bolchévique du prolétariat » !

    L’argent n’est pas, pour la morale catholique, intrinsèquement mauvais.

    Sauf lorsqu’on le sert comme un esclave son maître.

    Certains sont tellement obnubilés par ce qu’ils possèdent ou pourraient posséder qu’ils en deviennent eux-mêmes « possédés » presqu’au sens diabolique du terme.

    Si l’argent peut être un bon « serviteur », il est toujours un mauvais « maître » ! Voilà, en gros, ce que nous dit l’Église.

    « Si vous amassez des richesses, n’y mettez pas votre cœur » nous dit le psaume…

    Alors, profitons des lectures de ce dimanche pour nous interroger :

    1)   Quel est mon rapport à l’argent ? Est-il pour moi un simple moyen pour vivre et faire vivre les miens ? Ou bien ai-je avec l’argent un rapport plus ambiguë, moins clair qu’il n’y paraît ? Qu’est-ce que j’attends de mon salaire ? De quoi vivre ? Ou autre chose ? Y a-t-il dans mon rapport à l’argent une quête un peu obscure, une manière d’évaluer « ce que je vaux », une forme de revanche sociale, une manière de me rassurer, de me sentir appartenir à un certain milieu, de me comparer, de me valoriser, parfois  au risque d’écraser les autres ?

    2)   Lorsque je dépense mon argent, pour des achats ou des impôts, mon premier élan est-il de systématiquement râler parce « c’est trop cher » ou bien ai-je – après un éventuel et légitime débat sur le coût de la vie et la politique fiscale – le réflexe de mettre des visages, des familles, des vies sur les billets qui quittent mon portefeuille ?

    3)   Si je gagne plus que ce dont j’ai besoin, que fais-je du surplus ? Au-delà de l’épargne à laquelle m’incite la prudence et qui n’est pas moralement condamnable, est-ce que je thésaurise, ou est-ce que je suis ouvert au don ? Est-ce que j’épargne uniquement pour mes propres enfants, ma propre famille, uniquement les miens ou est-ce que je suis prêt, via des associations compétentes, à tendre la main aux lointains plus pauvres que je ne connais pas ?

    Oui, faire œuvre de discernement au sujet de ce que nous faisons de notre argent n’est pas, en christianisme, une option facultative.

    Il y a quelques années, les évêques de France ont incité les chrétiens à réfléchir à de « nouveaux modes de vie », plus simples, moins dans le « toujours plus », davantage ouverts au partage et à la solidarité. Leurs questions n’ont cessé de devenir plus urgentes dans une société où la fracture sociale est profonde.

    Nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur nos propres modes de vie…
               
    Laissons-nous interpeller par le Pape François lorsqu’avec vigueur il dénonce « le fétichisme de l’argent », « la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain », une société où « l’être humain est considéré comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter. » Lorsqu’il dénonce « l’accroissement exponentiel du revenu d’une minorité, tandis que celui de la majorité s’affaiblit »…

    Oui, Frères et Sœurs, nous ne pouvons pas nous approcher de cet autel qui est, par excellence, la « table du pauvre », sans nous demander comment, concrètement, nous participons au combat contre les « faims humaines » de toutes sortes…

    Saint Jean Chrysostome dans une retentissante homélie n’y allait pas avec le dos de cuillère !

    « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs » !

    Rude, mais plutôt bien envoyé !



    © Bertrand Révillion
  • MON NOUVEAU ROMAN BIENTOT EN LIBRAIRIE !

    Heureux de vous annoncer la parution de 
    mon nouveau roman ! 

    Aux éditions du Cerf.


    Bertrand révillion
    LES heureS claireS
    Dis, Grand Pa, tu y crois au bon dieu ?


