Formation liturgique 3/4

Formation-Avent3

« Ceci est mon corps »

 

Participer pour contempler la Trinité

Assis, debout, agenouillé ? Que dois-je faire ? C’est la question qui préoccupe le catéchumène qui découvre la messe. Lorsque, coincés entre nos bancs, nous avons l’impression que nos corps esquissent des gestes monotones qui nous engagent fort peu, cette question nous rappelle d’abord que oui, nous bougeons pendant la messe, et elle nous fait également prendre conscience que, si nous bougeons ce n’est pas n’importe comment. Nos gestes, nos attitudes sont en effet codifiés, que ce soit pour l’assemblée ou pour le prêtre dans le chœur. Alors, pour bien célébrer, nous pouvons bien sûr essayer d’adopter les bonnes attitudes, au bon moment, dans une belle synchronisation en faisant tout comme son voisin, ou au contraire, surtout pas comme son voisin… Mais est-ce bien de cela dont il s’agit ?

Un petit regard vers l’histoire de l’Église peut nous éclairer : Au 4ème siècle par exemple, le concile de Nicée, réuni pour une grave question de foi, avait aussi jugé bon d’interdire la position à genoux, le dimanche et pendant le temps pascal. Depuis l’Église a évolué sur cette question, mais cet exemple montre que nos attitudes sont loin d’être anodines, puisqu’un concile a éprouvé la nécessité de se prononcer à leur sujet : il y a donc là un véritable enjeu liturgique. Nous ne sommes pas des spectateurs extérieurs à ce qui se passe… Et ce qui se passe pendant la messe, c’est, nous l’avons vu, la continuation de l’action pascale du Christ. Si nous sommes venus pour la messe qui va avoir lieu dans quelques minutes, c’est pour participer à cette action. Et comme nous ne sommes pas de purs esprits, notre participation ne se limite pas à une activité cérébrale, c’est notre être tout entier qui y est appelé, c’est-à-dire notre corps et notre esprit. Il y a une dynamique dans la messe : nous y sommes convoqués par Dieu pour célébrer la Pâque du Christ en écoutant la Parole, priant, rendant grâce, chantant les œuvres de Dieu, et en obéissant à Jésus qui nous a dit « faites cela en mémoire de moi ». Dans cette dynamique, nos attitudes corporelles, nos déplacements, doivent traduire et soutenir nos attitudes spirituelles, elles doivent aussi correspondre aux paroles entendues ou prononcées. Il ne s’agit pas de dire ce qu’on fait, mais de faire ce qu’on dit. C’est bien là finalement qu’est l’enjeu de nos gestes : aider à une participation pleine, consciente et active de l’assemblée.

Trois attitudes nous sont proposées par le rituel:

  • La station debout est la position du chrétien en prière. C’est celle du respect, mais c’est surtout celle de l’homme qui est relevé, libéré par le Christ : elle est signe de la résurrection qui nous est promise. C’est l’attitude de louange dans la liturgie céleste du livre de l’Apocalypse où les élus “se tiennent debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main (Ap7,9)”.
  • La position assise est l’attitude naturelle de l’écoute, de celui qui se laisse enseigner, qui médite dans son cœur, comme Marie, sœur de Marthe, qui a choisi la meilleur part en s’asseyant aux pieds de Jésus pour l’écouter.(Lc 10, 38-42).
  • L’agenouillement est une position d’humilité et d’adoration. Dans l’Ancien Testament fléchir les genoux, c’est reconnaître que toute force vient de Dieu. Dans le Nouveau Testament, Les Actes des Apôtres nous montrent Paul, par exemple, priant à genoux avec les chrétiens de Milet (Ac 20, 36). Dans l’Évangile selon St Luc, c’est le Christ qui prie agenouillé au jardin des oliviers (Lc 22, 39-46) dans le renoncement total de lui-même : « Père que ta volonté soit faite ». Si nous nous agenouillons, c’est pour nous abaisser comme le Christ s’abaisse dans son amour jusqu’à la croix, nous faire petits devant l’humilité de celui qui continue à se donner à nous en se faisant nourriture.

 

Alors debout ou agenouillé pendant la consécration ? Le cardinal Ratzinger nous donne une clé : « Dans la mesure où la prière liturgique est l’anticipation de la gloire à venir, la station debout lui correspond, mais dans la mesure où elle est encore dans l’«entre-deux» de notre réalité présente, l’agenouillement est l’expression qui convient ». En d’autres termes, si la station debout dit notre résurrection promise, celle agenouillée dit que nous sommes dans les temps derniers ouverts par le Christ, mais que nous ne sommes pas encore au Ciel.

D’autres attitudes sont les déplacements que nous effectuons dans les processions qui articulent les différents temps de la liturgie. Ces déplacements d’un endroit à un autre doivent exprimer un déplacement intérieur.

La procession des dons, par exemple, n’est effectuée que par quelques-uns, mais au nom de tous. A la suite des offrandes du pain et du vin qui vont servir à l’Eucharistie, est porté l’argent de la quête que nous donnons pour les besoins de l’Église. Un beau geste est de porter aussi un don pour les plus démunis, comme ce sera fait tout à l’heure. On le comprend bien cette procession n’est pas un entracte pendant lequel on cherche fébrilement une pièce dans sa poche pendant que la table est mise. Elle est un temps qui nous fait passer intérieurement de la table de la Parole à la table de l’Eucharistie, elle nous tourne vers l’autel où nous allons offrir les dons que nous tenons de Dieu. Elle exprime déjà ce mouvement de dessaisissement de soi dans lequel le Christ veut nous entrainer.

C’est en effet dans la procession de communion que va culminer l’expression de notre participation à la liturgie. St Paul, dans la lettre aux Romains (12,1), nous rappelle ce que doit être cette participation : « Je vous exhorte ( …) à lui présenter (…)votre personne tout entière, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte ». S’offrir en sacrifice, cela ne veut pas forcément dire souffrir ; vous devinez que si Jésus a offert sa vie pour nous, la vraie pratique de la religion consiste pour chacun à faire de sa vie une offrande, c’est la seule façon de recevoir son don, il n’y en a pas d’autre. Ainsi recevoir le Christ livré pour nous dans l’Eucharistie n’a rien de passif, rejoindre la procession de communion doit relever d’une décision consciente, être le signe d’un véritable engagement de toute notre personne, d’une désappropriation de nous-même. Mais c’est aussi une démarche communautaire, c’est ensemble que nous venons partager le repas des noces de l’Agneau, parce que ce que veut le Seigneur c’est l’engagement de chacun pour que tous soient rassemblés dans son Corps tout entier, donné « pour vous et la multitude». Autrement dit, la communion au Christ, pleine, consciente et active, de chacun entraine obligatoirement la communion entre tous.

Dans la liturgie, ce qui importe donc avant tout c’est que notre geste soit prière, signe d’engagement, que nous le posions à la fois en accord avec notre attitude intérieure et comme une aide à entrer dans cette attitude intérieure. Pour cela les attitudes que propose la liturgie sont simples, ce sont des attitudes humaines naturelles. Le rituel est là pour nous aider à vivre cette Pâque qu’est chaque messe, pour accueillir l’action de l’Esprit afin que le Christ nous rejoigne au plus profond de nous-même et nous entraine vers le Père à sa suite. La liturgie se vit alors dans une joie profonde, celle de la vie qui jaillit de la victoire sur la mort !

Nicole Blin

 

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