Accueillir la mort, donner un sens à la vie

Croix_arbre_cepTémoignages de l’équipe paroissiale d’accompagnement des familles en dueil.

Notre paroisse a accueilli quelque 55 familles en deuil au long de l’année écoulée ; quelles sont ces familles ?

Nous recevons les familles sitôt l’annonce du décès, juste après leurs premières démarches auprès des pompes funèbres. ‘Il est parti, elle nous a quittés’ … Oui, elle s’impose là, cette séparation des corps, avec son lot de ruptures irréversibles et ses ‘plus jamais’, tels le refrain d’une chanson triste. Certains s’y sont préparés, au cours des longs mois de maladie ; d’autres ont préféré taire le sujet. Il y a ceux qui ont eu du temps et ceux qui titubent encore sous le choc de l’annonce. Ils ont tous les âges … il n’y a pas d’âge pour mourir ; ils ont tous les visages … la mort est universelle. À tous, il reste un dernier adieu à dire ; ces familles ont choisi de vivre ce temps en Église.

Certains entretiens doivent être difficiles …

À ce moment de leur histoire, les proches sont très fragilisées; il est d’autant plus important que nous soyons vigilants à la façon dont nous allons les accueillir. Je crois qu’il existe deux écueils principaux à éviter. Le premier est de pratiquer des transferts : penser à la mort des siens, voire à sa propre mort, est source de mauvaise écoute, d’émotion mal gérée. Le second écueil est de trouver des raisons à la mort, ces raisons qui prennent vite le goût du jugement (s’il avait moins fumé … s’il avait roulé moins vite …). Face à des contextes parfois bien lourds, ces deux attitudes sont bien évidemment des formes de protection. Pour nous, chrétiens, accompagner en Église c’est suivre Celui qui nous a précédés jusque sur le chemin de la mort … Il est pour nous un rempart, un bouclier (Ps 90)

Quelle est l’importance de votre mission ?

Je relis l’Ecclésiaste et je me dis souvent qu’il n’existe aucun motif à la mort comme il n’existe aucun motif à la vie, hormis de participer à l’oeuvre d’amour du Dieu Créateur. Notre mission s’inscrit nécessairement dans un esprit de pauvreté, d’humilité : en Église, nous remettons à Dieu ce qui appartient à Dieu … … Afin que, par le Christ, tout Lui soit enfin réconcilié (Col. 1, 20)

Yolande Giffard Antier

 

D’autres membres de cette équipe témoignent

 

Ma mission auprès des familles est avant tout une mission d’accueil. Témoin de notre communauté, je représente à ces moments-là la compassion de l’Église à l’égard de ces personnes en grande souffrance.

Certains entretiens sont en effet difficiles et ce pour des raisons diverses. Souvent les gens sont éloignés de l’Église depuis très longtemps et nous devons accepter qu’ils soient complètement perdus face au langage et aux rites. Parfois, nous rencontrons des personnes qui se sont senties mal comprises quand ce n’est pas rejetées. Cela demande une grande écoute sans pour autant aller jusqu’à un consensus béat.

Bien sûr il y a la rencontre de la souffrance. Toute famille est différente et il faut beaucoup de souplesse. Une famille qui vient de perdre un enfant ou un jeune, un suicide, ce sont des cas extrêmes mais tout deuil est un choc et ne ressemble en rien à un autre.

Notre mission est de rappeler à temps et à contretemps la miséricorde divine, notre foi en la Résurrection, la présence de la communauté à leur côté. Nous devons montrer de la compassion sans pour autant « pleurer » avec eux. Nous devons pouvoir prendre un certain recul, ce qui ne veut pas dire être froid et distant.

Je suis persuadée de la grande importance de ce service qui est pour la plupart une reprise de contact avec l’Église. À nous de ne pas la rater!

 

Quand je suis appelée par la coordinatrice de l’équipe AFD pour accompagner une famille en deuil, je me dis que c’est le Christ qui m’appelle…. C’est bien LUI le vrai compagnon de cette famille, c’est LUI qui lui fera vivre Sa Pâque !

Aussi, la démarche que je vais accomplir avec un autre de mon équipe est une démarche de foi, une démarche de prière commune. C’est l’Eglise qui me confie pour un temps ce ministère de compassion.

D’abord nous accueillons la famille et nous l’écoutons : entendre la souffrance, la douleur, la révolte quelquefois, les questions ou le silence. Ensuite nous préparons avec elle la célébration des obsèques : en présentant les différents rites, il nous est donné l’occasion de partager avec la famille notre Espérance, de redire la Miséricorde de Dieu pour chacun. Et très souvent l’échange est profond.

Vient le temps de la célébration des obsèques : Moment de prière et de grâces ! A la sortie de l’église, je suis toujours émerveillée par cette paix retrouvée dans les cœurs. Bien des personnes remercient la communauté ecclésiale pour ce réconfort, pour cet accompagnement. Nous les remercions aussi car c’est un moment de grâces pour nous aussi. Si les personnes le désirent, nous pouvons les revoir deux ou trois mois après…

Depuis deux ans déjà, j’ai vécu de belles rencontres, profondes, dans la confiance, l’authenticité et la fraternité. Le Christ ressuscité est parmi nous, Il est vainqueur de la mort !

 

 

Nous contactons les familles en deuil et leur témoignons notre sollicitude pour cet événement douloureux qu’elles traversent. L’église est solidaire et soucieuse de leurs chagrins. Dans la Bible, nous pouvons lire que le Christ pleure avec nous comme Il rit avec nous. Nous voulons le leur témoigner de façon concrète. Pour cela, nous nous plaçons à leur écoute. Nous aimons, à travers eux  apprendre à connaître notre frère en Christ qui vient de mourir. Pour que sa famille s’approprie la célébration des obsèques et qu’elle soit au mieux son reflet, nous la bâtissons avec elle. Aide au choix des textes et des chants, car pour les familles qui ne pratiquent plus c’est parfois compliqué. Nous rappelons l’Espérance chrétienne d’une vie éternelle auprès du Père, la Résurrection et la communion des saints. Après cette rencontre nous faisons un compte-rendu pour le prêtre célébrant, afin qu’il puisse lui aussi goûter un peu de la vie de cette personne décédée et connaître les attentes ou questions de la famille. Il peut ainsi dans l’homélie évoquer le défunt d’une manière un peu plus personnelle. Le jour de la célébration notre présence est importante. Nous accueillons les familles et les présentons au prêtre. Parfois nous animons les chants.

Certains entretiens sont difficiles, surtout si la mort arrive à un moment qui n’apparait pas dans l ordre des choses. Par exemple un enfant, un jeune, une personne qui s’est suicidée. Les sentiments de tristesse, de désarroi sont forts. A nous d’écouter, d’entendre et d’accueillir simplement. Notre présence leur permet de partager ce qu’ils vivent.

L’importance de notre mission nous est signifiée par les familles qui nous remercient du temps et de la présence que nous leurs accordons. Nous avons alors rempli notre service de témoin de la communauté chrétienne.

 

 

 

Related News

Comments are closed.