    «  C’est qui l’inventeur des marées et des vagues ? » « Où vont les Mamies quand elles meurent ? » ; « C’est quoi une âme ? » ; « Pourquoi le Bon Dieu n’empêche-t-il pas les bateaux de couler ? »…
    Une tendre complicité unit le grand-père, influent banquier parisien, et son petit-fils, enfant curieux et solitaire. Lors de promenades main dans la main, des rues de Montmartre aux dunes du Touquet, Grand Pa, facétieux et un brin agnostique depuis la mort de sa femme, tente de répondre aux  questions mi cocasses, mi sérieuses de Marco. Un dialogue tendre se noue, entrecoupé de fous-rire et de mémorables bêtises ! 
    Bertrand Révillion, avec une grande tendresse, décrit cette relation privilégiée et universelle, souvent inoubliable et toujours émouvante entre un grand-père et son petit-fils.
    La transmission est au cœur de ce roman.


    Parution le 20 août. Aux éditions du Cerf.



  • VocationS

    4ème dimanche de Pâques C/17 avril 2016

    Traditionnellement, le 4èmedimanche après Pâques est consacré aux vocations.

    Nous sommes invités à prier pour celles et ceux qui cheminent vers une vocation particulière, celles et ceux qui s’interrogent sur le fait de, peut-être un jour, devenir prêtre, religieux, religieuse, moine, moniale, diacre…

    Il s’agit pour nous de les aider, par notre prière et notre proximité fraternelle,  à mûrir leur décision, à discerner l’appel qu’ils reçoivent…

    Depuis les origines, l’Église du Christ appelle certains d’entre nous non pas d’abord à des « fonctions », ni à des rôles à occuper dans un organigramme (l’Église n’est pas une administration qui emploierait des « fonctionnaires de Dieu » !), mais à être, de façon particulière, des témoins de la Bonne nouvelle.

    Si nous regardons notre propre histoire, nous pouvons souvent reconnaître que si nous sommes chrétiens aujourd’hui, nous le devons à une rencontre particulière, personnelle, avec l’un de ces témoins : un prêtre ou une religieuse, un moine ou un diacre qui nous a, un jour, par son engagement, par sa parole mis en route, conforté sur le sentier de notre foi.

    Cette fécondité spirituelle est souvent mystérieuse.
    Il est souvent bouleversant de constater combien Dieu se sert des autres pour venir murmurer sa Parole à l’oreille de notre cœur.

    Ces témoins plus particuliers reçoivent un appel (ce qui est, étymologiquement, le sens du mot vocation, du latin « vocare »/appeler).

    C’est parfois un appel radical, presque tonitruant, comme Paul, littéralement renversé par la foi sur le chemin de Damas.

    C’est sans doute plus souvent un lent et patient dévoilement, d’abord plein de doutes et puis qui, progressivement, s’éclaire.

    Parfois Dieu appelle en direct live, toutes affaires cessantes, sur le portable de notre cœur.

    Le plus souvent, il se sert des autres, de vous, de moi pour transmettre son message.

    La vocation n’est, en effet par une démarche solitaire : non pas « moi seul et mon Dieu » mais plutôt une réponse à un appel communautaire.

    Je ne m’appelle pas moi-même, je me laisse appeler par l’Église.

    Je ne deviens pas prêtre ou diacre ou religieuse parce que simplement j’en ai envie, mais parce que l’Église à besoin de moi pour annoncer l’Évangile.

    Une annonce qui ne se cantonne pas aux frontières de la communauté chrétienne mais qui s’ouvre au monde.

    Un prêtre n’est pas prêtre pour les seuls paroissiens pratiquants plus ou moins réguliers.
    Il est d’abord prêtre pour le monde, pour celles et ceux qui croient au ciel, certes, mais aussi, et peut-être d’abord pour celles et ceux qui n’y croient pas, ou bien qui ont des doutes et qui cherchent…

    Pour s’enraciner et grandir, une vocation a besoin de trouver un bon terreau.
    Et le premier de ces terreaux, c’est sans nul doute la famille.

    Oh, pas une famille prétendument idéale, parfaite et confite en dévotion, mais une famille humaine, avec ses limites, ses coups de gueule, ses réconciliations, ses joies et ses pleurs…

    « Le bien de la famille est déterminant pour l’avenir du monde et de l’Église »affirme le pape dans sa très belle exhortation  sur la famille qu’il vient de publier et que je vous invite vivement à lire. Un texte magnifique et très accessible !
     Un texte qui fait écho au jubilé avec comme grand mot d’ordre, celui de « miséricorde ».
    Car c’est au cœur d’une famille miséricordieuse que les couples peuvent grandir, que les enfants peuvent, eux-aussi grandir.

    Le Pape François rappelle combien le mariage, lui aussi, est une vocation, un appel à vivre, dans le don réciproque et le pardon indispensable, la miséricorde divine.
    La famille est sans doute la première et la plus belle école de miséricorde, où il ne s’agit pas de commencer  par juger ou exclure au nom d’un code moral mais de toujours d’abord chercher à accueillir.

    Dans le mariage, la famille ou la vie consacrée, c’est, avant les spécificités de tel ou tel engagement ou vocation particulière,  la même vocation commune que nous avons à vivre.

    Une vocation qui puise son énergie à la source de notre baptême : être, en ce monde, des témoins de l’amour et de la tendresse infinie du Père.

    Réentendons saint Paul qui,  dans notre première lecture de ce matin, cite le prophète Isaïe :

    « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »


    Amen.
  • Laissons-nous restaurer par le Christ

    Méditation  pour le 3ème dimanche de Pâques C

    Il y a des questions qui écrasent et d’autres qui libèrent.

    Des questions qui font plier le genou et courber l’échine et d’autres qui, comme des braises dans la nuit, viennent soudain nous réchauffer le cœur et nous remettre debout.

    Le Christ ressuscité qui, au petit matin, apparaît à ses disciples sur les rives du lac de Tibériade est porteur d’une de ces interrogations redoutables, une de ces questions de feu :

    « Simon, Fils de Jean, m’aimes-tu ? »

    Cette question, Simon Pierre commence par la recevoir comme une gigantesque gifle, un grand coup de point dans l’estomac.

    Lui, le proche parmi les proches, l’ami des premières heures, sait bien qu’il est devenu en quelques minutes de faiblesse, un renégat, un infidèle, un lâche littéralement bouffé par la trouille…

    Trois fois ! Trois fois, il a laissé tomber son Maître ; trois fois, en ce vendredi funeste, il s’est défilé, débiné, carapaté, affirmant qu’il ne connaissait pas cet homme ; trois fois, il a piteusement menti pour sauver sa peau, sa pauvre peau de pécheur, cette vie qui, aujourd’hui, ressemble à ce filet de pêche désespérément vide !

    Après avoir, tant de fois, prêché brillamment l’amour, le don de soi, la conversion, il est, au moment décisif, lui aussi retombé dans le bourbier d’une humanité trop humaine, trop étriquée, trop peureuse…

    Et Jésus, par trois fois, insiste et repose la même lancinante question : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »

    Interrogation assassine ?
    Verdict sans appel ?
    Condamnation sans retour ? 
    Manière de bien lui maintenir la tête sous l’eau de la culpabilité ou, au contraire, main tendue à un homme qui se noie ?
    Lueur de l’aube sur la barque d’une vie qui tangue dangereusement dans la nuit ?

    Peu à peu, alors que le jour se lève sur les rives du lac, Pierre comprend que la triple question de Jésus, bien loin de le condamner, vient au contraire laver et pardonner son triple reniement. Briser le venin  de la culpabilité.

    En mangeant le pain et les poissons préparés par Jésus, Pierre se restaure, dans tous les sens du terme : il se nourrit et se remet debout.

    Voici, donné en quelques gestes, le sens de toute eucharistie, restauration pleine et entière du corps et du cœur.

    Et soudain, le reniement de Pierre, sa trahison, deviennent pour les disciples, pour tous les croyants, pour nous toutes et nous tous aujourd’hui, paradoxalement comme une porte qui s’entrebâille, une pierre qu’on roule pour ouvrir un tombeau…

    Car, comme Pierre, nous sommes, nous aussi,  si souvent des renégats !

    La vérité, la terrible vérité, c’est, en effet, que la plupart du temps, à la question de Jésus, nous répondons, par nos silences, notre mutisme, nos aveuglements, notre narcissisme : « Non, Seigneur, je ne t’aime pas ! » 

    Nous avons tellement d’autres choses à faire, tellement d’autres préoccupations, d’autres priorités, d’autres urgences.
    Dieu, à la table de notre cœur est, si souvent, le dernier servi !

    Avec un peu de lucidité, nous savons bien que nous ne sommes la plupart du temps que des intermittents de la foi, des croyants mal croyant, des mécréants !

    La trahison de Pierre, notre trahison sans cesse réitérée, est comme une vive blessure inscrite au plus profond de notre humanité.

    Nous voudrions aimer, mais nous refusons si souvent d’en payer le prix !

    Nous voudrions donner et nous donner, et nous nous protégeons, nous nous gardons bien à l’abri !

    Nous voudrions croire en ce Dieu dont nous avons joyeusement fêté, il y a deux semaines, la Résurrection, mais nous restons si souvent enfermés dans cet entre-deux qui sépare le Vendredi saint et le matin de Pâques, un pied dans le tombeau et l’autre mollement tendu vers les rives de la Vie.

    Nous sommes peut-être des pratiquants, nous avons sans doute, comme on dit, un peu de pieuse « religion », mais sommes-nous vraiment ces « aimants » que le Christ nous invite à être ?

    Sa question : « m’aimes-tu ? » nous l’entendons en fait toute la journée !

    C’est l’enfant, l’adolescent qui la pose à sa mère et à son père.
    Ce sont les parents qui la posent à leurs enfants.
    C’est l’amoureuse qui la pose à son amoureux, et réciproquement.
    C’est ce SDF qui vient me tendre la main, et qui, dans le métro, me dérange.
    C’est ce réfugié anonyme dont je regarde la détresse sur mon écran de télévision.
    C’est ce collègue de travail dont je sens qu’il aurait peut-être besoin d’aide et d’écoute.
    C’est ce couple d’amis dont je perçois que le mariage est en train de tanguer.
    C’est ce vieux voisin qui, à deux pas de moi,  crève de solitude.

    Oui, à chaque coin de rue de notre journée, le Christ est là qui nous regarde et nous interroge : « m’aimes-tu ? »
    « Vas-tu enfin te décentrer pour écouter l’autre, l’entendre vraiment, le rejoindre vraiment, prendre vraiment du temps pour lui, te donner à lui, à elle, sans compter, avec douceur, tendresse et patience ?»

    Oui, il faut nous interroger : sommes-nous réellement capables de répondre à Jésus, les yeux dans les yeux, sans ciller : « Oui, Seigneur, je t’aime et tu le sais ! »

    Pierre nous ouvre une porte car il nous fait découvrir que, pour oser prononcer cette phrase « Oui, Seigneur, je t’aime ! », il nous faut d’abord passer par l’aveu de notre faiblesse : « Non, Seigneur, je ne t’aime pas assez et c’est en osant te l’avouer que je te donne la possibilité de m’ouvrir  les bras et de me restaurer ».

    Oui, il nous faut, à tous les sens du terme, nous laisser « restaurer » par le Christ.  Le laisser venir, au travers des interrogations, des attentes de celles et ceux dont nous partageons l’existence, nous murmurer à l’oreille du cœur : « M’aimes-tu ? »


    Alors, le reconnaissant derrière le visage de celles et ceux dont nous partageons la route, nous pourrons, comme les disciples, crier joyeusement : « C’est le Seigneur » et nous jeter à l’eau pour le rejoindre !  Les rejoindre !

  • Méditation pour le jour des Rameaux et la Semaine Sainte


    Que dire, Frères et Sœurs, après avoir entendu ce bouleversant récit de la Passion ?

    L’heure n’est pas au commentaire mais au silence et au recueillement.

    Silence et recueillement devant le bruit des clous enfoncés dans la chair de l’Espérance.

    Silence et recueillement après les insultes, les cris et la violence aveugle.

    Silence et recueillement face au dernier souffle du Souffle de Vie…

    En guise d’homélie, je vous propose de réentendre les 7 paroles du Christ en croix.

    Vous savez sans doute, en effet, que la Tradition, au vu des Écritures, a rassemblé ces 7 paroles (puisées aux 4 Évangiles)  pour en faire un chemin de méditation.
    Sept paroles comme un guide spirituel pour cette Semaine Sainte qui s’ouvre à nous…


    Première parole : 
    Jésus dit : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

    Vivons la sainte semaine avec l’obsession du pardon chevillée au cœur. Osons demander pardon à celui, à celle, à ceux que nous aimons si peu ou si mal…


    Deuxième parole : 
    Jésus dit : « Femme, voici ton Fils » et au disciple : « Voici ta mère ».

    Regardons le Christ qui confie sa mère à l’un de ses disciples. Mesurons l’extrême grandeur de ce geste de confiance. Et demandons-nous en qui, réellement, nous mettons notre confiance ?


    Troisième parole : 
    Jésus dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. »

    Entendons cette promesse de vie, laissons-la résonner en notre cœur. Croyons que la Résurrection nous est promise, non pas demain, dans le futur, mais aujourd’hui, à l’instant même, dans cette divine seconde où nous consentirons enfin à nous laisser sauver.


    Quatrième parole : 
    Jésus dit : « J’ai soif »

    Sentons cette soif qui creuse en nous l’ardent désir de la Source. Prenons le temps de discerner : de quoi, et surtout de qui, ai-je vraiment soif ?



    Cinquième parole : 
    Jésus dit : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

    N’ayons pas peur, quand la vie nous fait mal et nous blesse, de crier nous aussi vers le ciel : « Mon Dieu pourquoi es-tu si loin et pourquoi me suis-je tant éloigné de Toi ? »


    Sixième parole : 
    Jésus dit : « Tout est accompli. »

    Osons nous interroger : Vers quel accomplissement marche ma vie ? Vers quelle création renouvelée ai-je le désir de la conduire ? Suis-je prêt à me laisser « accomplir » par le Christ ?


    Septième et dernière parole du Christ en croix : 
    Jésus dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains. »

    Demandons à Dieu la grâce de l’abandon, du « lâcher prise », de la confiance. Osons ne plus chercher à tout contrôler, tout maîtriser de notre vie. Laissons l’Esprit du Christ ressuscité prendre la barre, le gouvernail de la frêle barque de notre propre existence.



    La Bible raconte que Dieu créa le ciel et la terre en 7 jours : 6 jours de labeur et 1 jour de repos et d’abandon confiant.

    Laissons ces 7 paroles du Christ nous re-créer, noue re-nouveler, nous ré-animer, nous ressusciter tout au long des 7 jours de cette semaine sainte qui s’ouvre à nous.

    Confions nos vies à la caresse rugueuse et douce du Dieu potier.


    Laissons lever en nos vies la divine clarté du grand matin de Pâques.

  • Le temps du désir

    1èreDimanche de Carême.  14 février 2016. Année C


    Quel est donc ce « désert » auquel nous convie le Carême ?

    A quelle « traversée » sommes-nous donc invités ?

    Quel « combat » avons-nous à mener et contre « qui » ?

    L’épisode que nous venons d’entendre se situe juste après le baptême de Jésus par Jean dans les eaux du Jourdain.

    Géographiquement, les deux lieux sont voisins.

    Comme si, au seuil de sa vie publique, avant de se mettre à parler et à guérir, Jésus devait faire un détour, traverser les eaux rêches et sèches d’un autre « baptême ».

    Un baptême du feu, de lutte, de faim et de soif.

    Comme si la fécondité de sa parole dépendait de cette traversée brûlante.

    Comme si, pour murir, sa vocation devait d’abord s’enfouir dans l’aridité rude du désert… « Si le grain ne meurt… »

    Luc nous dit que Jésus fut, « pendant 40 jours, tenté par le diable ».
    En grec, « diabolos » se traduit par « diviseur ». Le « diabolos » est ce qui nous divise.

    Il y a bien sûr, les divisions entre nous, dans nos vies sociales, familiales, conjugales, amicales, professionnelles, ecclésiales…

    Mais il y a peut-être d’abord ces « divisions » à l’intérieur de nous, ce cœur divisé, partagé, blessé qui nous fait dire, si souvent, avec saint Paul :
    « Ce que je veux, je ne la fais pas ; et ce que je ne veux pas, je le fais ».

    Oui, notre cœur est si souvent divisé, partagé entre des désirs contradictoires :

    -       - nous voudrions aimer mieux, mais nous ne nous donnons pas les moyens de changer.
    -       - nous voudrions être davantage solidaires des plus fragiles, mais nous ne bougeons pas, ou si peu.
    -       - nous voudrions prier plus souvent, mais ne laissons pas de place à Dieu dans notre quotidien.

    C’est à cela que nous convie le désert de Carême : lutter contre nos divisions et tiraillements intérieurs, ce « diviseur » qui nous sépare de nous-même, essayer d’unifier notre désir, purifier nos faims et nos soifs si souvent cantonnées dans l’avoir, si peu ouvertes à l’être.

    Oui, le temps du désert, c’est le temps du désir. Un temps où nous prenons le temps d’écouter enfin cette « voix de fin silence » qui, en nous, nous appelle à devenir qui nous sommes. A répondre enfin à la vocation de notre baptême.

    Le temps du Carême, c’est le temps où nous avons à travailler à notre libération et à notre unification.

    On dit d’un homme sous l’emprise du diable, qu’il est « possédé ».
    Eh bien, le Carême, c’est le temps de la dépossession où nous avons à couper, élaguer, émonder tout ces chaînes qui nous empêchent de faire en nous l’unité.


    Nous voici invités par l’Esprit à purifier notre désir :

    -       Qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie ?
    -       Qu’est-ce qui est vraiment essentiel pour moi ?
    -       Qu’est-ce qui entrave ma marche vers cet essentiel ?
    -       Que me faut-il changer pour répondre mieux, plus fort, plus vrai, à l’appel de l’Évangile ?

    L’appel du désert est en fait un triple appel :

    -       D’abord appel à la solitude. Impossible de mener un fécond discernement spirituel si nous ne prenons pas régulièrement des temps de solitude. Des moments où nous abandonnons notre personnage social, où nous ne nous définissons plus par notre métier, nos engagements, notre CV… Un temps où nous nous confrontons à la nudité de notre être. Le désert du Carême nous invite à cette solitude qui nous permettra, au sens fort de l’expression de « nous retrouver », de nous trouver à nouveau. Alors nous pourrons découvrir que cette solitude est « habitée ». Qu’en fait, nous ne sommes pas seul, mais sous le regard de la Divine Présence et que seul, ce regard de Dieu peut nous offrir notre identité véritable.

    -       Le désert est aussi appel au silence. Impossible d’entrer en secret dialogue avec nous-même, impossible d’entendre, en nous, les murmures de l’Esprit, si nous ne plongeons par régulièrement dans le silence. Il nous faut rompre chaque jour avec le bruit du quotidien, refermer un instant la porte sur le vacarme trépidant de notre « modernité », fermer le poste, couper le wifi permanent de nos préoccupations, pour laisser Dieu nous parler à l’oreille du cœur. Car Dieu ne parle que si nous commençons par nous taire devant Lui. « Se taire, disait Madeleine Delbrêl, ce n’est pas ne rien dire, c’est mettre toutes les puissances de son âme à écouter… »

    -       Le désert est enfin appel à la faim et à la soif.  Impossible de laisser se creuser en nous la faim de Dieu, si nous sommes sans cesse comblés et repus par cette consommation frénétique dont le Pape François dit dans son encyclique combien elle nous conduit droit dans le mur. Comme dit la chanson de Souchon : « On nous fait croire, que le bonheur c’est d’avoir, de l’avoir plein nos armoires, dérisions de nous, dérisoires… » Oui, frères et sœurs, le désert du Carême est aussi appel à la dépossession, à la sobriété bienheureuse sans laquelle ne renaîtra pas en nous la faim d’avoir faim du seul pain qui rassasie et met en route vers toutes les faims et les urgences humaines.

    A l’entrée du Carême, saint Bernard ne formulait qu’un vœu à ses moines : « Retrouvez la joie du désir spirituel ».

    Je vous souhaite, je nous souhaite de nous laisser envahir par cette joie !  Entrons dans ce  temps du désir qu’est le désert du Carême avec comme horizon de laisser l’Esprit unifier notre cœur. Et d’y semer la miséricorde.

    Laissons Dieu devenir Dieu en nous.
    Alors le monde, autour de nous, se réchauffera.